Luttes sociales

La France s’enfonce dans la crise des inégalités

Centre d’observation de la société

Témoignages.re / 30 septembre 2016

La dernière Lettre du Centre d’observation de la société diffusée hier montre que la stagnation des revenus pour la majeure partie de la population en France s’accompagne d’une persistance des inégalités, et d’une augmentation de la pauvreté.

JPEG - 51.3 ko

Une nouvelle ère de stagnation des revenus est-elle ouverte ? 1 700 euros pour une personne seule : depuis 2008, le niveau de vie médian après impôts et prestations sociales stagne à ce niveau, voire baisse légèrement.

Pour les catégories populaires, la stagnation des revenus n’est pas nouvelle, elle date du début des années 2000. La rupture est bien plus nette pour les couches moyennes. En dépit du ralentissement de la croissance à partir des années 1970, elles se situaient toujours dans une dynamique de progrès. Selon l’Insee, le niveau de vie médian a progressé de 15 % entre 1998 et 2008. Matériellement parlant, l’accès aux bienfaits de la société de consommation n’est plus le même quand les ressources stagnent.

Ce changement a une conséquence majeure. En régime d’élévation des revenus, quand le gâteau s’accroît un peu, on ferme davantage les yeux sur la façon dont il est partagé. Quand les revenus stagnent à l’inverse, la lutte pour récupérer la part la plus grande s’intensifie entre catégories. D’où, par exemple, l’importance prise dans le débat public par la fiscalité et le « ras-le-bol » avancé par les catégories les plus imposées. La nécessité de légitimer dans l’opinion les gains obtenus - pour ceux qui continuent malgré tout à s’enrichir - est de plus en plus forte. Elle passe par la mise en avant régulière du niveau d’études, du talent, des responsabilités ou du nombre d’heures travaillées, autant de critères subjectifs quand on y regarde de plus près.

Les inégalités de salaires

Le salaire net moyen s’élève à 2 225 euros mensuels en France (données Insee 2014). Cette moyenne est tirée vers le haut du fait d’une poignée de salaires très élevés : 70 % des salariés reçoivent moins de 2 264 euros et la moitié moins de 1 783 euros.

Si l’on situe les classes moyennes entre les 30 % les plus pauvres et les 20 % les plus aisés, comme le font le Crédoc et l’Observatoire des inégalités, elles touchent entre 1 500 et 2 700 euros nets mensuels environ. Celui qui touche au moins 3000 euros nets appartient aux 13 % les mieux payés, avec 4000 euros net il est dans les 8 % du haut du classement. Le club des 1 % du haut de la hiérarchie des salaires commence à 8 200 euros.

Ces données masquent aussi des écarts entre catégories. Toujours pour des équivalents temps plein, les hommes touchent 23 % de plus que les femmes : 2 410 euros pour les premiers en moyenne, contre 1 962 euros nets pour les secondes. L’écart atteint même 25 % chez les cadres supérieurs. Les inégalités sont bien plus grandes entre catégories sociales : les cadres supérieurs reçoivent un salaire en moyenne 2,44 fois plus élevé que les ouvriers, 2,52 fois plus chez les hommes et 2,41 fois chez les femmes.

Les 10 % les plus aisés captent plus du quart des revenus

Les ménages vivant en France se sont partagé un peu moins de 1 000 milliards d’euros de revenus en 2013 après impôts et prestations sociales, dernières données disponibles de l’Insee

Le dixième le plus riche a capté un peu plus du quart (27 %) de cette masse, presque dix fois plus que le dixième le plus pauvre (2,9 %). Concrètement, alors que les premiers empochaient 270 milliards d’euros, les seconds recevaient 29 milliards. Le système français de redistribution, fait d’impôts et de prestations sociales, est loin d’égaliser les parts. Cette situation est le reflet des inégalités de salaires, des pensions de retraite et de la très inégale distribution des revenus financiers.

La pauvreté progresse

Le taux de pauvreté a progressé de 6,9 à 8,1% entre 2004 et 2014 au seuil de pauvreté situé à 50 % du niveau de vie médian, et de 12,9 à 14,1 % si l’on fixe le seuil de pauvreté à 60 %. Selon le premier seuil, le nombre de pauvres est passé de 4,1 à 5 millions, selon le second de 7,6 à 8,8 millions.


Kanalreunion.com