Luttes sociales

La République et les "rats"

Qui a intérêt à confier les intérêts des terrassiers et des transporteurs à Joël Mongin ?

Geoffroy Géraud-Legros / 3 septembre 2009

La République acceptera-t-elle qu’une personne qui traite les élus du peuple de "rats" puisse venir négocier un accord avec un membre du gouvernement ?

On se souvient que le 27 Juillet dernier, les transporteurs – dont Joël Mongin était alors la figure médiatique – avaient signé un protocole avec le secrétaire d’État aux PME, Hervé Novelli. Moins de deux mois plus tard, cet accord n’a visiblement pas satisfaisait les intérêts de nombreux transporteurs et terrassiers, qui lui reprochent de faire la part trop belle aux opérateurs dominants.
Après avoir rencontré le Préfet le 27 Août dernier sans enregistrer d’avancées majeures, les mécontents ont installé avant-hier des barrages filtrants sur la N1. La suite est connue : transformant l’exercice du maintien de l’ordre en opération médiatique, le Préfet, endossant une tenue de « général » que l’on ne lui connaissait pas, fit déloger les manifestants demeurés devant la SRPP… sans que cette réaction n’émeuve Joël Mongin.
En décidant de paralyser les transports routiers, les manifestants ne faisaient qu’appliquer un modèle qui s’était avéré payant auparavant, et qui avait même en son temps semblé fort bien convenir au représentant de l’Etat : on se souvient ainsi de la compréhension de ce dernier lors du siège de la Région organisé par des camionneurs dirigés par Joël Mongin. On sait aussi toute la latitude dont ont bénéficié récemment les troupes menées par cet entrepreneur, venues dégrader le même bâtiment par des graffiti injurieux à l’égard des élus… alors même que notre île recevait la visite du Premier ministre de la République.

Une délégation… sans représentants

Sans doute l’AVECA attendait-elle à la même attitude de la part du préfet, qui semble décidément distribuer mansuétude et intransigeance en fonction de critères peu intelligibles.
Comme le soulignait hier notre journal, la mobilisation du 31 Août a au moins eu pour effet de rappeler les signataires de l’accord Novelli à la table des négociations et d’obtenir la suspension du paiement des arriérés comme condition préalable à l’accès au plan de relance.
Ainsi, en modifiant la convention, le préfet à lui-même admis la légitimité du mouvement et de ses revendications ; le représentant de l’État a en outre annoncé l’envoi dans l’Hexagone d’une délégation chargée de mener les négociations directement avec le gouvernement.
Cette décision s’accompagne en réalité d’un véritable escamotage : en effet, il semble que le groupe d’émissaire qui se rendra à Paris sera composée uniquement des représentants des organisations signataires… de l’accord précédent. Ainsi, le préfet confie-t-il à ceux que le mouvement mettait directement en cause le monopole de la représentation des intérêts des manifestants.
Il n’est pas difficile de se figurer l’amertume, la frustration et la colère sur lesquelles déboucheront des « négociations » menées dans de telles conditions.

Comment Joël Mongin pourrait-il faire partie de la délégation ?

Il est en revanche inimaginable que la délégation envoyée par le Préfet associe Joël Mongin, tant l’idéologie affichée par ce dernier s’oppose violemment et ouvertement aux valeurs républicaines qu’incarnent les membres de l’exécutif, dont le représentant de l’État se devrait d’être le garant dans notre île.
Car on le sait : pour Joël Mongin, « les élus sont des rats ».
Cette apostrophe haineuse dit clairement dans quelle estime le dirigeant local de la FNTR tient la démocratie, ses procédures, les représentants du peuple, et le peuple lui-même. Plus qu’un slogan, cette formule constitue pour Joël Mongin un véritable mot d’ordre, décliné à l’envi au moyen de graffiti, de banderoles. C’est cette injure à la bouche que le groupe désormais restreint des fidèles de Joël Mongin avaient accueilli le Premier ministre lui-même dès sa descente d’avion, avant d’exercer envers lui un harcèlement de tous les instants lors de sa visite… sans le moins du monde encourir les foudres du "Préfet-Général".
Faut-il rappeler la place que tient la comparaison animalière, et plus encore l’association au « rat » dans les discours de haine de tous les lieux et de tous les temps ? Les procédés de Joël Mongin sont d’ailleurs, à l’égal de son langage, fascisants : usurpation du rôle de porte-parole des classes moyennes pour garantir ses propres intérêts ; ouvriérisme contre les ouvriers ; mépris affiché et cynique envers l’expression démocratique.
Va-t-on dès lors permettre que demain, un agitateur à la rhétorique poujadiste prenne en toute quiétude l’avion pour Paris, pour, de surcroît, ne représenter que lui-même ?
Après les blocages, après les invectives contre leurs représentants, les Réunionnais devront-ils subir la honte qu’une partie des travailleurs de leur île soit représentée par pareil individu ?

Geoffroy Géraud


Faut-il redistribuer les rôles ?

En novembre dernier, le préfet justifiait son inaction par la « crainte » qu’il éprouvait que la « vie » des policiers ne soit mise en danger.
Hier, madame la commissaire (…) a réussi là où avait échoué le « général qui ne dévoile pas son plan de guerre », tout en évitant le bain de sang tant redouté. Les rôles seraient-ils mal distribués ? Ne faudrait-il pas, pour permettre à chacun de donner la pleine mesure de ses talents, inverser les rôles ?


Qui a dessiné, et qui a fait ?

« Pendant deux jours, une banderole insultant les élus était déployée. Pour la clarté des débats, il serait bon de savoir qui a dessiné cette banderole et qui l’a réalisée ». Voici ce que "Témoignages" écrivait le 13 juillet. À ce jour, personne n’a répondu à cette question. Personne n’a eu le courage d’endosser la responsabilité de cet acte. Serons-nous aussi patient qu’Éric Woerth ?


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