Luttes sociales

La fermeture des filières Lettres et Sciences humaines au Tampon

Le conseil d’administration de l’Université de La Réunion a voté…

Sophie Périabe / 20 mai 2011

L’ambiance était électrique hier lors du conseil d’administration (CA) de l’Université de La Réunion. Le syndicat étudiant UNEF Réunion a tenté d’obtenir le maintien des filières Lettres modernes, Histoire et Géographie sur le Campus du Tampon, face à un président ouvert au dialogue mais ferme sur cette décision.

Comme prévu, plusieurs dizaines d’étudiants de l’UNEF ont tenté d’empêcher la tenue de ce CA tant que la question des suppressions de filières dans le Sud serait à l’ordre du jour. Il a fallu l’intervention du président de l’Université pour que ces jeunes puissent accéder à la salle du conseil bloquer par d’autres syndicats étudiants.
Le ton est vite monté entre les différentes organisations syndicales provoquant même des bousculades.
Des élus et des représentants d’associations avaient fait le déplacement, notamment, Gélita Hoarau, Élie Hoarau, Thierry Robert et Jean Hugues Ratenon.
Durant plus de deux heures, plusieurs élus, étudiants, membres du CA ont pu s’exprimer sur la question de la suppression des filières sur le Campus du Tampon.
Rappelons que ce sont plus de 350 jeunes du Sud qui sont contraints, à trois mois de la prochaine rentrée universitaire, de s’organiser pour suivre leurs études sur Saint-Denis.
Comme l’a rappelé Gélita Hoarau, « 80% des étudiants du Sud sont boursiers ».
« Ces jeunes qui doivent monter sur Saint-Denis entraînent des frais conséquents pour les familles », ajoute Thierry Robert, le maire de Saint-Leu.
Beaucoup d’entre eux ont déjà l’intention d’arrêter leurs études universitaires par manque de moyens financiers.

 « Allons ensemble batailler pour notre université » 

La question financière était au cœur des débats de ce conseil d’administration. Le président de l’Université assure que le maintien de ces filières en l’état est « impossible. Il faut des emplois, des postes pour faire face aux nouvelles filières, notamment l’école d’ingénieur qui a ouvert sans création de postes ». Selon lui, « on ne peut pas arrêter de développer l’Université même si on n’a pas de moyens supplémentaires. Le regroupement des filières est inévitable. Ce n’est pas de guetter de cœur que je le fais », assure-t-il.
Les étudiants et les élus se sont dits prêts à soutenir le président de l’Université pour demander des moyens supplémentaires au gouvernement, notamment lors de la visite de Marie-Luce Penchard, ministre de l’Outre-mer, dans notre île. « Allons ensemble batailler pour notre université » ont alors déclaré les étudiants. Ces derniers ont d’ailleurs demandé audience auprès de la ministre, de même que la sénatrice Gélita Hoarau, « elle devra nous écouter ».
En attendant, l’UNEF et les élus ont réclamé le retrait de ce point à l’ordre du jour. Refus catégorique du président qui avance que la ministre ne pourra pas répondre favorablement à leur demande.
Selon les étudiants, au vu des débats tenus lors de ce CA, il est primordial d’organiser un véritable moratoire, cette fois avec eux, sur la carte des formations à La Réunion et sur le rééquilibrage Nord/Sud.
Là encore, Mohamed Rochdi a souligné qu’un moratoire avait déjà été mis en place et les conseils consultatifs de l’Université ont voté majoritairement pour le regroupement des filières.
En contrepartie, « lorsque les travaux de construction de l’amphithéâtre de 500 places seront terminés », le Campus du Tampon abritera l’école d’ingénieur ESIROI ainsi que la première année de médecine et Saint-Pierre accueillera l’UFR Santé.
L’objectif est « d’avoir un cursus complet sur un campus », rappelle le président de l’Université. Cette annonce a quelque peu rassuré certains élus et associatifs mais reste le problème pour les 350 jeunes du Sud contraints à déménager à la prochaine rentrée, alors même que les demandes de chambres universitaires sont closes depuis le 30 avril dernier.
De nombreux futurs bacheliers se sont déjà inscrits dans ces filières au Tampon.

« Aider 350 étudiants tout de suite, ce n’est pas possible »

Une dizaine d’étudiants de l’UNEF se sont alors allongés en plein milieu de la salle du conseil pour exprimer leur inquiétude et leur ras-le-bol face à un président qui campe sur ses positions.
« Les collectivités aident bien les jeunes à aller étudier à l’extérieur, pourquoi ne pas mettre en place un passeport mobilité Sud/Nord », avance alors le président de l’Université.
Bruno Mamindy Pajany, membre du CA, a tout de suite rappelé les moyens déployés par le Conseil général en faveur des étudiants réunionnais. « On ne peut se retourner vers les collectivités, aider 350 étudiants tout de suite, ce n’est pas possible », s’emporte le conseiller général.
Enfin, pour calmer les esprits et pour que le CA puisse se tenir, Mohamed Rochdi a assuré qu’il « ferait tout ce qui est en mon pouvoir pour accompagner ces étudiants en intervenant auprès du CROUS ».
Le président de l’UNEF et sa délégation sont ressortis inquiets de ce CA. « Nous veillerons à ce que ces accompagnements se fassent réellement et nous publierons les noms de ceux qui ont voté pour la casse des filières Lettres et Sciences humaines au Tampon ».

 Sophie Pérabe 


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