Luttes sociales

La zone euro risque de perdre 4,5 millions d’emplois supplémentaires

22 millions de chômeurs dans 4 ans à cause de l’austérité

Témoignages.re / 12 juillet 2012

Un rapport de l’Institut international d’études sociales — le département de la recherche de l’OIT — affirme qu’un changement de cap politique concerté est nécessaire pour mettre un terme à la grave crise en matière d’emploi à laquelle la zone euro doit faire face.

Dans la zone euro, le chômage pourrait atteindre près de 22 millions au cours des quatre prochaines années contre 17,4 millions actuellement si les politiques ne changent pas de cap de manière concertée, indique l’OIT dans un rapport intitulé « La crise de l’emploi dans la zone euro : tendances et réponses politiques ».
L’étude avertit que, sans un changement de cap politique dans l’ensemble des pays de la zone euro, des difficultés surviendront que ce soit dans les pays actuellement sous pression ou dans ceux dont l’économie est plus florissante.
« Ce n’est pas seulement la zone euro qui est en danger ; le risque, c’est la contagion à l’ensemble de l’économie mondiale », affirme le Directeur général de l’OIT, Juan Somavia.

« A moins que des mesures ciblées soient prises pour améliorer les investissements dans l’économie réelle, la crise économique s’aggravera et la reprise en matière d’emplois ne se produira pas. Nous avons besoin également d’un nouveau consensus mondial nous menant sur une nouvelle voie vers une croissance riche en emplois et la mondialisation. Les Nations unies, les institutions de Bretton Woods ainsi que le G20 ont la responsabilité de se montrer en pointe dans ce domaine », a-t-il poursuivi.

A court terme, les conséquences d’une récession prolongée du marché du travail seraient particulièrement graves pour les jeunes demandeurs d’emploi.

Le chômage a augmenté dans plus de la moitié des 17 pays de la région depuis 2010, et plus de trois millions de jeunes gens âgés de 15 à 24 ans sont aujourd’hui sans emploi. Dans la zone euro, plus du tiers de la population en âge de travailler est soit au chômage, soit exclue du marché du travail, et le chômage de longue durée ne cesse de grimper.
Les économies fortes de la zone euro aussi menacées

Les pertes d’emplois ont été particulièrement sévères dans le Sud de l’Europe, mais même l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Luxembourg et Malte — les seuls pays où l’emploi s’est accru depuis 2008 — enregistrent des signes d’une situation du marché du travail qui aurait cessé de s’améliorer.

La destruction d’emplois aurait pu être pire encore puisqu’il semble bien que les entreprises aient conservé leurs effectifs dans l’espoir de voir la conjoncture économique s’améliorer. Si leurs attentes ne sont pas suivies d’effet, elles pourraient ne plus être capables de conserver leur personnel, ce qui pourrait déboucher sur de très nombreuses suppressions d’emplois.

En bref, tous les faits convergent vers un risque de récession prolongée du marché du travail, menaçant la pérennité de la monnaie unique. Au même moment, cette situation de l’emploi alimente les troubles sociaux et érode la confiance dans les gouvernements nationaux et les institutions européennes.
Une occasion d’agir

Le rapport indique qu’en mettant en place une stratégie de croissance dans la zone euro avec l’emploi à son centre, il est possible d’assister à une reprise dans le cadre de la monnaie unique.

Selon le rapport, l’austérité s’est traduite par un affaiblissement de la croissance économique et une détérioration des bilans des banques, qui engendrent un nouveau resserrement du crédit et, par conséquent, une diminution des investissements et de nouvelles pertes d’emplois.

Il met en évidence un paradoxe : les économies de la zone euro où le chômage augmente ont diminué les ressources consacrées à l’aide aux demandeurs d’emploi. L’inverse est vrai pour les économies fortes de la zone euro. Elargir les revenus fiscaux pourrait contribuer à financer des programmes en faveur de l’emploi là où c’est nécessaire.

Il existe désormais une plus grande coordination à la suite de la déclaration issue du Sommet de l’euro-zone de la fin du mois de juin, la Commission européenne ayant proposé un plan d’action pour la stabilité, la croissance et l’emploi. Cependant, ce genre de déclarations doit être suivi par des actes politiques concrets.
« Ce n’est pas facile de se mettre d’accord sur une stratégie concertée comme celle-là, compte tenu des diverses positions des pays. Cependant, si l’on ne procède pas rapidement à un changement de cap politique pour regagner la confiance et le soutien des entreprises et des travailleurs, nous aurons du mal à mener les réformes nécessaires pour remettre la zone euro sur la voie de la stabilité et de la croissance », conclut Raymond Torres, Directeur de l’Institut international d’études sociales de l’OIT et principal auteur du rapport.


Pour sortir du piège de l’austérité, le rapport liste des recommandations :


- Réparer le système financier doit être subordonné à la restauration du crédit pour les petites entreprises. Faire payer les plans de sauvetage aux actionnaires serait non seulement une question de justice, mais permettrait aussi de limiter le recours aux contribuables ou à de nouvelles mesures d’austérité.

- Promouvoir l’investissement et le soutien aux demandeurs d’emploi, en particulier aux jeunes travailleurs. Une « garantie-jeunes », à un coût estimé à moins de 0,5 pour cent des dépenses des gouvernements dans la zone euro, pourrait être rapidement mise en place. Pour la financer, certains défendent l’idée d’un recentrage des fonds structurels européens et la mobilisation de la Banque européenne d’investissement.

- Gérer les différences de compétitivité entre les pays de la zone euro. Cela ouvre une nouvelle opportunité de dialogue social pour s’assurer 1) que les revenus du travail augmentent au même rythme que la productivité dans les économies fortes ; 2) que la modération salariale dans les pays en déficit est complétée par des politiques destinées à renforcer les bases industrielles ; et 3) qu’on évite une spirale négative, préjudiciable aux salaires et aux droits des travailleurs.


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