Luttes sociales

La Région écrase l’Université

Geoffroy Géraud-Legros / 18 novembre 2010

Contre l’avis des universitaires, la Région UMP a refusé des allocations doctorales à des étudiants, pourtant les mieux notés et porteurs de projets de recherche validés par les universitaires. Décision portée par M. Frédéric Cadet, lui-même ancien universitaire devenu conseiller régional UMP, passé dans le camp de la dégradation du savoir.

La grande majorité des observateurs de l’actualité réunionnaise ne semblent pas avoir mesuré l’extrême gravité de la décision prise par la Région Réunion, sous la houlette de M. Cadet, de rétrograder des étudiant-e-s et leurs projets de thèse dans l’ordre des candidats éligibles à une allocation de recherche doctorale, alors même que ces orientations de recherches avaient été validées par la commission de spécialistes. Il y a, pourtant, de quoi s’alarmer : cette pression des politiques sur le champ universitaire montre une volonté de soumettre les critères savants, sur lesquels les chercheurs fondent leurs appréciations, à des critères d’opportunité politique. Cela est tellement vrai qu’à l’appui de leur refus d’allocation à l’étudiante Émeline Vidot, les élus UMP, épaulés par Michel Vergoz, ont clairement énoncé qu’il n’était « pas possible de faire une thèse sur l’identité réunionnaise »« une honte », a même ajouté M. Vergoz. Dans le même temps, les étudiants venus soutenir les doctorants étaient brutalisés dans l’enceinte même de la Région.

Le double manquement de Frédéric Cadet

Face aux réactions déclenchées par la censure de la recherche par le politique, M. Cadet ne se contente pas d’employer les gros bras. Il revendique sa propre formation de chercheur et les positions éminentes qu’il a autrefois occupées dans l’organigramme universitaire, pour juger de la recevabilité des sujets de recherches qui lui sont présentés. En voulant jouer dans les deux espaces, Frédéric Cadet bafoue les usages et la déontologie, tant du côté politique que du côté du savoir.
En tant qu’élu, son rôle consiste à vérifier que les critères — dont l’excellence — requis pour l’obtention des allocations de recherche sont bien remplis. Non à contester la démarche de recherche adoptée par les étudiants et leurs directeurs… même si ces derniers sont d’anciens collègues contre lesquels il a conservé une dent. Or, les étudiants victimes de la décision du Conseil régional remplissent tous les critères..et sont les mieux notés.
Plus gravement encore, M. Cadet heurte les principes éthiques qui gouvernent la recherche, en mettant sa qualité de chercheur passée au service d’une décision d’ordre idéologique. Déplorable, ce comportement n’a rien de surprenant : il n’est que la stricte application des mesures infligées par l’UMP à la recherche, qui visent à mettre l’intelligence sous tutelle politicienne, et à écraser l’université.


Kanalreunion.com