Luttes sociales

La Réunion : près de 70 % des pauvres rencontrés officiellement invisibles

Extrait du rapport 2015 du Secours Catholique-Caritas

Témoignages.re / 6 novembre 2015

Le Secours Catholique a publié hier son rapport statistique annuel. C’est une photographie de la pauvreté. Une partie de ce rapport est consacrée à l’outre-mer. Voici le contenu du chapitre décrivant la situation à La Réunion. Il montre que près de 70 % des personnes rencontrées par le Secours Catholique n’ont pas d’emploi, mais ne sont pas comptabilisées comme au chômage : « ce sont des personnes qui souhaiteraient travailler, mais n’ont quasiment pas d’espoir d’y parvenir dans cette île où l’emploi est rare. »

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La moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour combattre cette injustice, un programme en rupture avec tout ce qui s’est fait jusqu’à présent est nécessaire. (Photo Toniox)

« À La Réunion, seulement 46 % de la population en âge de travailler occupe un emploi. Avec 18 points de moins qu’en France métropolitaine (64 %), les Réunionnais ont le plus faible taux d’emploi des départements d’outre-mer, hors Mayotte. C’est le cas même pour les personnes âgées de 25 à 49 ans, parmi lesquelles seulement 56 % ont un emploi (contre 80 % en France métropolitaine). Dans cette classe d’âge, les Réunionnais sont plus souvent inactifs, notamment dans le halo constitué des personnes qui souhaitent travailler mais ne sont pas considérées comme au chômage et ne perçoivent pas d’indemnités de chômage. Parmi les personnes qui ont un emploi, 13 % sont en situation de sous-emploi (temps partiel subi), contre 6 % en France métropolitaine.

En 2014, les 322 bénévoles réunionnais ont rencontré 3 265 ménages en situation de pauvreté.
Les caractéristiques qui découlent des 291 fiches statistiques analysées ne correspondent peut-être pas à celles de l’ensemble des ménages rencontrés, mais elles décrivent une population en difficulté à laquelle le Secours Catholique a apporté son aide.

Ces personnes sont presque exclusivement de nationalité française. Elles sont dans l’ensemble plus âgées que la moyenne nationale puisque plus de 1 sur 3 a plus de 50ans. 35,1% des ménages rencontrés sont des mères seules, 21,3 % sont des hommes seuls, et 22,3 % des femmes seules. Les couples, avec ou sans enfants, sont moins représentés que dans l’ensemble des accueils, et le nombre moyen d’enfants par famille est moins élevé que la moyenne nationale.

Quasiment aucun espoir de travailler

L’emploi est relativement rare à La Réunion, comme nous l’avons vu dans la présentation de la région, et cela a des conséquences visibles sur les personnes rencontrées : 5,9 % seulement ont un emploi, les trois quarts de ces emplois étant des « formes particulières d’emploi » (CDD, temps partiel, travail intérimaire ou saisonnier, emplois aidés, travail indépendant ou informel) ; 25,8% sont en recherche d’emploi, indemnisée (11,1 % des cas) ou non (14,7 %). Enfin et surtout, 68,3 % des personnes rencontrées sont inactives, la plupart du temps sans que la raison de l’inactivité soit identifiée : ce ne sont ni des étudiants, ni des personnes retraitées, ni des personnes en situation d’invalidité, ni des étrangers sans droit au travail, ni des personnes ayant choisi de rester au foyer.

On peut penser que beaucoup d’entre elles font partie du « halo » autour du chômage, c’est-à-dire que ce sont des personnes qui souhaiteraient travailler, mais n’ont quasiment pas d’espoir d’y parvenir dans cette île où l’emploi est rare. Les deux tiers des ménages rencontrés vivent ainsi uniquement de transferts sociaux, leur niveau de vie moyen est très comparable au niveau de vie moyen de l’ensemble des ménages rencontrés en 2014 par le Secours Catholique.

Revenus insuffisants

Plus de 9 ménages sur 10 vivent en logement stable, avec une proportion élevée de locataires du parc social. Les logements ou hébergements précaires sont rares dans cet échantillon de ménages. La fréquence des impayés est du même ordre qu’au niveau national et ces impayés portent surtout sur les loyers et les factures d’énergie. On note toutefois une fréquence des impayés d’eau plus élevée qu’au niveau national. »

Voir en ligne : http://www.secours-catholique.org/s...


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