Luttes sociales

La pauvreté : cinq ans après – de mal en pis

Rapport de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Europe et d’Asie centrale

Témoignages.re / 6 novembre 2013

Au cours du premier semestre de 2013, la Fédération internationale a réalisé une cartographie des activités menées par les 52 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Europe et d’Asie centrale. Parmi elles, 42 Sociétés nationales ont accepté de répondre à des questions. Le présent rapport intitulé "Europe : les conséquences de la crise économique sur le plan humanitaire" se fonde essentiellement sur les réponses et les observations de ces Sociétés nationales.



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La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge est le plus vaste réseau humanitaire de volontaires au monde. Il atteint 150 millions de personnes chaque année par le biais de ses 187 Sociétés nationales.

L’objectif de la cartographie était d’obtenir une vue d’ensemble des défis auxquels les Sociétés nationales sont actuellement confrontées et des mesures qu’elles prennent pour faire face à la crise. Le présent rapport vise à mettre en évidence le coût humain de la crise et ses conséquences aux niveaux local et communautaire, avec lesquels la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ont un lien unique. Il entend parler des individus qui se cachent derrière les chiffres. Enfin, les tendances ont été examiné et ont été étayée par des statistiques provenant d’autres organisations et sources.

Près de cinq ans après le début de la crise économique, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant- Rouge continuent à faire état d’une augmentation générale des besoins des groupes vulnérables existants, mais aussi de nouveaux groupes. Dans nombre de cas, une assistance accrue a été fournie aux personnes touchées par la crise. Mais parfois, les Sociétés nationales ont constaté l’existence de besoins sans pouvoir y répondre de manière appropriée, du fait d’un manque de ressources ou de capacités.

L’intensité de la pauvreté a augmenté

Une proportion importante de Sociétés nationales signalent qu’un nombre croissant de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et ont besoin d’assistance, que l’intensité de la pauvreté a augmenté, autrement dit que les pauvres sont plus pauvres encore, et que le fossé se creuse entre riches et pauvres. Cela signifie que les personnes vivant en marge de la société – et celles qui sont socialement exclues – sont plus nombreuses et ont une plus grande distance à parcourir pour se resocialiser, se reconstruire, trouver un travail et se réinsérer dans la société.

Certaines Sociétés nationales font également état d’une augmentation du nombre de personnes qui ont des difficultés à joindre les deux bouts bien qu’elles vivent au-dessus du seuil de pauvreté (les "travailleurs pauvres"). Ce groupe devient plus vulnérable du fait de l’érosion fiscale – quand le taux d’inflation (en particulier du prix de l’énergie) croît plus rapidement que les salaires – ou car leur emploi ne leur offre aucune garantie sociale. Nombre de ces personnes se tournent vers la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge de manière occasionnelle ou à la fin du mois quand elles doivent faire un choix entre acheter de la nourriture et régler leurs factures, et qu’elles risquent d’être expulsées en cas de non-paiement.

Des migrants plus vulnérables

Dans certains pays, les travailleurs migrants qui subvenaient aux besoins de leur famille en travaillant à l’étranger ont été contraints de rentrer après avoir perdu leur emploi et constituent dès lors une source supplémentaire de vulnérabilité.

Les Sociétés nationales indiquent que le nombre de demandes d’aide venant de migrants a augmenté et qu’elles leur fournissent des services variés, tels que des conseils juridiques, des soins de santé (pour les migrants en situation irrégulière) et un soutien scolaire pour les enfants.

Parmi les nouveaux groupes vulnérables figurent également les personnes qui ont perdu leur emploi et qui n’ont pas ou plus droit aux indemnités de chômage, les familles monoparentales, les retraités, les jeunes qui ne sont ni aux études ni au travail et les migrants en situation irrégulière.

Extrait du discours d’ Anitta Underlin, directrice de la zone Europe

« Le moment est venu de penser différemment »

« Maintenant que la crise économique a planté ses racines, des millions d’Européens vivent dans l’insécurité, sans trop savoir ce que l’avenir leur réserve.

C’est l’un des états psychologiques les plus durs pour les êtres humains. Nous voyons actuellement un désespoir muet se propager parmi la population européenne, gagnée par la dépression, la résignation et la défiance en l’avenir.

Parfois, ce désespoir se fait plus bruyant, prenant la forme de manifestations et de violences. Nous craignons que l’augmentation de la xénophobie et le manque de confiance dans la capacité de la société à créer des emplois et à assurer la sécurité risquent de susciter des opinions et des actions plus extrêmes, pouvant provoquer des troubles sociaux.

En octobre 2009, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant- Rouge (Fédération internationale) a publié son premier rapport sur les conséquences humanitaires de la crise économique en Europe. Ce rapport mettait l’accent sur le fait que d’importants efforts étaient déployés pour stabiliser la situation macroéconomique du continent, mais que trop peu d’attention était accordée aux conséquences humanitaires ou aux causes profondes de la crise.

À cette époque, nous n’imagions pas que, quatre ans plus tard, nous parlerions toujours de la crise économique. Nous n’imaginions pas non plus que cette crise s’aggraverait, touchant de façon disproportionnée ceux qui étaient déjà vulnérables et frappant des nouveaux groupes de personnes qui avaient jusque-là été épargnés.

Au début de l’année 2013, nous avons établi une cartographie des mesures prises par 52 Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge d’Europe pour faire face à la crise. […]

Par rapport à 2009, des millions de personnes supplémentaires doivent faire la queue pour se nourrir et n’ont pas de quoi acheter des médicaments ou se faire soigner. Des millions de personnes sont sans emploi, et nombre de celles qui ont encore un travail ont du mal à faire vivre leur famille, les salaires étant insuffisants et les prix exorbitants. Nombre de ménages qui appartenaient à la classe moyenne ont sombré dans la pauvreté. En 2012, plus de 3,5 millions d’européens dans 22 pays ont reçu de l’aide alimentaire de la Croix-Rouge.

La cartographie a révélé que de plus en plus de personnes ont basculé dans la pauvreté, que les pauvres s’appauvrissent et que la « distance sociale » à parcourir pour se réinsérer dans la société s’est creusée.

Nous voyons émerger un nouveau groupe de personnes vulnérables, les travailleurs pauvres, qui demandent de l’aide à la Croix-Rouge et au Croissant-Rouge en fin de mois quand ils doivent faire un choix entre acheter de la nourriture ou payer leurs charges – avec le risque de voir l’électricité ou le gaz coupé s’ils ne peuvent pas payer ces services ou d’être expulsés s’ils ne peuvent pas rembourser leur prêt hypothécaire. […]

Nous devons tous commencer à penser différemment afin d’agir différemment. […]

Nous sommes convaincus qu’il est urgent de faire preuve d’un engagement ferme et durable envers la mise en œuvre, partout en Europe, de stratégies efficaces de renforcement de la résilience si nous voulons empêcher que la crise ne devienne une crise sociale et morale, dont les conséquences seraient considérables.

Il y a encore de l’espoir, mais il faudra beaucoup plus de temps pour renverser la situation qu’il n’en faut pour renflouer les banques et distribuer de l’aide alimentaire.
Principales tendances et conclusions

Les pauvres s’appauvrissent

• La crise a fait augmenter le nombre de personnes vivant dans la pauvreté.

• Le fossé se creuse entre riches et pauvres.

• Un plus grand nombre de personnes sollicitent une aide alimentaire et d’autres formes d’assistance.

• Les conséquences humanitaires de la crise se font sentir en dépit de la reprise économique.

Les nouveaux pauvres

• Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge font état d’un nombre important de "nouveaux pauvres" – des travailleurs ordinaires qui ne peuvent pas couvrir tous leurs frais essentiels et qui, à la fin du mois, doivent choisir entre acheter de la nourriture ou payer le loyer.

• Le nombre de personnes se situant dans la classe moyenne continue de chuter et le nombre de personnes n’ayant peu ou pas d’économies, menacées de basculer en-dessous du seuil de pauvreté, augmente.

• Les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge répondent de plus en plus aux besoins de la population de leur pays, même si certaines indiquent qu’elles ont plus de difficultés à mobiliser des fonds.

La santé se détériore

• Les coupes dans les dépenses de santé pendant les périodes de crise risquent de coûter très cher sur le long terme.

• Les Sociétés nationales indiquent qu’il est de plus en plus nécessaire d’élargir les services de soutien psychosocial apportés aux personnes souffrant de dépression et d’autres problèmes de santé mentale.

• Nombre de personnes changent de comportement pendant les crises – certaines réduisent leurs dépenses de santé, d’autres adoptent un mode de vie malsain et d’autres encore font totalement l’inverse et commencent à vivre de manière plus saine.

Migration et mobilité

• Partout en Europe, les Sociétés nationales viennent en aide aux migrants et aux demandeurs d’asile en défendant leurs droits et leur dignité, en les aidant à s’intégrer dans les communautés d’accueil ou en leur fournissant des services auxquels ils n’auraient pas accès autrement.

• Plusieurs Sociétés nationales indiquent que les politiques publiques relatives aux migrants se sont durcies pendant la crise économique et que la mise en œuvre des lois existantes est problématique

• La diminution des envois de fonds de l’étranger constitue un problème grave, non seulement pour les individus et les familles, mais aussi pour les communautés et les pays.

Chômage

• Les Sociétés nationales mènent de plus en plus d’activités d’aide aux chômeurs.

• Les conséquences potentielles des forts taux de chômage sont une source de préoccupation croissante.

• Certaines Sociétés nationales ont vu le nombre de leurs volontaires augmenter de manière considérable, certains souhaitant occuper leur temps utilement et d’autres espérant acquérir des compétences qui pourraient les aider à trouver du travail.
Les recommandations de la Croix et du Croissant rouge

Pour agir différemment, il faut penser différemment. Il faut mieux comprendre comment les individus, les familles, les sociétés civiles et les institutions peuvent s’adapter aux nouvelles réalités et renforcer leur résilience. Les autorités nationales et locales, les entreprises, y compris le secteur bancaire, les organisations humanitaires et les citoyens doivent faire preuve d’esprit d’innovation pour imaginer des solutions durables et à long terme pour réduire les conséquences humanitaires de la crise économique.

Afin d’empêcher que la crise économique ne devienne une crise sociale et morale, la Fédération internationale recommande de prendre les mesures suivantes :

Garantir une protection sociale

Les dispositifs de protection sociale empêchent les individus de sombrer dans la pauvreté. Aujourd’hui, les individus éprouvent de plus en plus de difficultés à se réinsérer dans la société lorsqu’ils ont basculé dans la pauvreté, et nombreux sont ceux qui en ressentiront les effets sur le long terme si aucune mesure corrective n’est prise.

Éviter les coupes drastiques et systématiques dans les budgets des services sociaux et de santé

Les individus et les communautés doivent être résilients pour surmonter la crise. Les coupes dans les dépenses de santé peuvent entraîner des coûts personnels et financiers plus importants sur le long terme, ce qui peut ralentir le processus de relèvement, voire empêcher la population de se remettre pleinement de la crise.

Accroître la prestation de services de santé mentale

Les troubles psychosociaux et de santé mentale augmentant généralement en période de crise, il est d’autant plus nécessaire de fournir des soins de santé appropriés, et de ne pas en réduire l’offre.

Renforcer la coopération aux niveaux international et national afin de garantir le respect des droits des migrants ainsi que la promotion du respect de la diversité, de la non-violence et de l’intégration

Si le développement économique que connaissent certains pays et la libre circulation aux frontières offrent des possibilités pour les migrants, ceux-ci sont souvent les premières victimes de la discrimination en cas de crise. Conformément aux engagements pris par les États à la XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en 2011, des efforts constants doivent être déployés pour garantir le respect des lois existantes ou faire en sorte, là où aucun mécanisme n’est en place, qu’une protection soit accordée aux migrants.

Poursuivre et étendre le soutien à la réinsertion sur le marché du travail

En raison des effets de la crise économique, nombre d’Européens sont aujourd’hui laissés pour compte, inactifs, au chômage, dépendants, exclus et déshérités. Les programmes pour l’emploi des jeunes figurent parmi les principales priorités de l’Union européenne. Néanmoins, il est aussi nécessaire de prendre des initiatives en faveur d’autres générations. .

Renforcer la collaboration entre le secteur privé et la société civile pour financer le volontariat et promouvoir son intégration en tant que composante à part entière des systèmes sociaux et de santé

Le volontariat peut apporter des avantages complémentaires et spécifiques tant à la société qu’aux individus, en particulier en période de crise.



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  • Si la pauvreté augmente, si les inégalités (ou écarts de richesse) se creusent, les raisons en sont l’augmentation considérable de la population et celle de la richesse globale que cette même population génère par son activité, avec l’aide du progrès ; le partage de cette richesse étant une toute autre affaire.
    Chaque jour, plus de 220 000 êtres humains s’ajoutent à la population terrestre. Par l’effet de la structure dont la société est dotée et du sort qui les a fait naître ainsi ; assujettis aux taux de natalité les plus élevés, les pauvres qui représentent la grande majorité ces nouveaux arrivants vont s’ajouter à ceux qui occupent déjà la base de la pyramide sociale – c’est en cela que la pauvreté est héréditaire – pendant que le sommet de celle-ci ne cesse de s’élever.
    Phénomène purement démographique à l’origine de tous nos maux, que bien peu d’experts osent aborder.

    Pour approfondir cette réaction, voir le blog
    "abominable pyramide sociale". Les articles et commentaires qui y sont publiés sont accompagnés de schémas et tableaux, à l’intention des visiteurs que découragerait la lecture.

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