Luttes sociales

La Réunion est en « situation sociale hors norme »

Taux de chômage de 28,5% et 343.000 Réunionnais sous le seuil de pauvreté

Céline Tabou / 27 août 2013

A l’occasion d’une conférence de presse, l’INSEE et le Conseil Général ont présenté les nouvelles données statistiques de la situation socio-économique à La Réunion. Des données réactualisées qui mettent en évidence une situation qualifiée d’« hors norme ».

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La Réunion est le département qui cumule deux records de précarité : le plus fort taux de chômage et la plus forte proportion d’allocataires du RSA.

Chômage et précarité sont les deux indicateurs les plus élevés à La Réunion en comparaison avec la France. La nouvelle étude de l’INSEE, en partenariat avec le Conseil Général, est destinée à « prendre en compte les spécificités des territoire dans la conduite des actions sociales » , a expliqué Hervé Legrand, de l’INSEE.

Selon les données réactualisées de l’institution, La Réunion est le département possédant une situation socio-économique « éloignée des départements de France » avec un taux de chômage de 28,5% et un nombre d’allocataire du RSA (Revenu de Solidarité Active) est le plus élevé de la République, avec 17,1% de bénéficiaires âgés de 15 à 64 ans. Le fait le plus marquant est que « cela touche toutes les catégories sociales » , a expliqué Hervé Legrand.

La Réunion, un territoire à part

La Réunion «  est un département hors norme  », car «  il faut le comparer à des territoire deux à trois fois plus peuplés ou regrouper plusieurs départements de même taille pour retrouver un nombre de pauvres aussi élevé ». Hervé Legrand a expliqué que «  la pauvreté hors norme concerne aussi bien les plus âgés que les plus jeunes  ». Une situation «  différente de celle de la Métropole  » a-t-il indiqué. En effet, avec 343.000 Réunionnais vivant sous le seuil de pauvreté monétaire (935 euros/mois), La Réunion possède d’un taux de pauvreté de 42% (2010), contre 14,1% en France et 24,1% pour le département de France le plus concerné. La Réunion compte autant de personnes en situation de pauvreté que dans les Bouches-du-Rhône, la Seine-Saint-Denis (360.000) et le Nord (480.000), car ces départements sont deux à trois fois plus peuplés que La Réunion. L’INSEE note que «  pour retrouver le même nombre (de pauvres, NDLR) qu’à La Réunion, il faudrait ajouter aux populations concernées de l’Oise et du Finistère, celle du Var ».
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La première cause de pauvreté est l’absence d’emploi, ajoutée à des revenus d’activité insuffisant. Hervé Legrand a expliqué que « moins de la moitié des 15-64 ans, 43%, occupe un emploi contre 64% en France » . «  Le taux est très élevé, car 30% des actifs sont au chômage ce qui représente trois plus qu’en France et deux fois plus que la valeur maximale enregistrée dans les Pyrénées », avec 14,5%, a-t-il indiqué. L’INSEE met également en avant le facteur «  taille des familles », comme cause de la pauvreté. «  Un ménage sur trois compte au moins quatre personnes », contre un ménage sur cinq en France. «  Les ménages réunionnais sont plus grand que les ménages français, parmi lesquels 25% des couples sans enfants vivent sous le seuil de pauvreté contre 37% des couples avec enfants », a expliqué le statisticien.

« Les minimas sociaux atténuent la pauvreté »

En 2011, 150.000 foyers réunionnais sont allocataires des principaux minimas sociaux soit 240.000 personnes, ou trois Réunionnais sur dix. Le Revenu de Solidarité Active (RSA) est l’allocation la plus versée, avec 16% d’allocataires âgés de 15 à 64 ans, contre 3,5% en France. L’INSEE a comptabilisé les allocataires en comptant les conjoints et leurs ayants droits, «  209.000 Réunionnais sont couverts par ce dispositif ». « Les minimas sociaux atténuent la pauvreté, ils ne la réduisent pas », a expliqué Hervé Legrand, qui a indiqué que «  sans ces minima sociaux, le taux de pauvreté serait de 46% contre 42% ». De plus, «  la moitié de la population pauvre vivrait avec moins de 550 euros par mois contre moins de 690 euros avec ces minimas », a-t-il ajouté. Ce dernier a expliqué que « les minimas sociaux ne permettent pas aux personnes de sortir du seuil de pauvreté de 935 euros » .
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La population la plus pauvre et dépendante est les personnes âgées de 65 ans et plus. 42% des personnes vivant sous le seuil de pauvreté en 2010 sont les personnes âgées de 65 ans et plus, contre 19% en France et 29,3% pour le département français le plus concerné. 30% des 60 ans et plus touchent une allocation vieillesses (fin 2010), soit « neuf fois plus » qu’en France, avec 3,5%. Certaines personnes restent encore dans le dispositif « Revenu de Solidarité Outremer » (RSO), unique aux départements d’Outremer d’un montant équivalent au RSA, a précisé Nassimah Dindar. Cette dernière a indiqué que les services du Département tentaient de diriger les personnes âgées vers le dispositif de minimum vieillesse, dont le montant est plus élevé. Ces personnes sont d’ailleurs le plus souvent dépendantes, avec 42,5% des 75 ans et plus, bénéficiaires de l’allocation personnalisées d’autonomie, contre 35,1% en Haute Corse. Contrairement à la France, les taux de prévalence des incapacités à La Réunion concernent des personnes âgées entre 50 et 59 ans, contre 70 et 79 ans ?

Les jeunes, fortement touchés par la pauvreté

La Réunion connait un taux de chômage record chez les jeunes de moins de 25 ans, facteur de pauvreté, l’INSEE a expliqué que «  la moitié des moins de 20 ans vit en dessous du seuil de pauvreté, ce qui résulte de l’absence d’emploi des parents ». Selon les données, la part des enfants vivant avec des parents sans emploi en 2009 représente 36,7%, contre 9,3% en France et 18% dans le département le plus concerné. Les familles monoparentales sont les plus touchées, avec 67,1% contre 22,2% des familles avec deux parents à La Réunion. Concernant, les personnes porteuses d’handicap, elles sont 31.400 à La Réunion soit 4% de la population réunionnaise. Des chiffres situés dans la moyenne, avec 2,7% des allocataires de l’Allocation aux Adultes Handicapés, âgés de 20 à 64 ans à La Réunion, contre 2,5% en France.

Cependant, à la différence d’autres départements de la République, La Réunion se situe dans la moyenne des statistiques concernant « l’enfance en danger », avec « un recours modéré à l’aide sociale à l’enfance » . Les mesures d’aide sociale à l’enfance (ASE) ne concernent qu’1,7% des moins de 21 ans, en matière d’aide éducative ou de placement.

Hervé Legrand a indiqué qu’il n’y a pas « de relation linéaire entre la pauvreté et un enfant en danger, car le nombre de signalement est proche de la moyenne » . Une analyse approuvée par la présidente du Département, Nassimah Dindar : «  les ASE ne sont pas du tout liées à la précarité monétaire, mais surtout aux difficultés familiales, comme l’alcoolisme et les violence ». Cette dernière a ajouté que « la solidarité familiale joue encore à La Réunion », de même que « les liens intergénérationnels » .

Pour conclure, les représentants de l’INSEE ont indiqué que « le contexte de pauvreté représente un défi à relever pour La Réunion » . Cependant, comme l’ont annoncé les élus du Conseil Général, la diminution des dotations de l’Etat et le non remboursement des transferts de compétences de l’Etat aux régions, contraignent le budget de la collectivité. Un budget global en diminution, qui affecte le secteur de l’action sociale qui, lui, «  augmente d’année en année  », a expliqué Nassimah Dindar.

Céline Tabou

De nouveaux indicateurs pour analyser la situation

L’étude partenariale mise en place par les deux institutions a pour objectif « d’avancer des données réactualisées et proches de la réalité sociale de La Réunion  », a expliqué Nassimah Dindar, présidente du Conseil général.

En vue de l’arrivée de François Chérèque, missionné pour surveiller l’évolution du plan pauvreté, Nassimah Dindar, présidente du Département, Ronan Boillot, sous-préfet à la Cohésion sociale, et Valérie Roux, directrice régionale de l’INSEE, ont tenu à présenter les nouveaux indicateurs départementaux de La Réunion.

Six indicateurs ont été mis en avant : le contexte territorial, les minima sociaux et l’insertion, les personnes âgées, l’enfance et la jeunesse en danger, les personnes handicapées et les finances du Conseil général en matière d’action sociale. Ces indicateurs visent à poser un diagnostic de la situation sociale à La Réunion, comparé à la situation des départements de France. 

L’étude et la publication “Insee Partenaire” sont destinées à «  renforcer le pilotage stratégique et opérationnel  » des politiques sociales afin d’ «  améliorer l’offre de services faite aux familles  » et de «  développer des partenariats à partir d’une vision partagée du territoire  ». L’objectif de cette étude et publication conjointe est d’améliorer «  la connaissance précise des phénomènes sociaux  », a indiqué Nassimah Dindar dans une note de présentation.

La démarche entre le Conseil général et l’INSEE est venue d’une initiative du Conseil national de l’information statistique (CNIS), qui a mis en place en 2009 un groupe de travail composé des représentants des Conseils généraux, de la statistique publique et d’organismes gérant des systèmes d’information sociale. Ce groupe de travail a défini « le socle d’un système d’information partagé entre les échelons centraux et départementaux pour les principaux domaines de l’action sociale départementale ».

Les indicateurs mis en avant permettront de faire des comparaisons entre la situation à La Réunion et dans d’autres départements de France, mais aussi du point de vue de la moyenne nationale. Ainsi, les données ont révélé que La Réunion est le département possédant le plus fort taux de chômage et de parts d’allocataires de RSA. Pour ce dernier, 17,1% des Réunionnais de 15 à 64 ans touchent le RSA contre 3,5% pour la moyenne en France hexagonale. De même, 28,5% des Réunionnais sont sans emploi contre 9,8% de moyenne nationale.


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