Luttes sociales

La pauvreté gagne du terrain, assez de discours !

Le Mouvement pour l’accès aux droits fondamentaux devient l’Alliance des Réunionnais contre la Pauvreté

YVDE / 18 janvier 2010

Six cents personnes rassemblées contre la pauvreté, samedi matin à Saint-Leu, c’est, pour le Mouvement pour l’accès aux droits fondamentaux qui s’ouvre et se transforme en Alliance des Réunionnais contre la Pauvreté, un second pas pour une lutte qui s’annonce longue, mais qui doit être payante. C’est que la pauvreté gagne du terrain et que 52% des Réunionnaises et des Réunionnais vivent sous le seuil de pauvreté et sont, comme le souligne Jean-Hugues Ratenon, porte-parole du mouvement, « en danger ».

Samedi matin, quelque six cents personnes venues de toute l’île avaient pris place sous le kiosque du Parc du 20 Décembre à Saint-Leu. Un peu moins que n’en espéraient les responsables des associations, mais suffisamment pour démarrer un mouvement qui se transforme en Alliance des pauvres de La Réunion et qui doit se développer. Car la misère existe. Michèle Hoarau, 2ème Adjointe au maire de Saint-Leu, a apporté le soutien de la municipalité de Saint-Leu « au combat pour l’accès aux droits fondamentaux qui concerne des milliers de Réunionnaises et de Réunionnais qui restent dans le “fénoir” par pudeur ». Mais pour l’élue, « heureusement qu’il y a des associations comme les vôtres qui luttent ». C’est vrai que la misère existe et Jean-Hugues Ratenon, animateur du mouvement, l’a rappelé, martelant les chiffres connus et toujours en augmentation du nombre de chômeurs, de demandeurs d’emploi, d’illettrés… Et ce chiffre, obsédant, venu de l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), arrêté par les experts du gouvernement. « 52% »… 52% des Réunionnais vivent sous le seuil officiel de la pauvreté.

Beaucoup de souffrance

Derrière ces chiffres, beaucoup de souffrance. Jean-Hugues Ratenon s’interroge. « Est-ce que la priorité, c’est de faire reculer cette souffrance ? ». On peut se le demander en effet. Lors du Conseil interministériel de l’Outre-mer, le 6 novembre dernier, le Président de la République a parlé de priorité de la lutte contre l’illettrisme. « Quelles solutions, s’interroge le porte-parole du mouvement. Depuis des années et des années, on entend parler d’actions, mais actuellement, seule une centaine de personnes est dans des structures. A ce rythme, il faudra 1.000 ans pour résoudre ce fléau ». Et au rythme où vont les choses, il faudra 30 ans pour régler le problème du logement, 40 ans pour arriver au plein emploi, etc… On ne peut plus se contenter de paroles. Jean-Hugues Ratenon réclame des actes, du concret, et le voyage de Nicolas Sarkozy est l’occasion de formuler des propositions en rapport avec la situation. « De l’audace », a demandé à ses ministres le président de la République lors de ses vœux au gouvernement. Jean-Hugues Ratenon propose, lui, une « audace réunionnaise » dans les propositions de solution à la crise. Et il dit que le voyage présidentiel est l’occasion de dire « i fo ou fé in kont èk sak nou propoz, sinonsa i vé dir ou antann pa nou ».

Les actes, c’est mieux…

Le porte-parole du mouvement estime que l’action du COSPAR a apporté quelques avancées. Les États-généraux proposés par le président de la République auraient pu être « l’occasion d’apporter des réponses concrètes. Au lieu de cela, on a eu droit à quelques pistes, à quelques solutions… toujours pas mises en œuvre. La pauvreté gagne du terrain, assez de discours ! Les promesses, les discours, c’est bien, les actes, c’est mieux ! ». Et pour le porte-parole du mouvement, on ne peut oublier que la moitié de nos frères et de nos sœurs vivent dans la pauvreté. Un Réunionnais sur deux vit avec moins de 760 euros. Or, un homme ou une femme qui vit sous le seuil de pauvreté « est en danger, et si le gouvernement ne règle pas le problème, il y a non assistance à personnes en danger ». Après les diverses interventions des responsables associatifs (voir encadré), Jean-Hugues Ratenon nous a livré ses premières impressions. Pour lui, « ce rassemblement a été une réussite, tant pour le nombre de personnes présentes que par le contenu des débats. Les gens ont été attentifs. Quand nous avons fait la proposition de créer une Alliance des pauvres de La Réunion, nous avons senti un frémissement attentif comme l’expression d’un sentiment d’appartenance. Maintenant, il faut suivre, mais je pense que ce mouvement peut peser sur les débats dans les mois et dans les années qui viennent ».

(Textes et photos YVDE)


Zot la di

Les responsables des associations à l’initiative de la création de l’Alliance des Réunionnais contre la Pauvreté sont intervenus tour à tour dans leur domaine d’action. Ils ont expliqué la nature de leur action (voir ci-dessous) et les solutions proposées (voir encadré).

• Maryse Dache (Comité des chômeurs et demandeurs de logement du Port)
« La pauvreté n’est pas une fatalité ! »

« La misère, nous la côtoyons tous les jours. Nous assistons à une explosion des dossiers de surendettement. Il n’y a pas de foyers pour les êtres qui vivent dans la rue. Il ne mangent pas à leur faim. C’est inadmissible ! Ce n’est pas acceptable. La pauvreté n’est pas une fatalité ! ».

• Fabrice Tandrayen (APAR)

« La situation sociale est très grave »

« L’Association des personnes âgées de La Réunion (APAR) mène une action de proximité depuis treize ans pour défendre les personnes âgées qui sont parmi les plus touchées par la crise. Il y a actuellement 75.000 personnes âgées de plus de 60 ans et ce nombre sera multiplié par trois d’ici 2030. La situation sociale est très grave. Nous revendiquons des conditions meilleures pour que nos aînés vivent dans la sérénité. Nous allons nous battre pour améliorer le sort de nos gramoun. Lors de la manifestation du 13 janvier 2010 à Saint-Denis, le préfet nous a dit qu’il ne pouvait rien faire et Paris s’en fout ».

• Roland Lambert (Kréol solidaire)

« Nous sommes ici pour crier notre indignation »

« Comment accepter que les pauvres vivent dans la rue ou dans un logement indécent ? Nous demandons une véritable politique du logement portée par la puissance publique. Vivre dans la rue, ça abîme. Les sans-abri n’ont pas toujours des contacts avec les organismes sociaux. Nous refusons la fatalité du mal-logement. Nous sommes ici pour crier notre indignation. Nous avons à faire face à une situation intolérable. Nous lançons un appel à la lutte contre les taudis ».

• Eric Parlier
Pas d’accès à la formation et à l’information

« 130.000 personnes ne maîtrisent pas la lecture et l’écriture. Ils n’ont pas accès à la formation et à l’information. Le président de la République a dit que l’illettrisme dans les Départements d’Outre-mer devait être déclaré cause nationale. Des milliers de diplômés à La Réunion n’ont pas de travail. On peut en utiliser pour lutter contre l’illettrisme ».

• Monique Iori (Agir pou nout tout)

Création de 50.000 emplois

« L’assemblée générale d’Agir pou nout tout a discuté de la création de 50.000 emplois de proximité dans des secteurs identifiés : personnes âgées, petite enfance, soutien scolaire, environnement, maîtrise de l’énergie, agriculture, amélioration de l’habitat, etc… Il existe beaucoup de financements qui, eux aussi, ont été identifiés ».

• Brigitte Mallet

(Comité actions populaires)

« Nous ne voulons plus subir » « La politique des prix et des revenus doit être au centre de nos préoccupations. Quelques avancées ont été obtenues lors de la lutte menée par le COSPAR : baisse des prix sur 250 produits, mise en place du RSTA et bonus de 50 euros pour les bas salaires qui attendent toujours d’être totalement appliquées. L’urgence sociale en matière de pouvoir d’achat reste une réalité chez les plus pauvres. Nous ne voulons plus subir ».


Des propositions audacieuses

Au cours des interventions, des propositions — qualifiées d’audacieuses par Jean-Hugues Ratenon — ont été mises en débat devant les quelque six cents personnes présentes dans le Parc du 20 décembre à Saint-Leu.

Emplois

- Création en urgence de 50.000 emplois de proximité.
- Adoption d’une loi d’expérimentation portant sur la création d’un Fonds régional emploi de solidarité et de proximité.
- Instauration d’une taxe sur les jeux de hasard. - Récupération de l’éco-participation.

Illettrisme

- Le GIP envisagé par le Conseil général doit embaucher 2.000 agents de proximité dans 200 quartiers.
- Création de 200 comités de lutte contre l’illettrisme pour mettre en place partout des actions.

Logement

- Mobilisation du foncier et faire preuve d’audace (de l’audace, toujours de l’audace !) pour la construction massive de logements sociaux.

Sans-abri

- Aménagement de foyers dans les quatre micro-régions. - Distribution de repas pour toutes les personnes en difficulté. - Accès aux soins pour les sans-abri. - Exonération des charges sociales pour les associations luttant contre la misère.

Personnes âgées
Trop de personnes âgées vivent avec des revenus en dessous du seuil de pauvreté.
- Versement d’un supplément de 200 euros pour ceux qui sont en dessous du seuil de pauvreté.
- Paiement du minimum vieillesse le 1er du mois afin que les retraités puissent régler leurs factures et notamment leur loyer.
- Installation d’un guichet unique des organismes sociaux pour faciliter les démarches des personnes âgées qui ont des difficultés à se déplacer.

Pouvoir d’achat

- Désignation d’une nouvelle présidence de l’Observatoire des Prix et des Revenus pour permettre une vraie indépendance par rapport à l’Etat.
- Tenue d’une réunion de la commission des prix du COSPAR pour un bilan d’étape et définition de nouvelles orientations.
- Instauration d’une carte “achat vie chère” pour les pauvres. Ce dispositif sous le contrôle de l’Observatoire des prix et de la CAF portera sur une baisse de 35% sur les produits alimentaires et d’hygiène.
- Application immédiate du bonus de 50 euros pour les travailleurs pauvres et extension par arrêté préfectoral aux personnes en contrat aidé de droit public dans les collectivités.
- Application immédiate du RSA

Mobilité/transport

- Gratuité des cars jaunes pour les personnes à revenu modeste, les bénéficiaires des minima sociaux et aux jeunes de moins de 25 ans.
- Le tram-train est une solution pour le déplacement des populations les plus pauvres. C’est donc une priorité pour toute l’île.


An plis ke sa

Pour Haïti
Le rassemblement du Mouvement pour l’accès aux droits fondamentaux, annoncé le 10 janvier 2010 et transformé en Alliance des Réunionnais contre la Pauvreté, ne pouvait commencer sans une minute de silence pour nos frères et nos sœurs d’Haïti dans la souffrance. Et c’est ce qu’a demandé Patricia Coutandy qui avait la charge de présider cette réunion, samedi matin sous kiosque de Parc du 20 Décembre à Saint-Leu.

Indépendance
Exemple de solutions annoncées par le président de la République et toujours pas mises en œuvre, l’indépendance de l’Observatoire des Prix et de Revenus. Elle a été annoncée le 6 novembre lors du Conseil interministériel pour l’Outre-mer, et pourtant, c’est bien le préfet, seul, qui a décidé des dernières augmentations des carburants.

Politiques
Au-delà de la présence de Michèle Hoarau, 2ème Adjointe au maire de Saint-Leu, qui a accueilli les participants au rassemblement, on a noté la présence de Claude Hoarau, Maire de Saint-Louis, et de Maurice Gironcel, Secrétaire à l’organisation du PCR.


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