Luttes sociales

« La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits »

Journée internationale des droits de la femme

Témoignages.re / 8 mars 2011

On a parfois l’impression que la tâche est immense et relève de l’utopie. Qu’il faudrait tout changer, jusqu’aux mentalités. Puis on se rend compte qu’avant nous tout était à faire et que certaines l’ont fait. De cette prise de conscience que le progrès n’est jamais une peine perdue, naît la nécessité de sortir de sa sphère individuelle pour revendiquer. L’Histoire finit toujours par avoir raison des injustices.
C’était en 1910. L’Allemande Clara Zetkin propose que soit créée la Journée internationale des femmes. Clara Zetkin est la fondatrice d’un mouvement en Allemagne, dont l’organe, “l’Égalité”, s’efforçait de montrer que la lutte pour l’émancipation des femmes était inséparable de la lutte de la classe ouvrière.
En Angleterre et aux États-Unis, les suffragettes et leur organisation politique se livraient déjà à des actions violentes pour arracher le droit de vote des femmes, qu’elles finiront par obtenir en 1918 et 1920.
Pendant ce temps, en France, après la provocante “Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne” d’Olympe de Gouges en 1791 dont l’article premier dispose : « La Femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », la presse réagit, dans les années 1870, à la revendication du droit de vote par les premiers mouvements féministes, en se demandant si, après les femmes, les bœufs voteraient…
Lorsque, en 1949, Simone de Beauvoir, d’un avant-gardisme exceptionnel, publie “le Deuxième sexe”, elle semble prêcher dans le désert. Pionnière de la pensée sur la condition des femmes, son ouvrage sera à l’origine des premiers engagements féministes, d’abord aux États-Unis.
Dans les années 1970, le Mouvement de Libération des Femmes, puis le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception (MLAC) se battront pour le droit des femmes à disposer de leur corps en bravant ouvertement la loi anti avortement de 1920 et en revendiquant le droit pour toute femme de maîtriser sa fécondité, à travers le droit à la contraception.
En janvier 1975, lorsque Simone Veil présente la loi autorisant l’Interruption volontaire de grossesse, elle subit les propos haineux et injurieux d’une Assemblée parlementaire essentiellement composée d’hommes.
Lorsqu’après de nombreuses luttes, les femmes accèdent enfin au droit de vote en 1944 en France, lorsqu’elles sont enfin considérées comme des individus majeurs et responsables, lorsqu’on leur concède enfin un droit de regard sur la société dans laquelle elles évoluent, dans de nombreux pays le droit de vote des femmes est inscrit dans la législation depuis de nombreuses années. La France n’avait pas tellement à se vanter, elle faisait plutôt figure de lanterne rouge !
60 ans plus tard, la France peut toujours rougir, car bien qu’elles aient obtenu le droit de vote, la place des femmes dans la vie publique française est toujours aussi honteuse. Elles sont sous-représentées dans les Assemblées élues. Quant aux postes dans la Haute administration, « laissés à la discrétion du gouvernement », les femmes y sont quasiment absentes.
Si le mouvement féministe a connu des contradictions et des limites, il a été, dans sa globalité, à l’origine d’importants acquis dans la lutte pour les droits des femmes. Ces acquis, qui font partie intégrante de la vie de beaucoup de jeunes, et qui semblent désormais normaux, sont en réalité les fruits de luttes acharnées. La contraception, par exemple, qui est largement entrée dans les mœurs, était nettement moins bien perçue quelques dizaines d’années auparavant. Tous ces droits, qui ont été arrachés dans un seul but : en finir avec les inégalités sexuelles. Des femmes se sont battues pour les conquérir, elles ne les ont pas mendiés ! Le féminisme, quoiqu’on en dise, a eu le mérite de dénoncer l’oppression des femmes, de bousculer de nombreux préjugés, de secouer la mentalité de soumission inculquée à bien des femmes, de revendiquer pour elles le droit d’être elles-mêmes à part entière.
Mais aujourd’hui plus que jamais, au 21ème siècle, les droits acquis par ces mouvements sont fortement menacés. La montée des intégrismes religieux dans certains pays orientaux est loin d’être la seule menace qui pèse sur l’égalité entre les êtres humains. Même si elles prennent des formes diverses, les attaques contre les libertés conquises par les femmes ont tendance à se multiplier, y compris dans les riches démocraties occidentales.

Immolations, exécutions publiques, mutilations génitales féminines, lapidations, prostitution, les traitements réservés aux femmes en 2011 sont loin de refléter une civilisation en marche vers le progrès. Encore récemment, la presse s’est émue : « Sauvons Sakineh ! » a-t-on tous pu lire au moins une fois dans le courant de l’année dernière. L’émotion soulevée par cette affaire à l’échelle internationale a donné lieu – comme pour d’autres “affaires” similaires, à de nombreux forums de discussions et discours, mais sans aucun pouvoir d’application réelle – une grande messe de la bonne conscience officielle.

La réalité concrète du sort fait à des millions de femmes à travers le monde est régulièrement dénoncée. 2010 a marqué la création de l’“ONU femmes”, vouée à la « lutte contre les inégalités entre les sexes et à l’autonomisation des femmes », l’un des Objectifs du Millénaire du Développement proclamé par l’ONU. Cette instance avait pour vocation de réduire les inégalités d’accès à l’éducation et aux soins, les discriminations dans le monde du travail, la persistance des violences sexistes, l’absence de parité dans le monde politique, etc. Qu’au 21ème siècle, l’Égalité d’une moitié de l’Humanité avec l’autre moitié ne soit pas un fait mais encore une revendication, démontre une crise et un malaise profonds.

À diplôme égal, les salaires ne sont pas égaux dans le privé comme dans le public, discriminations à l’embauche, harcèlements, violences conjugales, précarité et chômage touchent bien davantage les femmes, etc. Dans les pays industrialisés, qui se flattent d’être “démocratiques”, la cause des femmes n’est pas qu’un sujet historique. Le sexisme et la discrimination sexuelle sont enracinés dans tous les domaines de la vie sociale et politique. Pire, une régression et un retour à un ordre plus traditionnel et conservateur se font sentir. Les droits conquis par des femmes pendant ces quarante glorieuses sont sans cesse menacés d’être remis en cause.

Mais nous aurons beau voter des lois censées promouvoir l’égalité et combattre la discrimination sexuelle : l’égalité salariale, la parité, la lutte contre les violences conjugales, etc., le changement ne sera jamais substantiel tant que nous resterons dans un monde pensé et dirigé par les hommes, pour les hommes.

Les femmes sont plus diplômées, plus nombreuses et elles vivent plus longtemps. Ce ne sont pas des préjugés, mais des données statistiques et scientifiques. Nous avons sans conteste un rôle majeur à jouer dans la marche du monde. Ne craignons plus de nous affranchir des carcans moraux, sociaux et économiques qui freinent les ambitions, gaspillent les talents et annihilent le désir d’émancipation. Ne renonçons à rien, et surtout pas à la liberté d’être nous-mêmes dans l’Égalité la plus absolue !

Emilie Assati,
pour le collectif
“Non au racisme et aux discriminations. Respekt anou !”


Kanalreunion.com