Luttes sociales

La mobilisation ne faiblit pas chez les jeunes

Sophie Périabe / 26 février 2011

Hier matin, lycéens, étudiants, syndicalistes, responsables politiques se sont rassemblés devant le lycée Roland Garros au Tampon pour dire non à la politique de casse de l’Éducation nationale, d’une part, et d’autre part, dénoncer la politique de répression, seule réponse du gouvernement face à la mobilisation de la jeunesse.

« La jeunesse ne se taira pas », a réaffirmé Alexis Chaussalet, représentant fédéral du syndicat lycéen UNL. En effet, ils étaient plus d’une centaine de jeunes à s’être rassemblés hier matin devant les grilles du lycée Roland Garros pour dire non aux 162 suppressions de poste prévues pour la prochaine rentrée. Cette mobilisation venait également en soutien à Alexis Chaussalet et deux de ces camarades, Samy et Christophe, qui ont fait l’objet d’une interpellation au pied du lit, à 6h du matin jeudi dernier, et d’une garde à vue, des méthodes jugées excessives pour un simple motif d’« outrage à agent ».
Le représentant de l’UNL l’affirme, « ce n’est pas en utilisant des moyens d’un autre temps, qu’on fera taire la jeunesse. Au contraire, les autorités sont en train d’énerver la jeunesse. Il faut que chacun prenne ses responsabilités ».
Dans la matinée, après l’arrivée des lycéens de Bois Joly Potier, Alexis Chaussalet a rappelé les objectifs de la mobilisation. « Nous exigeons que la jeunesse réunionnaise ait un droit à l’avenir, il faut donc arrêter la suppression des postes dans l’Éducation nationale. Les jeunes sont aujourd’hui engagés et déterminés à défendre une éducation de qualité ».
Vers 10h, le cortège quitte le lycée Roland Garros, encadré par les forces de l’ordre, direction la gendarmerie du Tampon. À leur arrivée, les manifestants ont, sans aucune surprise, trouver porte close.
« Police partout, justice nulle part », pouvait-on entendre dans la foule. Cette action symbolique visait « à condamner ce qui s’est passé jeudi dernier. Nous exigeons l’abandon des charges retenues contre mes deux camarades et moi-même », a demandé Alexis Chaussalet.
D’ailleurs, une pétition en ce sens a circulé toute la matinée parmi les jeunes, syndicalistes et politiques.
En fin de matinée, la manifestation s’est peu à peu dispersée et une délégation a été reçue par le directeur de cabinet du sous-préfet de Saint-Pierre, où « nous allons déposer une motion et la pétition en direction du préfet de La Réunion ».
Les lycéens ont été appelés à tenir des assemblées générales dans leur établissement afin de décider des actions à mener dans la semaine. La mobilisation devrait se poursuivre, au moins, jusqu’à vendredi.

SP


La jeunesse fichée ?

Parmi les manifestants hier matin, un homme, appareil photo autour du cou, photographie les jeunes. Rien d’anormal pour un photographe de presse, sauf que là, il s’agirait d’un gendarme en civil. « Le fichage est interdit en France », lui lance Alexis Chaussalet qui lui rappelle qu’il « n’a pas le droit de les photographier ». Rapidement, les jeunes entourent les deux hommes en discussion, la scène est même filmée par un des manifestants.
« Le gendarme en civil », justifie sa présence au cas où il y aurait des « exactions ». Alexis Chaussalet lui rétorque « qu’il n’y a eu aucune exaction, la jeunesse manifeste pacifiquement ». Devant la pression populaire, l’homme bat en retraite et entre à l’arrière de la gendarmerie, ce qui pousse les jeunes à dire qu’il s’agit bien d’un gendarme en civil venu photographier les manifestants.
En réponse, les jeunes se sont « amusés » à le photographier à leur tour.
« Voilà la réponse du gouvernement, ficher les jeunes manifestants. Est-ce que c’est cela le respect de la démocratie et du droit à manifester ? », demande Alexis Chaussalet.


Réactions

Parmi les manifestants, syndicalistes, politiques, responsables associatifs ont apporté leur soutien à la jeunesse, voici quelques réactions :

• Max Banon, CGTR

- « La CGTR est présente pour apporter son soutien à Alexis Chaussalet. Nous dénonçons des méthodes répressives et exagérées de la part des forces de l’ordre. Si le gouvernement a décidé comme orientation d’écraser tout mouvement populaire et notamment ceux de la jeunesse, ça va mal aller.
Nous demandons au gouvernement de revoir sa copie sur sa politique sociale, d’arrêter la casse dans l’Éducation nationale et d’apporter des réponses concrètes aux problèmes de la jeunesse ».

• Jean-Hugues Ratenon, ARCP

- « Je suis là en soutien à la jeunesse dans son combat pour la liberté de manifester, la liberté de s’exprimer tout simplement. Moi-même j’ai déjà été victime d’intimidation de la part des forces de l’ordre, garde à vue, perquisition à mon domicile, en 2003 avec le collectif emploi en danger.
Nous dénonçons aussi la politique du gouvernement de casse de l’Éducation nationale. À La Réunion, nous savons les chiffres de l’illettrisme, de l’échec scolaire, et nous avons des suppressions de poste. Notre retard n’est pas pris en compte dans cette politique de casse sociale ».

• Stéphane Maillot, UNEF

- « Nous dénonçons les évènements de jeudi dernier, l’interpellation des jeunes à 6h du matin pour un simple outrage à agent. Nous adressons un message clair aux autorités : si des jeunes sont interpellés de nouveau après des manifestations, le lendemain, le surlendemain, nous serons des centaines dans la rue. Il faut agir et ne plus subir.
Les 162 suppressions de postes sont inacceptables, nous en avons marre de subir. Il y a un profond malaise chez les jeunes. Nous avons atteint un point de rupture. Chacun devra prendre ses responsabilités, nous nous prenons les nôtres, les autorités prendront les leurs ».

Propos recueillis par SP


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