Luttes sociales

Le constat des discriminations subies par les Réunionnais à La Réunion

Etude de l’INED sur la démographie dans les RUP : l’accès à l’emploi

Témoignages.re / 27 août 2012

L’Institut national des études démographiques (INED) apporte un éclairage sur la situation de l’emploi dans les Régions Ultrapériphériques, dont La Réunion. Il est intéressant de constater que les natifs ont un taux d’emploi 20 points plus faible que celui des travailleurs venus d’ailleurs. Ceci n’est pas la seule singularité des RUP que l’INED permet de découvrir.

Dans les DOM, le taux d’emploi apparaît en légère hausse à 25‐49 ans, sauf à La Réunion et en Guadeloupe avec des reculs de près de 3 points et de 1 point de pourcentage entre 2008 et 2010. En revanche, pour les moins de 25 ans, l’emploi décline partout (sauf en Guyane en 2009).
En 2010, selon EUROSTAT, La Réunion et les Canaries avaient les taux de chômage (pour l’ensemble des âges actifs) les plus élevés des RUP et de l’ensemble des régions de l’UE, pratiquement à égalité avec respectivement 28,9% et 28,7%.

Le chômage de longue durée

Les DOM restent les régions où le chômage de longue durée est le plus élevé, fluctuant entre 70% et 80% en Antilles‐Guyane et entre 60% et 70% à La Réunion.
Taux d’emploi selon l’origine

L’analyse par lieu de naissance permet de mieux comprendre les écarts entre les DOM et la Métropole. L’exemple des hommes à La Réunion, qui indique une situation nettement plus favorable des Métropolitains, est significatif : l’analyse montre que si leur taux d’activité est proche de la moyenne nationale, leur taux d’emploi demeure inférieur notamment avant 35 ans, signe qu’ils sont plus affectés par le chômage à La Réunion qu’en Métropole.
Les Métropolitains et les autres originaires de l’UE sont ainsi les seuls à avoir des taux d’emploi supérieurs à 80% entre 25 et 54 ans, dépassant même les 85% entre 35 et 49 ans, quand les natifs atteignent tout juste 65% à 30‐44 ans. A La Réunion, les originaires des autres DOM, en majorité mahorais, ont un très faible accès au marché du travail avec des taux d’emploi entre 40% et 50%. Ce résultat très particulier est lié à des obstacles autant sociaux que culturels. Le faible emploi à des adultes d’âge mûr (50‐64 ans) est principalement le fait des natifs des DOM, les Métropolitains et les natifs des autres pays de l’UE ayant, eux, des taux d’emploi voisins ou supérieurs à la moyenne nationale à ces âges.
Ainsi, l’insertion sur le marché du travail est beaucoup plus tardive dans les DOM qu’en France (notamment à La Réunion), les niveaux de l’emploi aux âges de pleine activité sont également plus faibles et l’interruption d’activité y est plus précoce. Ceci explique les faibles taux d’emploi à 20‐64 ans observés précédemment.
L’emploi féminin reproduit les mêmes contrastes selon l’origine, à l’exception des originaires de l’UE (autres que françaises) qui sont moins souvent en emploi que les Métropolitaines, parce que souvent elles accompagnent leur époux titulaire d’un contrat de travail.
Taux de chômage selon l’âge et l’origine

A moins de 25 ans, plus d’un jeune Réunionnais sur deux est au chômage. Le taux est équivalent pour les migrants nés dans un autre DOM et il approche 40% pour les Métropolitains. Une fois passé ce cap, le chômage des Métropolitains baisse rapidement avec l’âge pour atteindre 8% dès 35‐39 ans, tandis celui des natifs reste proche de 30% jusqu’à 49 ans. Comme précédemment, la situation des ressortissants des autres DOM est comparable à celle des Métropolitains, et celle des autres étrangers est proche de celle des natifs. Ce sont toujours les originaires de Mayotte qui pâtissent des plus grandes difficultés : leur taux de chômage dépasse 50% jusqu’à 44 ans. On observe la même situation relativement à l’origine pour les femmes.
Chômage selon le diplôme

Autant sinon plus que l’âge, le diplôme constitue un discriminant majeur de l’emploi dans les DOM. Le taux de chômage des « sans‐diplômes » à La Réunion est autour de 40%, soit le double de la moyenne nationale, mais il baisse par étapes selon les niveaux de qualification. Il chute au niveau du BEPC et plus encore avec le Bac, surtout le Bac général. Au niveau du 1er cycle universitaire, il s’établit à 10% et rejoint la moyenne nationale à partir du 2ème cycle.
Migration et emploi

Pour mesurer les effets de l’émigration des natifs et de l’immigration en provenance de métropole et de l’étranger sur la distribution de l’emploi en DOM, nous avons calculé les soldes des actifs occupés âgés de 30 ans et plus, selon leur lieu de naissance.
A La Réunion, trois quart environ des emplois créés ont bénéficié aux natifs et 22% aux Métropolitains ; les étrangers, moins nombreux, représentent une part moins importante du solde des emplois. On note peu de différence selon le sexe à La Réunion.
Au total, deux tiers des emplois créés à la Martinique ont été des emplois féminins. En Guyane et à La Réunion, la répartition par sexe a été plus équilibrée (51% des emplois additionnels pour les femmes). Ces résultats sont proches de ceux observés entre 1990 et 1999 (Marie, Rallu 2004).
Précisons que cet exercice ne tient pas compte du fait que l’immigration est elle‐même créatrice d’emplois : elle accroît la population et les besoins, en particulier l’immigration métropolitaine et de l’UE, forte consommatrice de biens et de services.
La situation des jeunes

Le chômage n’est pas le seul facteur explicatif du faible taux emploi dans les DOM. L’inactivité y prend une grande part, dans des proportions deux à trois fois supérieures à la France métropolitaine à la fois parmi les jeunes de 20‐29 ans et parmi les adultes proches de l’âge de la retraite (50‐54 et surtout 55‐59 ans). Le faible emploi et la faible activité affectent donc aussi les actifs d’âges mûrs, même si c’est pour les jeunes que ces questions sont les plus préoccupantes. Les faibles taux d’emploi des jeunes ne sont pas seulement dus au fait que beaucoup sont encore en formation, mais aussi au fait que beaucoup sont chômeurs, inactifs ou “au foyer” — nous les appellerons inoccupés.

Les jeunes « inoccupés »

Les taux d’activité ou d’emploi reflètent imparfaitement la situation des jeunes de 15‐24 ans dont une part importante est encore scolarisée.
L’indicateur le plus pertinent est la part de « jeunes inoccupés », c’est‐à‐dire ni scolarisés, ni en emploi : les chômeurs, les inactifs et les personnes au foyer qui sont surtout des femmes. Dans une seconde définition, nous avons retiré les personnes au foyer des « inoccupés », considérant qu’elles sont occupées à des tâches ménagères.
A 15‐19 ans, environ 17% à La Réunion sont « inoccupés ». Ces niveaux sont peu élevés à cet âge, car beaucoup sont encore étudiants. Ils sont nettement plus élevés à 20‐24 ans, dépassant 40%. Ce résultat tient au fait que beaucoup, dans ce groupe d’âge, sont en échec ou en abandon scolaire. Ces jeunes adultes — sans ou avec de faibles diplômes — sont peu employables et souvent chômeurs ou inactifs, c’est-à-dire en situation d’exclusion économique qui met en cause leur insertion et accroît la précarité ou la pauvreté. La situation d’« inoccupé » est plus fréquente encore chez les femmes, car beaucoup sont « au foyer », notamment à La Réunion où la fécondité tend à éloigner les jeunes mères de l’école autant que de l’emploi. Si l’on exclut les « personnes au foyer », la part des inoccupés est alors toujours supérieure pour les hommes à 20‐24 ans.
Globalement à 15‐24 ans, la proportion des hommes « inoccupés » est environ le double de la moyenne nationale aux Antilles, 2,3 et 2,5 fois plus élevée à La Réunion et en Guyane. Pour les femmes, les écarts sont moindres aux Antilles et marginalement à La Réunion, mais plus importants en Guyane. Ces écarts traduisent les difficultés d’insertion que rencontrent les jeunes dans les DOM.

Source : calculs des auteurs à partir du RP 2007

Jeunes « inoccupés » selon l’origine

L’analyse selon l’origine souligne la forte inégalité entre les natifs et les jeunes Métropolitains vis‐à-vis des études et de l’emploi, même si ces derniers connaissent plus de difficultés dans les DOM qu’en Métropole. Cependant, ce sont les jeunes immigrés étrangers qui sont les plus touchés.
En Martinique, 22% des jeunes natifs de 15‐24 ans sont inoccupés, la proportion est 25% en Guadeloupe, de 27% en Guyane et elle dépasse 30% à La Réunion. Cette part avoisine 40% pour les immigrés en Martinique, 47% en Guadeloupe et atteint 52% en Guyane.
Leur situation est bien meilleure à La Réunion (31%). Pour les jeunes Métropolitains, les proportions tombent à 13% en Guyane et se situent entre 18% et 20% dans les autres DOM, contre 14% en moyenne nationale (sans grande différence selon le sexe). Le même désavantage des étrangers s’observe aux Canaries en 2001, avec des proportions d’« inoccupés » de 30% supérieures chez les hommes étrangers par rapport aux Espagnols et 40% supérieures chez les femmes.
La part des « personnes au foyer » pèse beaucoup sur ce résultat. Si on l’isole, la proportion d’« inoccupés » est alors divisée par deux chez les étrangères et leur situation est plus proche des Espagnoles.


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