Luttes sociales

La baisse des salaires ou la fermeture de l’usine

Renault : première illustration concrète de l’accord compétitivité-emploi

Témoignages.re / 22 janvier 2013

Le protocole signé le 11 janvier entre le patronat, la CFDT, la CGC et la CFTC propose la modification du Code du travail. Parmi les mesures évoquées, l’accord compétitivité-emploi. Il donne la possibilité à un patron de baisser les salaires des travailleurs s’il obtient l’accord de syndicats représentatifs. À cela s’ajoute chez Renault la suppression de 15% des effectifs. Pour obtenir l’adhésion de syndicats à un tel accord, Renault met dans la balance la fermeture d’usines. Autrement dit, si des syndicats ne signent pas, des travailleurs seront licenciés…

« Le ministre du Redressement productif Arnaud Montebourg a assuré ce vendredi avoir obtenu, lors d’un entretien téléphonique la veille avec le PDG des deux groupes, Carlos Ghosn, que Nissan, autre actionnaire de poids du constructeur, soutienne Renault en lui confiant des modèles à produire dans ses usines de l’Hexagone . « Je lui ai dit : je souhaite (...), comme vous êtes aussi le dirigeant de Nissan et que Renault contrôle Nissan, que Nissan se porte au secours des usines françaises et mette du travail sur les chaînes françaises », a affirmé Arnaud Montebourg sur BFMTV/RMC. « La réponse est positive », a-t-il ajouté.

A la direction de Renault, on ne tient cependant pas le même discours. « Je ne peux pas vous confirmer que Nissan va mettre des véhicules en France ou en Europe dans nos usines » , a réagi Jérôme Stoll, soulignant que Renault était « au milieu des négociations » avec les syndicats sur un accord de compétitivité.

En marge du Salon automobile de Detroit (États-Unis), Carlos Ghosn avait expliqué lundi qu’il fallait d’abord conclure ces négociations avant de voir ce qui pourrait être fait avec Nissan. « La signature d’un accord nous mettra en mesure de prendre des engagements sur l’affectation de volumes venant de nos partenaires », a seulement ajouté vendredi la direction. La direction du constructeur met ainsi un peu plus le couteau sous la gorge des syndicats.

Ceux-ci sont sommés de signer l’accord compétitivité-emploi, donc de baisser leurs salaires et d’accepter plus de flexibilité, en échange d’une promesse de conserver les sites industriels en France. La direction intègre aussi à cette négociation la suppression de 8.000 emplois d’ici fin 2016, soit plus de 15% de ses effectifs, via essentiellement des départs naturels non renouvelés selon la direction, pour permettre une économie de 400 millions d’euros. Et assure qu’il ne fermera pas de sites, si un accord est signé par au moins 30% des syndicats représentatifs ».

(Source l’Humanité)

Renault n’est pas Arcelor Mittal

Alors que Renault dévoile un plan de suppression de 7.500 emplois, le gouvernement adopte une attitude bien plus modérée qu’à l’encontre d’Arcelor-Mittal qui a annoncé la fermeture du haut fourneau de Florange menaçant 600 travailleurs. L’État est actionnaire à hauteur de Renault, il détient même 43,4% du capital de l’ancienne Régie publique. Il est donc l’actionnaire qui a le principal pouvoir de décision. À ce jour, le gouvernement n’a pas pris position contre ces suppressions d’emploi, car il estime que Renault n’a pas franchi deux lignes rouges : fermeture d’une usine et licenciements.

La CGT ne partage pas ce point de vue, pour Fabien Gache, délégué syndical central cité par "l’Humanité", « à force de jouer de cette logique de suppression de postes, on va arriver à un point de non-retour. On ne peut pas en demander plus aux personnes qui travaillent déjà au péril de leur santé. Ces pertes d’emplois menacent l’existence même de Renault. Elles représentent l’équivalent de trois fermetures de sites ! On nous dit que les moyens de production sont sous-utilisés, mais ça ne risque pas de s’arranger avec moins de monde ! » .

Mais alors, pourquoi cette différence de traitement avec Arcelor Mittal ? Pourquoi avoir évoqué la nationalisation pour contrer une menace sur 600 emplois alors que pour 7.500, l’État principal actionnaire reste l’arme au pied ?
Quelle stratégie pour Renault ?

Le numéro un de la CFDT Laurent Berger a accusé lundi le PDG de Renault, Carlos Ghosn, de privilégier le partenaire japonais Nissan à l’heure où la direction du constructeur automobile français prévoit de supprimer 7.500 emplois en France d’ici 2016.

« Je m’interroge aujourd’hui sur la stratégie menée par Renault et par son PDG », a insisté Laurent Berger.

Prié de dire s’il pensait que Carlos Ghosn avantageait Nissan, dont Renault détient 43,4%, au détriment de la marque au losange, il a répondu : « Je suis en droit comme d’autres de me poser la question. Aujourd’hui, tout porte à penser qu’il aurait intérêt à le faire plutôt comme ça, et je pense qu’il le fait plutôt comme ça ».

« Il faut s’interroger sur la possibilité pour Renault d’avoir un PDG qui soit plus performant dans la stratégie de Renault », a dit Laurent Berger.

A la question de savoir s’il prônait la nomination d’un PDG propre à Renault, il a répondu : « Ce n’est pas à moi de le définir, c’est aux actionnaires ».

Prié de dire s’il fallait changer le PDG de Renault, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a répondu de son côté que la question ne se posait pas en ces termes pour l’État, principal actionnaire du constructeur.

« On n’en est pas à demander le départ de tel ou tel : on est là pour construire, pas pour démolir », a-t-il répondu en marge de l’inauguration de la future usine d’éoliennes de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique).

« Ce qui est très important, c’est qu’on voit les choses dans la plus grande clarté (...) On a du mal à se faire une idée de la stratégie de tel ou tel groupe industriel. Il est normal que l’État demande à ces groupes le maximum de transparence, ce qui n’est pas toujours le cas », a-t-il ajouté.


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