Luttes sociales

L’UNSA dénonce l’éviction des jeunes Réunionnais de l’Education nationale

Le choix entre la démission ou la mutation en France du jour au lendemain sans aucun frais payé

Témoignages.re / 1er septembre 2010

Dans une lettre adressée au Recteur, l’UNSA-Education fait état des conséquences désastreuses du recrutement de jeunes professeurs réunionnais. L’UNSA constate qu’une mère de famille réunionnaise, classée 5ème au niveau national dans sa spécialité, a été mutée en France contrairement à tous les engagements annoncés, et elle a été contrainte à démissionner. L’UNSA dénonce ainsi une nouvelle attaque contre la jeunesse réunionnaise. Voici cette lettre, avec des inter-titres de "Témoignages".

« Monsieur le Recteur – Chancelier des Universités,

Cette rentrée scolaire 2010 est marquée par deux évènements :

- L’entrée en fonction des premiers recrutés de la masterisation

- La mise en place de la réforme des lycées pour les classes de Seconde.

Dès le lancement de la RGPP en 2007, le Ministère de l’Éducation nationale a lancé une réflexion sur la gestion des ressources humaines, tout particulièrement orientée vers la population enseignante. « Elle s’est concrétisée par un ensemble de réformes réglementaires et organisationnelles visant à améliorer les conditions de recrutement et de début de carrière des enseignants », dixit Monsieur le Ministre.
Cette réforme dite « la masterisation », préparée dans des conditions catastrophiques depuis le départ, n’est pas la nôtre. Le SE-UNSA l’a combattue et continue à le faire contrairement à d’autres qui avaient négocié une revalorisation avec Xavier Darcos contre son acceptation.
La question de la formation des enseignants est un “dossier à rouvrir”.
Ses premières conséquences sont :

- l’affectation d’une soixantaine de lauréats de l’Académie de La Réunion dans des académies de métropole pour leur stage de fonctionnaire, dans des conditions déplorables. Il n’est pas nécessaire de rappeler que les années précédentes, tous les lauréats faisaient leur stage à La Réunion.

- une lauréate au CAPET interne, 5ème au niveau national, ex-AED, ex-contractuelle de l’académie, confrontée à la problématique de choisir entre ses enfants et le concours a décidé de ne pas rejoindre son académie d’affectation pour ne pas « abandonner » ses enfants âgés de 2 et 4 ans. Elle va donc perdre le bénéfice du concours. Les femmes présentes dans cette salle apprécieront à sa juste valeur les nouvelles mesures censées améliorer les conditions de recrutement et de début de carrière des enseignantes.

Comment payer le billet d’avion ?

Jusqu’au 9 juillet 2010, la DRH de l’académie a déclaré que seuls les lauréats des concours externes seront installés sur les capacités d’accueil arrêtées. Les lauréats des concours internes feraient leur stage dans l’académie, sur d’autres supports.
Pouvez-vous nous indiquer les éléments qui ont conduit au calibrage, que nous connaissons, des capacités d’accueil de l’académie ? Comment expliquer ce changement de position pour les reçus concours internes ?
La majorité des lauréats de notre académie sont des étudiants, issus de milieu modeste, voire très modeste, sans revenu. Ils ne disposent donc pas de moyens financiers adéquats pour financer leurs frais de déplacement et d’installation (billet d’avion, loyer…).
Aucun dispositif d’accompagnement n’est prévu par l’Education nationale. Ce n’est pas le cas dans d’autres ministères.
Les affectations dans les académies ont été communiquées le 28 juillet, celles en établissement à partir du 23 août, pour une rentrée scolaire début septembre. La situation des lauréats de concours est différente de celle des fonctionnaires stagiaires. Les modalités d’affectation des lauréats ont été communiquées par le BO du 2 avril 2010. Il est regrettable que Monsieur le Ministre se réfugie derrière l’argument fallacieux des règles du jeu du concours national pour justifier ce Grand Bazar.

Hébergés dans un foyer pour un mois

Certains lauréats sont partis en catastrophe de La Réunion. Appel du CNARM le matin pour un départ le soir. D’autres ne disposent comme ressource financière que d’une aide exceptionnelle débloquée par la MGEN. Le CNARM héberge ceux qui sont affectés sur Paris, Créteil, Versailles dans un foyer d’accueil pour un mois, foyer situé à plusieurs heures de transport en commun des établissements obtenus.
Comment un lauréat de La Réunion affecté en métropole peut-il, suite à une mobilité imposée, sans accompagnement par son futur ministère, débuter sa carrière dans les meilleures conditions et remplir au mieux ses fonctions ?
Comment interpréter cette gestion des ressources humaines ?
Certes, certains stagiaires vont arriver à survivre, et s’en tireront. Mais nous craignons beaucoup de départs en cours d’année ou de démissions de l’Éducation nationale.
Enfin, tous les lauréats qui ont sollicité de Monsieur le Ministre une révision d’affectation ont précisé « qu’ils étaient conscients du fait que ces concours de recrutement se déroulent à un niveau national et des implications de cette donnée concernant les prochaines affectations en tant que titulaires ».
Nous accusons réception que deux lauréates de La Réunion ont vu leurs révisions d’affectation accordées.
Nous sommes persuadés que d’autres dossiers auraient pu être traités autrement et éviter ainsi les souffrances et détresses des collègues dans la gestion de leur mobilité.
Pour quelles raisons il n’est pas possible d’effectuer son stage, par exemple dans la filière professionnelle où des besoins existent, si on est lauréat de la voie technologique ?
Pour conclure sur ce dossier de la masterisation, malgré notre opposition à ces nouvelles modalités, pouvez-vous confirmer que chaque stagiaire de l’académie sera accompagné par un tuteur ? Ne pas avoir de tuteur risque fort de mettre en difficulté les stagiaires.

Sur la réforme des lycées.
L’accompagnement personnalisé de tous les élèves, tout au long de leur parcours au lycée, peut représenter une réelle opportunité pour une meilleure prise en compte de leurs besoins, pour leur réussite et leur épanouissement. Il se fait sans augmentation de l’horaire des élèves, ce qui est dans l’intérêt des lycéens, dont on connaît la très lourde charge de cours et de travail.
Pouvez-vous nous communiquer un récapitulatif des différents dispositifs mis en place dans les lycées de l’académie à cette rentrée 2010 ?. »


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