Luttes sociales

La nécessaire croisade contre la pauvreté

La caravane de la solidarité

Manuel Marchal / 17 août 2009

Organisée la semaine dernière, la Caravane de la solidarité est le résultat de l’action de bénévoles qui apportent un indispensable réconfort à leurs compatriotes. 63 ans après l’abolition du statut colonial, des inégalités persistent dans notre pays, et il existe encore aujourd’hui des Réunionnais qui vivent dans la rue et ne mangent pas à leur faim. Ce dénuement extrême est une des caractéristiques d’un système qui montre toutes ses limites.

Les 8, 9 et 10 mai derniers, le Parti communiste tient son 6ème congrès. L’un des fondateurs du PCR, Paul Vergès, intervient et appelle à la mobilisation la plus large pour lancer « la croisade contre la pauvreté ».
Cela fait 63 ans que La Réunion s’est libérée du statut colonial. Avant, notre île vivait une grande misère, marquée par le manque de nourriture, la surmortalité infantile, le paludisme et l’absence d’un accès aux soins médicaux pour la plupart des Réunionnais. Face à cette grande détresse, aggravée par les privations de la guerre, les Réunionnais se rassemble autour d’une solution réunionnaise pour régler ces problèmes réunionnais : ce sont les élections de 1945 qui débouchent sur l’élection des deux députés, Raymond Vergès et Léon de Lépervenche, qui militent au plus haut niveau de l’État pour cette solution réunionnaise : l’abolition du statut colonial.
La loi du 19 mars 1946 allait donc déboucher sur des avancées importantes : accès aux soins, à l’Éducation nationale, à l’électricité, à l’eau du robinet, application progressive des lois sociales (alors que l’égalité devait être faite dès le 1er janvier 1947), diminution considérable des bidonvilles, ouverture sur le monde…
Mais malgré tout, une part importante de la population n’a pas pu avoir droit pleinement à toutes ces avancées. Ce sont les 52% de la population qui vivent en dessous du seuil de pauvreté. Et parmi ces pauvres, il en existe qui vivent dans des conditions de dénuement extrêmes. Ils sont privés d’un toit, dorment dans la rue. D’autres qui ont un logement ont un revenu tellement faible qu’ils doivent aller chercher de quoi se nourrir auprès de services sociaux des communes ou des associations. Ces drames quotidiens sont l’illustration de l’échec du système actuel. Avec une telle pénurie d’emplois, comment peut-on en effet créer les conditions pour que chacun puisse vivre dignement de son travail ?
La Caravane de la solidarité permet de donner un coup de projecteur sur tous ces Réunionnais qui ne comptent pas leur temps pour amener du réconfort à leurs compatriotes les plus démunis.
Au moment où se construisent les bases de La Réunion du 21ème siècle, la persistance de la pauvreté pour une large part de la population rappelle l’ampleur des changements qui devront être réalisés pour relever concrètement les défis du développement durable. La croisade contre la pauvreté est plus que jamais nécessaire, car il n’est pas tolérable qu’à La Réunion en 2009, une seule personne ne sache pas le matin où elle va dormir le soir, et soit obligée de se demander si elle pourra manger aujourd’hui.

Manuel Marchal


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