Luttes sociales

La question de la responsabilité est posée : pourquoi est-il si compliqué de toucher ses 300 euros ?

Échec de la mise en place du RSTA

Geoffroy Géraud-Legros / 17 septembre 2009

Scandale : c’est le mot qui vient immédiatement aux lèvres à l’évocation du bilan de la mise en place du RSTA. Cette mesure, conquise par de vastes mobilisations contre la vie chère, devait aider les plus pauvres à faire face aux conséquences de la crise. Du fait d’un manque évident d’anticipation de la part de l’autorité compétente en la matière à La Réunion, les plus pauvres en seront pour leurs frais alors que l’augmentation des prix du gaz et des carburants, décidée par la même autorité compétente, s’applique, elle, immédiatement et pour tout le monde.

Au cours du mois de mars 2009, les Réunionnais s’étaient massivement mobilisés. À l’instar des Guyanais et des Antillais, ils exprimaient le désir d’en finir avec les injustices persistantes qui sapent les fondements de leur société. L’un des acquis de cette prise en main collective et responsable du problème de la vie chère avait été l’instauration Outre-mer d’un Revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA).
À l’heure où expire le délai de validation des demandes de RSTA, le constat est celui d’une spoliation des Réunionnais de cette conquête sociale.
En effet, le dispositif n’est qu’une suite d’embûches administratives. Au final, il s’est montré si inadapté que le trois quarts des personnes éligibles au RSTA au titre des mois de mars, avril et juin ne pourront en bénéficier, l’Administration n’ayant pu mettre en place des conditions satisfaisantes de traitement des dossiers.

Les Réunionnais spoliés d’une conquête sociale

Les commentaires étaient amers dans les interminables files d’attente qui se déroulaient devant les permanences RSTA. « Ca n’est jamais bon… », nous dit un homme tenant à la main les documents du dossier « incomplet » que lui ont renvoyé les services administratifs à son domicile ; « une fois c’est la couleur de l’encre qui ne va pas, d’autres fois ce sont les croix qui ne sont pas visibles…il y a toujours quelque chose ».
« Les dossiers sont difficiles à remplir, surtout quand il faut les remplir soi-même » renchérit une femme accompagnée de sa petite fille « d’ailleurs, je ne comprend pas pourquoi certains les reçoivent pré remplis alors que d’autres doivent le compléter eux-mêmes. » « Ca fait une grande différence » ajoute-t-elle : « quand le dossier n’est pas déjà complété, il faut joindre beaucoup de pièces. Les formulaires eux-mêmes sont difficile à comprendre ».
Exaspéré, un homme déclare « quand il s’agit de prendre l’argent dans la poche des Réunionnais, là, c’est très facile. Dans ces cas-là, il n’y a jamais de problème, pas de pannes informatiques, pas de personnel surchargé, pas d’erreurs de l’Administration… Mais quand le Réunionnais doit toucher rien qu’une petite monnaie, là tout va mal, rien ne marche, c’est le parcours du combattant ».
En aval de la file d’attente, une jeune femme évoque avec amertume le nombre écrasant des exclus du RSTA « tous ces gens ont simplement essayé d’exercer un droit, et on ne leur a pas donné la possibilité de bénéficier de ce droit. Alors que de l’autre côté, un seul homme peut décider d’augmenter le prix du gaz et de l’essence pour 800.000 habitants ».
Du côté des agents administratifs, on plaide non- coupable : « les moyens n’ont pas été mis en œuvre pour traiter l’afflux des dossiers » nous explique discrètement l’un d’entre eux. Les personnels n’ont pas été préparés ; ils sont surchargés, et n’ont pas été formés ni informés : dans cette situation, il est humainement impossible de traiter correctement tous les documents ».

« Un seul homme décide pour 800.000 habitants »

Le « manque de moyens », qui est supposé dans le langage contemporain expliquer tous les dysfonctionnements, n’est pas une fatalité : derrière le « manque de moyens », il y a le refus, ou à tout le moins, le peu d’intérêt exprimé envers la mise en œuvre des obligations posées par la loi.
Les « moyens » qui ont manqué aux Réunionnais sont tout simplement ceux qui doivent être mis à disposition des citoyens en vue de l’exercice normal de leur droit. Face à un constat de carence des services administratif, il incombait à l’État de prendre les dispositions nécessaires à l’exercice des missions de service public, et à l’application pleine et entière du RSTA.
Or, à La Réunion, l’État a un représentant qui est responsable de la mise en œuvre de ces moyens au même titre qu’il est également responsable de fixer les prix des carburants. Or, on voit combien il est difficile pour les Réunionnais d’avoir droit à une mesure qui augmente le pouvoir d’achat, alors que dans le même temps, chacun constate qu’une décision qui diminue le pouvoir d’achat s’applique bien plus vite.
Le fiasco de l’application du RSTA aboutit à exclure des Réunionnais d’une prestation sociale, reprenant ainsi un la parole donnée à la population à l’issue d’une grave crise sociale. Pourquoi ? C’est la question que se pose un nombre croissant de Réunionnais.

Geoffroy Géraud


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