Luttes sociales

La question de l’emploi des Réunionnais à La Réunion de nouveau soulevée

Manifestation hier devant le Rectorat de l’Académie

Manuel Marchal / 13 août 2016

Des enseignants ont manifesté hier devant le Rectorat. Il protestait contre le système des mutations qui ne permet pas à tous les enseignants réunionnais qui le désirent de travailler au pays. Tous les ans, des Réunionnais titularisés dans l’Education nationale sont nommés en France et doivent donc quitter l’île s’ils souhaitent mener une carrière dans la fonction publique.

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20 juin 2014, manifestation devant la préfecture pour une réforme du système des mutations.

Comme tous les ans, des Réunionnais qui viennent d’être titularisés dans l’Education nationale en tant qu’enseignants devront partir en France pour commencer leur carrière dans la fonction publique. Une fois là-bas, ceux qui veulent travailler dans leur île n’ont pas la garantie de revenir rapidement, malgré le fait que les natifs de l’île bénéficient d’un bonus de 1.000 points dans leur barème. Hier, plusieurs d’entre eux soutenus par un collectif ont manifesté au rectorat. Parmi eux, un professeur réunionnais en poste depuis 9 ans dans les Yvelines et qui n’est toujours pas muté à La Réunion malgré ses demandes successives.

À part Mayotte, rien à moins de 10.000 kilomètres

Cette revendication se heurte à l’application du droit commun. Dans le système français, la fonction publique est pensée à l’échelle de la République, et la mobilité est la règle. C’est pourquoi dans l’Education nationale, des enseignants ne travaillent pas forcément là où se situent leurs attaches familiales. Ils peuvent être dans une région voisine. Ils peuvent aussi souhaiter vouloir travailler dans des zones qu’ils considèrent plus attractives que celle dont ils sont originaires. C’est pourquoi des régions sont plus demandés que d’autres. La répartition s’effectue au niveau central, avec comme principe l’égalité du service public, à n’importe quel endroit de la République. C’est pourquoi un enseignant ne travaille pas forcément dans une région conforme à ses vœux.

Appliquée à La Réunion, cette règle de la mobilité se heurte à la géographie. Le département voisin de notre île, c’est Mayotte. Force est de constater qu’actuellement, Mayotte ne fait pas partie des destinations très prisées. En raison des événements violents qui s’y sont déroulés cette année, près de 800 enseignants ont demandé à être mutés ailleurs, selon les chiffres de la CGT. Au-delà de Mayotte, le département le plus proche se situe à 10.000 kilomètres de La Réunion. Cela empêche donc le fonctionnaire originaire de notre île et nommé en France de retrouver ses attaches une fois par semaine. Sur ce plan, il n’est donc pas sur un même pied d’égalité qu’un de ses collègues qui a ses intérêts familiaux dans un département situé en France.

Expérimenter ?

Dans d’autres services que l’Education nationale, la situation est encore plus difficile pour les Réunionnais mutés en France, car ils ne bénéficient pas d’un bonus permettant d’augmenter leur barème afin de pouvoir plus facilement choisir leur lieu d’affectation. C’est le cas notamment des policiers qui pour la plupart sont condamnés à passer des dizaines d’années en France avant d’espérer pouvoir un jour exercer dans leur île natale.

Pourtant, quand il a fallu faire face à une situation exceptionnelle à La Réunion, la France a dérogé au droit commun dans la fonction publique. Une telle rupture avait été expérimentée quand il s’est agi de recruter massivement des instituteurs à La Réunion pour faire face à la croissance démographique et à l’arrivée à La Réunion de l’enseignement pour tous permis par l’abolition du statut colonial. Nombreux ont alors été les enseignants recrutés au niveau du brevet, ce qui dérogeait au droit commun. Ce recrutement dérogatoire n’a pas empêché ces fonctionnaires d’être à la hauteur du travail demandé.

Mais aujourd’hui le contexte est différent. Comment écrire pour les Réunionnais des règles spécifiques pour les mutations ? Cela semble compliqué dans le cadre actuel. Il est en effet difficile d’imaginer que la France puisse un jour rompre avec une organisation nationale de sa fonction publique. Tel n’est d’ailleurs pas le vœu des syndicats de fonctionnaires en France qui combattent fermement toute tentative de régionalisation. Un nouveau cadre reste donc à construire, pour que le problème de l’emploi des Réunionnais à La Réunion puisse être traité différemment.

M.M.


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