Luttes sociales

La mobilisation paie en Bretagne

Un enseignement de la crise

Manuel Marchal / 5 novembre 2013

L’action des Bretons leur a permis de faire de la crise dans leur région un problème national. Ils ont obtenu un Pacte d’avenir pour la Bretagne avec plusieurs mesures d’exception. Avant hier, les travailleurs de Tilly-Sabco ont investi une sous-préfecture. Ils ont eu en réponse l’engagement que leur cause sera plaidée au plus haut niveau par le ministre de l’Agriculture en personne.

La Bretagne a vu sa situation s’aggraver depuis l’année dernière. La région a construit son développement notamment sur l’industrie agroalimentaire. Pendant de nombreuses années, elle a bénéficié d’une législation protectrice. La Politique agricole commune garantissait un revenu minimal aux producteurs grâce au prix d’intervention, et elle soutenait les exportateurs par le versement de subventions. Grâce à cette aide publique, l’industrie agro-alimentaire pouvait exporter dans le monde en étant capable de vendre aussi bon marché que des pays où le coût de production était moins élevé.

Mondialisation

Mais avec la création de l’Organisation mondiale du commerce, de nouvelles règles s’appliquent. Elles visent à éliminer tout ce qui peut s’opposer au principe de la « concurrence libre et non faussée ». Pour les producteurs européens, cela signifie la mise en concurrence avec les autres continents, au sein d’un marché unique mondial en cours de formation.

Pour arriver à cet objectif, il est demandé aux États d’éliminer les préférences commerciales. Cela signifie que tous les produits doivent être taxés au même niveau. Quant aux aides publiques à la production et à la vente, elles sont visées elles aussi.

En Bretagne, l’industrie de la volaille touchait une subvention pour exporter sa production. Elle avait droit à plus de 300 euros par tonne. Cette subvention supprimée, le prix de vente du poulet breton sur le marché mondial augmente donc brutalement. Il n’est plus concurrentiel vis-à-vis de pays à bas coûts de production, comme le Brésil. C’est la crise, car la production ne se vend plus.

Des milliers d’emplois risquent donc d’être supprimés. Tilly-Sabco n’est pas une petite PME, c’est une société de 1.000 salariés qui peut fermer du jour au lendemain.

Négociation et pas répression

Les travailleurs ont décidé de se mobiliser. Exaspérés par la dégradation de la situation, ils sont passés à un mode d’expression extrême. Ils ont pris d’assaut une sous-préfecture en enfonçant le portail à coups de tractopelle. En face, l’État n’a pas envoyé les CRS pour faire la répression. Il a préféré négocier le départ des occupants.

Ces derniers ont obtenu que le ministre de l’Agriculture en personne aille plaider leur cause à Bruxelles auprès de Dacian Ciolos, Commissaire européen en charge de l’Agriculture.

Cet engagement supplémentaire s’ajoute aux mesures exceptionnelles décidées par le gouvernement, comme le maintien de 97% du salaire pendant 1 an pour les travailleurs qui seraient contraints au chômage à cause de la crise en Bretagne.

Voilà qui démontre que la mobilisation paie.

M.M.


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