Luttes sociales

La responsabilité importante de l’État dans l’évolution des prix

3% d’inflation, du jamais vu depuis 30 mois

Manuel Marchal / 14 mai 2011

Dans notre île, nombre de revenus sont le résultat de décisions de l’État : salaires calculés en fonction du SMIC, minima sociaux, allocations chômages, retraites, fonctions publiques, travailleurs de l’énergie… Cette responsabilité s’exerce aussi au niveau de prix, c’est ce qu’indique l’étude de la variation de l’inflation au cours des 30 derniers mois.

Pour la première fois depuis 30 mois, l’inflation a de nouveau atteint 30%. Lorsque l’on regarde la courbe d’évolution de l’inflation, force est de constater que la "main invisible" du marché, ou la crise internationale sont loin de tout expliquer.
Région de l’Union européenne dans le Sud de l’océan Indien, La Réunion est touchée par un fort taux de chômage. L’absence d’industrialisation fait de la fonction publique le premier employeur de l’île. Par conséquent, les décisions prises par l’État déterminent l’évolution de la plus grande partie de revenus à La Réunion : salaires en fonction du SMIC, minima sociaux, allocations chômage, retraites, fonction publique et travailleurs des secteurs parapublics. L’État dispose donc là d’un levier qui peut augmenter le pouvoir d’achat.
Mais il s’avère également que l’État a aussi une responsabilité dans l’évolution des prix. Sa responsabilité ne se limite pas uniquement dans la fixation des taux de TVA, l’impôt qui rapporte le plus à La Réunion, bien plus que l’octroi de mer ou l’impôt sur le revenu.
C’est l’État qui a la compétence exclusive de fixer le prix de vente des carburants. Sachant que depuis plus de 10 ans, la part des taxes perçues par les collectivités n’augmente pas, le rôle de l’État est de fixer une limite à la marge des compagnies pétrolières.
Ce pouvoir est considérable dans notre île, car c’est l’automobile qui a le monopole des transports à La Réunion. Toutes les marchandises vendues à La Réunion passent par la route, et tous les véhicules de transport consomment un carburant dont le prix est fixé par l’État.
L’observation de l’évolution de l’inflation montre une coïncidence avec celle de l’évolution des prix des carburants. La dernière fois que l’inflation a atteint 3%, c’était à la veille des manifestations qui allaient déclencher le vaste mouvement social du premier trimestre 2009. Et à cette époque, les prix des carburants étaient aussi élevés qu’aujourd’hui.
Sous la pression en novembre 2008, le préfet décide de baisser la marge des compagnies pétrolières. L’inflation amorce alors une décrue.
Quatre mois plus tard, des dizaines de milliers de personnes sont dans la rue, ils imposent au représentant de l’État une baisse des prix des carburants et du gaz, ainsi qu’un blocage de ces prix durant plusieurs mois. La conséquence est un recul spectaculaire de l’inflation qui deviendra même négative durant quelques mois. Autrement dit, ce n’est pas la conjoncture économique qui a permis de faire baisser les prix, mais le mouvement social.
En septembre 2009, l’État cède face aux compagnies pétrolières, il décide d’augmenter les prix à la pompe : c’est la relance de l’inflation.
En août 2010, l’inflation est revenue quasiment à 3%. Elle décroît le mois suivant, quelques semaines après la décision de diminuer le prix des carburants avant de repartir à la hausse, quelques semaines après une augmentation décidée par l’État.
Autrement dit, les décisions politiques prises pour garantir les marges des compagnies pétrolières portent une responsabilité dans le retour de l’inflation à un niveau sans précédent depuis 30 mois.

Manuel Marchal


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