Luttes sociales

La justice utilisée pour tenter de briser la grève de la CILAM

6e jour de grève et pas de dialogue

Manuel Marchal / 5 juillet 2014

A la CILAM, des incidents ont opposé des éleveurs et les grévistes. Les premiers voulaient forcer le piquet de grève pour livrer leur lait à la société. Les dirigeants de la CILAM refusent toute discussion et utilisent la justice pour tenter de briser la grève. La tension est telle que le préfet a proposé les services de l’Etat pour animer les négociations.

Comme l’an passé, les discussions ont bien du mal à commencer à la CILAM. Des travailleurs se sont mis en grève car ils estiment n’avoir aucune réponse quant à leurs revendications salariales. Ils soulignent que sur la base d’une expertise, il s’avère que la CILAM distribue chaque année 2,5 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires. Pendant ce temps, elle ne propose que des augmentations inférieures à 30 euros aux salariés qui créent la richesse de la CILAM.
Dans ce conflit, le choix du pourrissement du conflit peut s’appuyer sur des divisions. La première est celle qui sépare les travailleurs des éleveurs. Ces derniers ont un temps limité pour livrer leur lait, sinon il est perdu. La direction refuse de discuter, le conflit s’enlise et les éleveurs ne demandent pas des comptes aux patrons de la CILAM. Leur colère est orientée vers les grévistes, et la nuit dernière, un incident a eu lieu.

Appel au dialogue du préfet

La direction a réussi également à organiser une division au sein du personnel. Habillés en blanc, des non-grévistes ont défilé derrière une banderole dans la cour de l’usine. Ce matin, ils ont été acheminés par bus spéciaux devant la sous-préfecture de Saint-Pierre. Ils ont rencontré le représentant de l’Etat pour demander la levée du piquet de grève et ont fait part de leurs revendications, plus modérées que celle des grévistes. Ces derniers demandent une prime de 600 euros, en plus des augmentations proposées par la direction.
A la suite de ce mouvement, le préfet est intervenu. Constatant les effets du conflit sur la production de lait et les manifestations de violence, le préfet lance un appel au calme et au respect du droit.
Il invite aussi « les parties à ce conflit à reprendre le dialogue ». « Le service de l’inspection du travail se tient prêt à animer ce dialogue, dès lors que les parties en sont d’accord », précise le préfet.

La direction utilise la justice

Depuis six jours, la direction refuse de discuter avec les grévistes, elle a assigné 17 personnes devant un tribunal ce vendredi
Le verdict est tombé à 17 heures. La justice a suivi les arguments de la direction. Elle demande la levée du piquet de grève devant l’entrée de la CILAM sous peine d’astreinte de 1000 euros par infraction constatée.
Ce recours à la justice pour obtenir la fin de la grève par la force plutôt que par la négociation n’est pas de nature à faire baisser la tension. Car pendant ce temps, le patron qui refuse de négocier et qui est responsable du blocage n’est pas condamné à payer une astreinte tant que dure cette entrave. Les travailleurs ont choisi de maintenir la mobilisation. Le dialogue social est bloqué, la direction de la CILAM va-t-elle changer d’attitude et entendre l’appel du représentant de l’Etat ?

M.M.


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