Luttes sociales

La parole aux « abandonnés de la retraite »

Hier, place des Droits de l’Homme à Champ-Fleuri

Témoignages.re / 23 juin 2010

Après les tours de parole sur cette place symbolique des Droits de l’Homme, Jean-Hugues Ratenon a appelé tous ceux qui se sentent concernés à s’unir derrière la banderole des « abandonnés de la retraite » à la manifestation du 24 juin.

Une centaine de personnes ont répondu présents hier à l’appel de l’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté (ARCP) sur le parvis des Droits de l’Homme de Champ-Fleuri. L’ARCP avait en effet invité les « abandonnés de la retraite » à faire entendre leurs voix en ce lieu symbolique, en prélude à la manifestation du 24 juin contre la réforme des retraites. Parmi eux, la Sénatrice Gélita Hoareau, Hilaire Maillot et Maurice Gironcel sont venus apporter leur soutien.

Retraités, mais aussi jeunes travailleurs se sont succédé pour témoigner de leurs conditions de vie et exprimer leurs inquiétudes.
Comme cet ancien journalier agricole, qui a travaillé pendant 43 ans et cotisé en théorie 37,5 ans. « J’ai commencé à travailler à l’âge de 10 ans, ma première déclaration à la Sécu, je l’ai faite à 14 ans. Je me souviens de mon premier salaire, 55 francs CFA ». Aujourd’hui, il perçoit une retraite d’un peu plus de 500 euros... Mais s’il a pris la parole hier, c’est pour les nouvelles générations. « J’ai un garçon de 40 ans, poursuit-il. Il n’a jamais travaillé, il est au RMI. Il n’aura rien pour sa retraite ».

Les jeunes, en effet, ne demandent qu’à travailler pour garantir leurs retraites. A 30 ans, Fabrice a déjà cotisé 8 ans. « Il me reste encore 34 ans à cotiser, j’ai 4 enfants, et je ne suis pas sûr de trouver du travail, dit-il. Aujourd’hui, j’ai une question. Beaucoup de personnes n’ont pas le temps de profiter de la retraite. Où vont les cotisations de ces personnes ? Pourquoi ne pas les reverser aux enfants ? ».

Travailler jusqu’à 79 ans

Un autre travailleur témoigne. « J’ai 62 ans, et après 18 ans de service, je suis maintenant au chômage. Il faudra que je travaille jusqu’à 79 ans, et mes 18 années de cotisations, elles seront perdues ! Si on ne règle pas le problème de l’emploi, on n’aura pas de retraite », insiste-t-il.

A 45 ans, Alex est quant à lui « toujours intérimaire », licencié après 5 ans de service. « On cotise, mais aurons-nous le temps de toucher cette retraite ? D’un côté, le Président nous dit de travailler plus pour gagner plus. De l’autre, on nous dit qu’on ne peut pas travailler plus ».

Monique Iori, présidente d’Agir Pou Nout Tout, a évoqué la situation préoccupante des employées de maisons « qui n’ont cotisé que 30 ans alors qu’elles travaillent souvent depuis l’âge de 16 ans ». Et les cas nombreux d’enfants ou de conjoints à qui l’Etat demande un remboursement dans le cadre du Fonds national de solidarité, une fois que la personne âgée est décédée. « J’ai rencontré une dame à qui on a demandé de rembourser 23.000 euros lorsque son mari est décédé, ou bien de vendre ses biens ».

La Sénatrice Gélita Hoareau a exprimé « sa tristesse de voir les plus anciens qui ont tout donné revenir aujourd’hui à la bataille pour leur retraite », évoquant notamment le cas des femmes, des agricultrices et des gramouns qui, il n’y a pas si longtemps, manifestaient déjà devant le siège de la Sécurité Sociale pour obtenir le versement de leurs retraites en début de mois. La situation sociale est grave à La Réunion, assure-t-elle, au point que « ce sont parfois les personnes âgées qui font vivre toute une famille ». Bref, une solidarité inversée. La sénatrice a invité chacun à aller au-delà de cette action symbolique à Champ-Fleuri : la manifestation du 24 juin.

EP


Des cahiers de doléance pour Nicolas Sarkozy

Parce que les « Réunionnais ont du mal à exprimer leur souffrance en public », Jean-Hugues Ratenon a annoncé que des cahiers de doléance circuleront dans les 24 communes de l’île. Objectif, permettre à chaque citoyen d’exprimer ses inquiétudes concernant l’avenir des retraites, les conditions de vie actuelles. Ce “fonkèr kréol” sera transmis au Président de la République dans un ou deux mois. L’Alliance des Réunionnais Contre la Pauvreté milite pour une retraite minimum au moins égale au seuil de pauvreté national de 880 euros.

EP


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