Luttes sociales

« Le jeune va prendre ses responsabilités s’il sent qu’il est accompagné »

Manifestation de jeunes au Port

Manuel Marchal / 15 février 2013

Durant toute la matinée et une partie de l’après-midi, des jeunes du Port ont manifesté dans le Cœur Saignant et au rond-point des Danseuses. Comme les jours précédents à Saint-Louis, Saint-Benoît, Saint-Pierre, Saint-Paul ou Saint-Denis notamment, ces jeunes sont descendus dans la rue pour demander un travail. Dans la journée, le dialogue s’est ouvert avec la Mairie. Henri Hippolyte, adjoint délégué à la Vie associative, a rencontré les jeunes et a participé aux discussions aux côtés du maire Jean-Yves Langenier.

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Henri Hippolyte : « avançons maintenant sur des pistes à trouver, il s’agit d’écouter ces jeunes. Nous devons entendre cette souffrance »

Avez-vous été surpris par cette manifestation ?

Henri Hippolyte : L’actualité de ces dernières semaines et les manifestations, le chômage de masse, toutes les communes sont concernées. Ce n’est pas surprenant que ce problème surgisse sur notre territoire.
Et quid des responsables ? On demande aux communes de s’occuper de l’emploi. On parle d’emplois d’avenir, mais ce type de contrat ne peut pas se mettre en place du jour au lendemain. On est en train de faire croire que des emplois sont disponibles de suite, ce n’est pas vrai.
Nous ne voulons pas retomber dans les travers des emplois jeunes, où on a fait du chiffre et on a pas bien anticipé la sortie du dispositif. Au bout des cinq ans, c’était la fin de l’aide de l’État, et des associations n’étaient pas prêtes à pérenniser ces emplois jeunes qu’elles avaient embauchés.
On ne peut pas faire miroiter des emplois tout de suite. Qui met les moyens ?

Quelles sont les principales difficultés ?

Henri Hippolyte : Avant de mettre en place les emplois d’avenir, il y a quelques barrières. L’emploi d’avenir ne pourra être co-financé par l’État que s’il est accompagné d’un tutorat et d’une formation. Et si à mi-contrat, l’État constate que le dispositif promis par l’employeur n’a pas été mis en place, alors il cesse immédiatement le versement de l’aide. Que dire alors au jeune ?
Nous travaillons donc dans la sérénité, pour voir comment nous anticipons la fin de l’aide.
Nous devons tenir compte du fait que les Mairies ont de sérieux problèmes. La Chambre régionale des comptes ne cesse d’attirer l’attention sur les charges de personnel, et on demande pourtant aux collectivités d’embaucher.
Au bout de 3 ans, avec la fin de l’aide de l’État, la commune devra prendre en charge 100% du salaire. Se fera-t-elle épingler par la Chambre régionale des Comptes pour avoir embauché ?
Le problème de fond, c’est le chômage de masse, et comment y apporter des solutions. Que l’État prenne ses responsabilités. Ce qui nous intéresse, c’est de construire un projet de vie, et pas des annonces qui ne règlent pas le problème de fond.

Comment sont ces jeunes ?

Henri Hippolyte : On ne peut que comprendre la frustration de ces jeunes qui manifestent. À La Réunion, 52% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Il n’est donc pas possible d’appliquer ici les mêmes mesures qu’en France.
Il est important que tous les acteurs puissent se réunir autour de la table. Ce n’est pas à coups d’emplois aidés que l’on va régler définitivement le problème. Maintenant, nous avons un quota d’emplois aidés qui ne répond pas à nos besoins, alors que l’année dernière, leur nombre était suffisant pour notre fonctionnement. Plus le problème s’aggrave, plus le nombre de contrats diminue.
Ces jeunes ont besoin de travail, de dignité, mais les décideurs ont-ils la même façon de voir les choses ? Car les politiques de proximité sont contrariées par des décisions venues d’en haut. Que fait l’État ? Que fait la puissance publique ?

Quelles avancées hier ?

Henri Hippolyte : Nous avons encore moyen de dialoguer avec les jeunes. Ils ont manifesté, le maire est venu, nous avons discuté. Nous avons expliqué qu’il est possible d’aller sur des projets, et que la Ville prendra ses responsabilités dans la limite de ses compétences.
On peut retenir qu’il y a eu des avancées, des choses ont été dites.
Il n’y a donc pas eu de réponse tout de suite à la demande d’emploi. Maintenant, que tous les acteurs prennent leurs responsabilités, d’autres partenaires sont sollicités.
Avançons maintenant sur des pistes à trouver, il s’agit d’écouter ces jeunes. Nous devons entendre cette souffrance.
Le contexte est difficile. Car aujourd’hui, les collectivités éprouvent beaucoup de mal à accompagner leur population, elles n’ont plus les moyens nécessaires. Nous espérons que demain ne sera pas aussi tendu qu’aujourd’hui (hier — NDLR).
Le jeune va prendre ses responsabilités s’il sent qu’il est accompagné. Autour de projets, quelque chose pourra se construire pour ces jeunes, alors qu’aujourd’hui il n’y a rien. C’est avec la discussion que nous allons entreprendre et construire.

Propos recueillis par Manuel Marchal

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Depuis plusieurs semaines partout à La Réunion, les jeunes manifestent pour des emplois. Le mouvement a touché hier Le Port. (photo d’archives Toniox)

Communiqué de la Ville du Port

« Que l’État ne se désengage pas »

Dans un communiqué diffusé hier, la commune du Port donne sa position à la suite de la manifestation des jeunes.

Suite à une manifestation de jeunes ce matin dans le quartier de la ZAC, provoquant notamment une entrave à la circulation, les élus de la majorité municipale se sont rendus sur les lieux afin d’instaurer un dialogue. Les manifestants réclamaient de l’emploi, comme il y a quelques jours, dans d’autres communes de l’île.

Ce mouvement de grande exaspération au sein de la jeunesse réunionnaise, suscité par une aggravation de la misère matérielle et sociale, s’exprime donc dans un climat difficile, de tension et de revendications dont personne ne peut cependant nier la légitimité.

Une réunion de concertation a été organisée à la mi-journée avec les manifestants, le maire et ses principaux collaborateurs. Cependant, une collectivité locale, telle qu’une mairie, n’a pas, à elle seule, la possibilité d’apporter des solutions satisfaisantes à chacun. C’est donc dans une démarche partenariale des différentes autorités que des pistes collectives doivent être dégagées. Si les contrats aidés apparaissent aux yeux de certains comme une réponse inadaptée et insuffisante par rapport aux attentes, pour autant, ils apportent malgré tout une aide appréciable à ceux qui en bénéficient ainsi qu’à leurs familles.

Cependant, nous constatons une baisse considérable du nombre de ces contrats aidés dont le quota diminue d’année en année alors que le chômage augmente (44,7% au Port contre 33,6% à La Réunion) et que les difficultés sociales sont de plus en plus criantes. Dans le même temps, le pourcentage de financement de l’État sur ces contrats diminue et les communes, qui connaissent déjà des situations financières difficiles, se retrouvent à devoir supporter une charge encore plus importante.

Il est donc urgent que non seulement le nombre de contrats aidés co-financés par l’État soit augmenté ou, pour le moins, maintenu au niveau de 2012 mais qu’en plus, considérant la situation sociale de notre île et les difficultés des communes, il est indispensable que l’État ne se désengage pas et qu’il prenne les mesures pour que la part de financement supportée par les communes ne soit pas accrue. Par ailleurs, il convient bien évidemment de se pencher sur la question de la formation, un des aspects susceptibles de favoriser la pérennisation des emplois, mais dont le cadre reste relativement flou.

Ces mesures de bon sens ne règleront pas, à elles seules, la crise sociale qui secoue notre société, mais elles contribueront au moins à en atténuer les effets.


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