Luttes sociales

La CGT et FO s’opposent à la politique de Manuel Valls

Le Premier ministre rencontre les partenaires sociaux

Céline Tabou / 12 avril 2014

Le Premier ministre, Manuel Valls, a reçu vendredi 11 avril l’ensemble des partenaires sociaux et patronats, afin d’échanger sur le Pacte de responsabilité, lancé par François Hollande en début d’année. Une première pour le nouveau chef du gouvernement, qui devra faire face à des syndicats réfractaires au pacte.

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En France, plusieurs manifestations sont prévues aujourd’hui pour demander une autre politique

Premier reçu à Matignon, la CGT a de nouveau dénoncé l’attitude du gouvernement vis à vis du patronat qui « a été entendu et servi ». Le syndicat proteste contre la ligne engagée par le gouvernement, à travers le discours de politique générale de Manuel Valls, qui « confirme l’austérité salariale dans le public comme dans le privé ». Le Premier ministre avait annoncé un allègement du coût du travail de 30 milliards d’euros d’ici 2016, parmi lesquels les 20 milliards d’euros octroyés via le crédit d’impôt compétitivité.

Contre le « cadeau aux entreprises »

Pour Thierry Lepaon, secrétaire général de la CGT, le gouvernement vient clairement d’annoncer « de nouveaux milliards d’aides aux entreprises, encore une fois sans aucun contrôle ni engagement en termes d’emplois et de salaires ». En dépit des mesures engagées pour les entreprises, les syndicats veulent un contrôle et un engagement clair de la part du patronat concernant la création d’emploi.

Mais selon une note publiée le 26 février par le Haut Conseil de la protection sociale, un allégement de 10 milliards d’euros supplémentaires ne permettrait de créer que 134.000 à 214.000 emplois sur cinq ans, et jusqu’à 300.000 emplois en concentrant les baisses de cotisations sur les bas salaires. On est loin des deux millions évoqués par l’ancien ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg.

Thierry Lepaon a assuré devant la presse, son « opposition à son pacte de responsabilité, tel qu’il a été passé entre le président François Hollande et Pierre Gattaz, patron des patrons, qui vise à donner à nouveau 30 milliards d’euros de cadeau au patronat ».

Le syndicaliste dénonce les « zéro charges pour les salaires payés au SMIC », entrainant des millions de salariés à la condamnation aux bas salaires. Même discours pour Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, son secrétaire général, a dénoncé un pacte « réduisant à nouveau les cotisations patronales au niveau du smic, en allégeant les cotisations patronales d’allocations familiales, le gouvernement fragilise le financement de la sécurité sociale et fait de l’allègement du coût du travail, logique économique libérale, la priorité de la politique économique ».

Mise à mal de la sécurité sociale

A l’issue de sa rencontre, Thierry Lepaon a indiqué que le Premier ministre n’a « pas apporté de précisions supplémentaires, nous sommes encore aux questionnements ». Ce dernier « ne met pas beaucoup d’espoir dans ces rencontres », à la vue du tournant libéral de la politique socialiste du gouvernement. Le patron de la CGT s’est dit « opposé au geste qui consiste à donner du pouvoir d’achat aux Français en diminuant les cotisations sociales ». Ce dernier a réaffirmé son opposition « au transfert du financement de la Sécurité sociale sur l’impôt », ajoutant que « le projet du gouvernement va même causer beaucoup de mal à la sécurité sociale », a cité l’AFP.

Pour Jean-Claude Mailly, le gouvernement va « ouvrir un nouveau front sur la sécurité sociale » en baissant les charges patronales. A la suite de sa rencontre avec le Premier ministre, le chef de FO n’est « pas rassuré pour le moment », car « on n’a pas de réponses sur les compensations et sur l’avenir des prestations sociales. » FO a rappelé à Manuel Valls que « l’austérité, c’est suicidaire économiquement, socialement et aussi politiquement ».

Concernant les smicards, Fo a estimé que « le gouvernement, plutôt que de faire simple en augmentant le smic, allège les cotisations sociales, ce qui fragilisera encore la sécurité sociale ». Pour sa part, la CFE-CGC a annoncé dès mercredi 9 avril que « l’encadrement et la classe moyenne (continuaient) de se faire plumer ». La présidente, Carole Couvert, reçue dans la journée par Manuel Valls a souhaité qu’il donne « de l’espoir et de la confiance » aux classe moyennes, aux techniciens et aux cadres.

 Céline Tabou 


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