Luttes sociales

La politique de la chaise vide

Table-ronde des assistants d’éducation

Témoignages.re / 22 août 2009

Date fatidique pour les 348 assistants d’éducation : le 31 août. Retour à la case départ, c’est-à-dire au Pôle emploi, pour ces jeunes qui ont travaillé au maximum pendant 11 ans dans les écoles, collèges et lycées. Hier, ils ont pris l’initiative d’organiser la table-ronde qu’ils réclament depuis des mois pour dégager une solution. Parlementaires, maires, présidents de collectivités, direction du Pôle emploi, Direction du travail étaient conviés à cette réunion. Mais force est de constater que les élus et responsables manquaient à l’appel. Un désengagement que regrettent les assistants d’éducation et le collectif Agir Pou Nout Tout. Recours au tribunal administratif, embauche par les collectivités, sont les deux pistes évoquées lors de cette table-ronde.

Nadine Ova, assistante d’éducation

« On ne veut pas être fonctionnaire, on ne veut pas du RSTA, on veut juste travailler »

L’intervention émouvante de cette table-ronde. Cette maman de 37 ans n’a pu retenir ses larmes de colère et d’exaspération. « En 11 ans, j’ai l’impression de n’avoir rien fait, l’impression d’avoir été utilisée, on nous a pressé comme un citron, on nous jette comme une serpillière », raconte t-elle la gorge serrée. Dans une semaine, c’est une secrétaire de 45 ans qui va la remplacer à son poste, et non un « jeune » comme on lui avait annoncé.
Contrairement à ce qu’on peut penser, Nadine n’est pas restée les bras croisés pendant 11 ans, à attendre une titularisation. Elle a préparé et passé... 15 concours. En vain. « Pour l’un, il n’y avait que 3 places pour 2.000 candidats, pour un autre 2 places pour 460 candidats », se souvient-elle.
Et elle poursuit : « On ne veut prendre la place de personne, on ne veut pas être fonctionnaire, on ne veut pas de l’indexation, on ne veut pas du RSTA, on veut juste travailler ! ».


Élie Hoarau, député européen

« Vous devez faire valoir vos droits devant le tribunal administratif »

« Je comprends le désarroi et le désespoir de la plupart d’entre vous », a déclaré Élie Hoarau. Pour le député européen, le dossier des assistants d’éducation doit être porté sur le terrain juridique. 16 recours ont d’ailleurs été déposés au tribunal administratif hier matin. Une directive européenne de 1999, de lutte contre la précarité, pourrait en effet contraindre l’État à pérenniser les emplois des assistants d’éducation en poste depuis plus de six ans en contrat précaire. La France a en effet suivi cette directive en votant une la loi du 26 juillet 2005 de lutte contre la précarité. Pour un grand nombre d’assistants d’éducation, les contrats ont été renouvelés en 2006. Cette loi devrait donc s’appliquer, affirme Élie Hoareau. « L’État doit respecter cette loi, il doit vous accorder un CDI. Vous devez faire valoir vos droits devant le tribunal administratif », a t-il conseillé aux assistants d’éducation. Le recours consiste d’abord à demander l’annulation de la décision de non-renouvellement des contrats, puis la demande d’intégration en CDI. « L’État a le moyen de pérenniser 2.000 emplois », estime le député européen.


Raymond Mollard et Yvon Virapin, conseil Régional

« L’éducation a besoin de vous comme elle avait besoin des maîtres auxiliaires »

Raymond Mollard ne comprend pas. Comment se fait-il que tant d’élus n’ont pas assisté à cette table-ronde alors que les conseillers régionaux ont voté à l’unanimité une motion de soutien aux assistants d’éducation ?
Le combat des assistants d’éducation lui rappelle celui des 1.200 maîtres auxiliaires en 1994. « Les syndicats se sont battus pour leur intégration, se souvient-il. L’éducation a besoin de vous comme elle avait besoin de ces maîtres auxiliaires ». Pour le vice-président de la Région délégué à l’éducation, l’Académie peut se donner les moyens d’intégrer ce personnel via des concours internes, voire des concours réservés.
À une question de Marie-Dorianne Dijoux, sur un éventuel recrutement des assistants d’éducation par la Région, Yvon Virapin a préféré jouer carte sur table. « Nous refusons la démagogie. Nous ne pouvons pas vous dire que nous allons vous embaucher », a t-il déclaré. La collectivité n’a pas de contrats aidés a-t-il précisé. Sur 1.301 postes, 81% sont occupés par des titulaires. Les autres sont des contractuels. « Il faut aussi que l’État assume ses responsabilités », a-t-il conclu.


Trois mairies : Saint-Benoît, Tampon, La Possession et l’AMDR

18 intégrations au Tampon ?

Très attendu par les assistants d’éducation, le député-maire du Tampon, grippé, selon son représentant, n’a pas assisté à la table-ronde. Éddy Payet, adjoint au maire du Tampon, a cependant informé que la commune pourrait intégrer 18 assistants d’éducation dans les écoles, et demande une démarche globale et départementale de la part des autres maires. Les rencontres avec les ministres Darcos, Chatel, Penchard n’ont rien donné pour l’instant.
Jean-Claude Tréport, adjoint au maire de la Possession, estime que l’État a les moyens de pérenniser les emplois, une démarche que la commune a déjà entreprise pour ses contrats précaires. Même son de cloche du côté de Saint-Benoît où le maire a député-maire a déjà reçu les assistants d’éducation. L’AMDR, réunie lundi dernier, a sollicité à nouveau le préfet pour une table-ronde, ainsi que les ministres.

Édith Poulbassia


Kanalreunion.com