Luttes sociales

La grève continue à la CILAM

10e jour de blocage patronal

Témoignages.re / 7 juin 2013

Toujours pas de sortie de crise à la CILAM. 10e jour de grève aujourd’hui, ce matin, le Parti communiste réunionnais tient une conférence de presse à la permanence de Saint-Pierre, Ligne Paradis.

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Les travailleurs entament aujourd’hui leur 10e jour de grève. Les discussions n’ont toujours rien donné, difficile de croire qu’il n’est pas possible d’augmenter les travailleurs de 50 euros. (photo Toniox)

Les négociations n’ont pas avancé hier à la CILAM. Le patronat reste arc-bouté sur ses positions, sacrifiant les intérêts des éleveurs. À cause de ce blocage, les patrons de la CILAM n’achètent plus le lait aux agriculteurs de la SICA Lait.

La journée a commencé par une nouvelle action des éleveurs. Cette fois, ils ont décidé de distribuer gratuitement le lait à la population. En même temps, ils ont organisé le blocus de la zone industrielle où se trouve l’usine de la CILAM.

Dans l’après-midi, les discussions entre les travailleurs et la direction ont recommencé en présence des trois médiateurs. Elles se sont interrompues quand les éleveurs de la SICA Lait sont entrés dans la cour de l’usine. Les représentants des travailleurs ont en effet refusé de négocier sous cette pression. En conséquence, le dialogue est suspendu. Il pourrait reprendre ce matin.

La ramification d’un grand groupe

Hier, les travailleurs ont reçu de nouveaux soutiens. Parmi eux, la CGTR Chambre d’agriculture. Le syndicat apporte un éclairage sur le conflit. Il rappelle les liens qui existent entre la CILAM, la SICA Lait et l’URCOOPA.

L’Union réunionnaise des coopératives agricoles (URCOOPA) est devenue un véritable empire à l’échelle de notre île, avec 1.200 salariés. Ses activités débordent largement son cœur de métier, la production d’aliments pour animaux. L’URCOOPA est un des principaux acteurs dans l’agro-alimentaire, ce groupe détient plusieurs entreprises. L’organigramme qu’il publie sur son site internet permet de voir les différentes ramifications.

Car c’est aujourd’hui l’activité lait-boisson, autrement dit la CILAM et Australine, qui apporte la moitié du chiffre d’affaires au groupe.

Plusieurs acteurs importants de la crise à la CILAM se côtoient également dans le Conseil d’administration du groupe URCOOPA : Patrick Hoarau, président de la SICA Lait, et Paul Martinel, président de la CILAM, en font partie. Le premier est le trésorier d’un groupe qui réalisait, en 2009, 250 millions de chiffres d’affaires, le second y représente la SICA Lait.

Personne ne peut donc s’étonner que la manœuvre de division organisée par la direction de la CILAM donne de tels résultats.

Pas de dialogue et le pourrissement

Pour sa part, Pierre Vergès, vice-président du Conseil général à l’Agriculture, constate que l’augmentation mensuelle demandée correspond à 1,53% des pertes enregistrées par les éleveurs depuis le début de la grève. Cela ne vaut-il pas la peine de se pencher sur les capacités financières de la CILAM à honorer ou pas la revendication des grévistes, dit-il en substance.

Cela fait maintenant 10 jours que le conflit se prolonge. Les discussions doivent reprendre en fin de matinée.

Force est de constater que les conflits liés à l’échec des négociations salariales se multiplient à La Réunion. Jusqu’à présent, les travailleurs ont toujours pu obtenir des avancées. En face, le patronat joue toujours la carte de pourrissement, avec pour conséquence de faire subir à d’autres entreprises les effets du conflit.

À Carrefour, ils ont eu 46 euros sur les 50 demandés. Et à chaque fois, les grévistes font la démonstration que le patronat peut payer.

À la CILAM, c’est le même cas de figure. Les travailleurs doivent l’emporter.

M.M.

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Le Conseil d’administration du Groupe URCOOPA, propriétaire de la CILAM. Deux acteurs du conflit y siègent : le président de la SICA Lait en tant que trésorier, et le président de la CILAM en tant qu’auditeur de la SICA Lait. (Source Groupe Urcoopa)
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Le Groupe Urcoopa, propriétaire de la CILAM. (Source Groupe Urcoopa)
Pierre Vergès, vice-président du Conseil général délégué à l’Agriculture

« Mettre tout sur la table »

 

Le conflit de la CILAM est révélateur de la situation de crise qui s’aggrave dans le dialogue social.

Tout en exprimant mon accord avec le contenu du communiqué de la présidente du Département, je voudrais rajouter quelques remarques en tant que vice-président délégué aux affaires agricoles.

 

S’il est évident que le Département devra assurer de son soutien cette filière d’élevage en difficulté, l’urgence aujourd’hui est de contribuer à sortir de cette situation de blocage.

 ?Que devons-nous avoir à l’esprit ?

 ?

- Que l’opinion connaît :

1°- le niveau des pertes déjà subies par les éleveurs qui ne sont plus en mesure de livrer leur production laitière : du jeudi 30 mai à hier mercredi soit 217 470 euros pour les éleveurs uniquement, en ne comptant pas la perte subie par la transformation ;

 ?2°- le niveau des revendications des employés de la CILAM : 40.000 euros bruts... par an, soit 3.300 euros par mois, ce qui représente 1,53% des pertes subies par les éleveurs à ce jour ;

 ?

- Que l’opinion ne connaît pas les capacités financières de la CILAM.

N’est-il pas légitime que cette opinion, ou à défaut les employés de la CILAM voire les éleveurs concernés, sachent quelles pourraient être les marges de manœuvre qui justifieraient les positions de la direction de cette entreprise ? À moins que l’invitation est de croire sur parole ce que cette direction avance.

 ?D’urgence, chacun doit mesurer que dans le contexte d’insécurité sociale de plus en plus subi par notre île, le partage des fruits de l’activité économique, même modestes, est une préoccupation qui surgit avec détermination.
CGTR Chambre d’agriculture

Les salariés de la CILAM ont raison de se battre !

« La CGTR CHAMBRE D’AGRICULTURE apporte sa solidarité aux salariés de la CILAM qui sont en grève depuis mercredi 29 mai.

Les travailleurs de la CILAM comme l’ensemble du monde du travail doivent faire face à la baisse vertigineuse de leur pouvoir d’achat. Leur revendication d’augmentation de salaire de 50 euros ainsi qu’une prime de 600 euros est donc totalement légitime et justifiée.

Leur revendication salariale est bien dérisoire comparée aux 5 millions d’euros (chiffres des grévistes) de bénéfices que se sont partagés les actionnaires de cette entreprise.

La CILAM, tout comme la SICA Lait fait partie du groupe URCOOPA (le président de la Sicalait n’est autre que le trésorier de l’ URCOOPA !) qui contrôle pratiquement toute la filière agro-alimentaire de l’île.

Les capitalistes de ce groupe dans la poche de qui tombent tous les dividendes issus de l’exploitation de près de 1200 salariés ont non seulement les moyens de payer les travailleurs de la CILAM mais également d’indemniser les petits éleveurs laitiers qui ont perdu leur production du fait de l’entêtement et de la rapacité des dirigeants de la CILAM ».
Et ce n’est qu’un début ?

Tous les gains obtenus par de longues journées de grève vont être remis en cause par une décision du gouvernement, celle de refuser de prolonger le RSTA. C’est une perte de 100 euros par mois pour des dizaines de milliers de travailleurs.

Lors de sa dernière visite à La Réunion, le ministre des Outre-mer avait dit qu’il appartient aux entreprises de compenser le manque à gagner. Cela a été confirmé aux députés.

Lorsque l’on constate qu’il faut bien plus d’une semaine de grève pour arracher 50 euros, une telle décision va considérablement augmenter la tension sociale. Car le patronat montre que par la négociation il n’est pas prêt à lâcher 50 euros, alors lui demander 100 euros…

Autant dire que la suppression du RSTA et justification qui l’accompagne risque bien de mettre le feu aux poudres partout à La Réunion.


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