Luttes sociales

La pauvreté ne cesse de s’aggraver

Rapport du Secours catholique

Céline Tabou / 8 novembre 2013

Marie-Louise Ferdinand, présidente du Secours catholique à La Réunion, et Germaine Bourdais, déléguée régionale, ont expliqué lors d’une conférence de presse, le 7 novembre, que « le phénomène s’est amplifié depuis 2008 ».



JPEG - 72.3 ko
Face à la pauvreté, les pouvoirs publics sont débordés et demandent aux associations de traiter le problème.

Marie-Louise Ferdinand et Germaine Bourdais ont présenté hier le rapport national des statistiques d’accueil du Secours catholique pour l’année 2012. intitulé « Emploi : quelle place pour les plus pauvres ? », le rapport met en évidence que 97% des familles aidées le sont pour la première fois par le Secours catholique. Un constat alarmant pour les deux femmes, qui expliquent que « La Réunion est au-dessus des chiffres du Nord-Pas-de-Calais » en matière de non actif et de chômage « contrairement à ce qui a été évoqué lors de la venue de François Chérèque » , chargé du suivi de Plan pauvreté.

Jeunes et personnes âgées de plus en plus nombreux

À La Réunion, « à la différence de la métropole, on n’accueille pas de migrants, mais surtout des jeunes » , de moins de 25 ans à 8%, contre 58% pour des personnes âgées entre 25 et 49 ans. Une situation inquiétante pour Marie-Louise Ferdinand et Germaine Bourdais, qui ont mis l’accent sur le nombre croissant de personnes âgées de 50 ans et plus (34%) « de plus en plus isolées perdant leurs repères et qui rencontrent des difficultés monétaires importantes » . « On constate une augmentation du nombre de famille monoparentale » , qui passe la porte de l’association à 34% mais aussi des hommes seuls à 24%.

+15% des aides ont été alloués entre 2011 et 2012 et +25% entre 2012 et fin octobre 2013. Ces aides se centrent autour des factures impayées, à hauteur de 58% des personnes concernées, de l’aide alimentaire ou encore l’aide au logement. D’ailleurs, « le public que l’on reçoit nous est envoyé par les travailleurs sociaux, qui n’ont plus de solution pour les personnes » , a expliqué la présidente du Secours catholique de La Réunion. Avec la diminution des dotations de l’État aux collectivités, les capacités d’aide du Département se réduisent d’année en année. Un constat argumenté, car « 90% des personnes sont envoyées par les travailleurs sociaux, parce que les institutions ne peuvent pas répondre aux attentes. Faute de moyen financier, ce sont donc les associations qui prennent le relais » .

D’après le rapport, six ménages sur dix vivent exclusivement des minimas sociaux, « soit 92% du public rencontré » . « Le chômage s’enracine de plus en plus dans le temps, 20% des personnes sont sans emploi depuis plus de 5 ans et 60% depuis plus d’un. On reste plus longtemps au chômage aujourd’hui », a expliqué Germaine Bourdais. Les deux femmes ont alerté que 82% des familles accueillies étaient sans emploi, soit près de 15% de personne en chômage indemnisé ou en attente, 5% de personne au chômage sans droits reconnus et 55% personnes « autre sans emploi » . « C’est énorme » , a jugé Marie-Louise Ferdinand.

Un autre regard sur la pauvreté

« Nous sommes heureuses de lire dans le Plan de lutte contre la pauvreté un autre regard et façon de faire. Au-delà du regard, l’accompagnement a été pris en compte. Alors qu’avant non, le mot n’était pas d’actualité. Il y a vraiment une autre vision, on demande leurs avis aux pauvres. On espère que le gouvernement et le Département auront les moyens financiers pour pouvoir agir » , a précisé Marie-Louise Ferdinand.

Un changement qui serait dû à la crise de 2008, qui « a fait que les gouvernements se sont plus penchés sur la pauvreté parce qu’ils étaient en incapacité de répondre » , constate-t-elle. Pour la présidente de l’antenne réunionnaise, « les idées préconçues ont changé, on entend moins que s’il est au chômage, c’est parce qu’il est fainéant ou qu’il est pauvre parce... ». Cela s’explique notamment par « le travail réalisé par nos responsables à Paris avec les ministères en lien » et l’émergence à La Réunion d’organisation et de données statistiques mettant en avant un taux de pauvreté record (42%) par rapport à la France.

Au cours de la prochaine collecte nationale, les 16 et 17 novembre dans toute l’île, « on espère attirer l’attention du public et récolter des fonds pour pouvoir venir en aide aux familles » .

Céline Tabou