Luttes sociales

La répression syndicale a la dent dure à La Réunion

La CGTR dénonce la chasse aux militants

Céline Tabou / 27 janvier 2015

En dépit des déclarations des représentants de l’Etat, assurant que les patrons et les salariés étaient des partenaires, de nombreux syndicalistes affirment que « la réalité contredit cette déclaration. C’est la chasse quotidienne aux militants ».

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La CGTR souligne qu’en 2015, un syndicaliste réunionnais est encore trop souvent considéré par le patronat comme un adversaire, et pas un partenaire du dialogue social.

Au cours d’une conférence de presse, Didier Lombard, représentant de l’Union régionale Est de la CGTR, a évoqué les nombreuses atteintes au droit syndical dans les grandes entreprises à La Réunion, comme eRcane (exploitant agricole), So.prestiles (restauration d’entreprise et de collectivité) mais aussi des sociétés comme la SIB, Sogecore, Renault, où des manifestations ont eu lieu l’an dernier contre des licenciements abusifs et des conditions de travail précaires.

Jolfrid Narayanin, victime de pression

Ouvrier agricole depuis 2005, le jeune homme a dénoncé les dysfonctionnements de sa société eRcane, en matière d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail déplorables. Ce dernier est par la suite devenu représentant syndical en 2012, après plusieurs années de revendications auprès de la direction pour des manquements.
Parmi lesquels l’absence d’eau potable ou de WC sur les champs, de masque, de chaussures de travail ou encore les inégalités vis-à-vis de l’ancienneté des salariés. Certains ouvriers avaient droit à 15 ans d’ancienneté, alors que les ouvriers des champs n’avaient que deux années, après plus de 20 ans de travail dans l’entreprise.
Deux mouvements de grève ont été déclenchés en 2012 et 2013, mais celles-ci n’ont pas abouti. D’une part parce que « nous avons fait confiance à la direction, croyant qu’ils allaient changer les choses » et d’autre part, parce qu’elle a créé la division chez les salariés. « Certains ont reçu le paiement de leurs jours grevés d’autres non. C’est comme ça qu’on casse une grève et qu’on divise les travailleurs », a expliqué Jolfrid Narayanin.

Ce dernier devient alors la tête de turc de la direction, pour avoir poser les mauvaises questions. Avec plus d’une dizaine d’avertissements, deux mises à pied, toutes deux avec retenue de salaire, le jeune homme est la cible de l’hostilité de la direction. Une direction qui selon Jolfrid Narayanin déforme ses déclarations sur les procès verbaux, lors d’entretien en vue des avertissements.

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Didier Lombard, représentant de l’Union régionale Est de la CGTR, constate que de nombreux manquements au droit du travail ne sont pas pris en compte par les autorités compétentes.

L’impunité de So.prestiles

Malgré les injustices subies, Jolfrid Narayanin ne tient pas à mêler ses collègues de travail, dont certains ont reçu des avertissements et mises à pied « parce qu’ils sont proches de moi ou qu’ils me parlent ». Ce dernier connaitra son sort ce mardi, auprès de l’inspection du travail le matin, et dans la journée par « un tribunal impopulaire ».
En effet, une réunion de la direction d’eRcane prévoit de statuer sur son licenciement. Une situation paradoxale car « l’ensemble des participants à la réunion, qui vont statuer sur mon sort, est composé de mes accusateurs ». En cas de licenciement, ce dernier et son syndicat ont prévu d’aller en justice.

Une situation similaire aux employés de la société So.prestiles, qui n’a pas rémunéré ses salariés depuis septembre 2014. Près de cinq mois sans salaire, certains travailleurs vivent difficilement cette situation. L’un d’entre eux est en arrêt maladie pour dépression, un autre se retrouve interdit bancaire avec un découvert de près de 13.000 euros, d’autres peinent à espérer un changement rapide.
Pourtant, l’inspection du travail et le tribunal administratif sont au courant de la situation de ces travailleurs, mais « le patron ne veut pas payer ses salariés », a expliqué Jean-Luc Rezan, délégué syndical de la société. Une impunité qui sidère les employés, voyant que la société a remporté le marché des cantines scolaires à Maurice.

De son côté, Jean Ponama, également délégué syndical de So.prestiles, a reçu une mise à pied pour « un manque au bien être à l’encontre de ma hiérarchie, parce que je ne parle pas bien ». La situation pourrait s’envenimer, car les salariés perdent de plus en plus patience, face au mépris du président de So.prestiles, Marc Laqueran.


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