Luttes sociales

La filière SES en danger

Éducation

Sophie Périabe / 13 avril 2010

Réunis en collectif depuis le 24 février dernier, les professeurs de Sciences Economiques et Sociales (SES) tirent la sonnette d’alarme sur l’avenir de leur matière. Une matière introduite au lycée il y a 44 ans par le Général De Gaulle.

La réforme du lycée portée par Luc Chatel prévoit une baisse des heures d’enseignement et une modification du programme actuel au profit d’une vision comptable de l’économie.
« Au total, sur les trois années, un élève perd 162 heures par rapport à aujourd’hui, soit une heure en moins en Seconde et Terminale, et l’option SES disparaît en Première », explique Clotilde Rey, membre du collectif et professeur de SES au lycée Pierre Poivre.
« Comment dispenser un enseignement de qualité dans de telles conditions ? », se demandent les professeurs inquiets.
Le gouvernement, quant à lui, avance le fait que tous les élèves feront de l’économie en Seconde. « Mais il ne s’agit là que d’un choix que devront faire les élèves entre 2 options non notées : une option SES dépourvue de toute approche sociologique et une option PFEG (Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion) qui prépare à une Première STG (Sciences et Technologies de la Gestion) ». Ainsi, en SES, toutes les notions de chômage, la famille, etc. ne seront plus au programme, seuls prédomineront des aspects très techniques de l’économie tels que l’élasticité, les économies d’échelle, la rentabilité.
Selon les professeurs, ce programme, « très technique », est inadapté à un élève de Seconde.
« Dans notre matière, on cherche à développer l’esprit critique des élèves, on étudie toutes les visions de l’économie », explique Didier Gauvin, Professeur au lycée de Bellepierre. « Le ministère nous a toujours reproché d’avoir une vision marxiste de l’économie et de faire l’idéologie de la Gauche. Or, nous ne faisons pas de propagande dans nos salles de cours. Dans cette réforme, un seul courant est proposé, celui des néoclassiques. Et ça, c’est dangereux, on oublie l’intérêt des élèves », dénonce Ahmed Triqui, Président de l’APSES, l’association des professeurs de SES.

« La politique du gouvernement, c’est diviser pour mieux régner »

D’ailleurs, le 31 mars dernier, le Conseil supérieur de l’éducation a rejeté ce nouveau programme ; mais ce Conseil ne donne qu’un avis consultatif.
Ce même jour, 500 professeurs de SES soutenus par plusieurs députés ont défilé à Paris. Des questions écrites ont également été posées au gouvernement.
La fragilisation du programme de SES inquiète sérieusement les professeurs. En effet, « c’est la première fois qu’un ministère veut faire passer une réforme faite à la hâte par un groupe qui ne s’est réuni que 3 fois et qui ne compte qu’un seul professeur du Secondaire », explique Didier Gauvin. Il y a bien la contrainte budgétaire à prendre en compte, mais pourquoi modifier le programme ?
Face à un tel constat, comment expliquer le manque de mobilisation de la communauté éducative ? « Il faut savoir que la réforme du lycée ne touche pas toutes les matières de la même manière. Les langues, par exemple, sont épargnées pour l’instant. Les collègues ont tendance à se battre pour le maintien des horaires, des postes. La politique du gouvernement, c’est diviser pour mieux régner ».
Selon les professeurs, le gouvernement introduit la zizanie, chacun se bat pour sa matière, au sein d’une institution dont le fondement est la sérénité.
« On constate que c’est une manière de régner et non de gouverner ; on gère les institutions en divisant les personnes » ? Jusqu’où ira-t-on ?

Dans notre île, 30 professeurs de SES sur les 77 que compte l’académie se sont réunis dans le collectif des professeurs de SES du 24 février. Le collectif a déjà demandé une audience au recteur et aux présidents des collectivités. Les associations de parents d’élèves ont été contactées.
Les professeurs de SES appellent donc à une mobilisation de l’opinion publique pour défendre cette matière qui attire de plus en plus d’élèves.
Si la réforme était adoptée dans sa forme actuelle, les professeurs menacent de passer à la vitesse supérieure, « il y aura des appels à la désobéissance et nous n’avons pas dit notre dernier mot pour le Bac ».

Sophie Périabe


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