Luttes sociales

Le RSTA : le PCR dénonce le plus grand scandale social de La Réunion

Qui veut priver plus de 100.000 travailleurs de 100 euros par mois ?

Geoffroy Géraud-Legros / 19 août 2009

Le Parti communiste réunionnais a tenu hier à Saint-denis une conférence de presse, au cours de laquelle ont été évoqués les grands sujets de la rentrée. Défaut de transparence, retards, « erreurs », désinvolture de la part de plusieurs institutions produisent des situations inadmissibles, tant sur le plan social que dans le secteur scolaire, en contradiction directe avec les buts affichés par l’organisation des Etats Généraux de l’Outre-mer.

Hier, Maurice Gironcel, Jean Saint-Marc ont évoqué le premier scandale social qui marque ce début d’année scolaire : les retards inadmissibles dans la mise en place du RSTA.
Comme l’a rappelé Maurice Gironcel, « le Revenu supplémentaire temporaire d’activité (RSTA) est une avancée sociale » obtenue avant tout « grâce aux actions sociales contre la vie chère, dont, à La Réunion, les mobilisations contre le prix du pétrole et des carburants ».
« Quatre rapports d’experts avaient alors validé l’analyse du PCR : il s’agissait respectivement du Rapport de l’Inspection générale des finances, de l’Autorité de la concurrence, de la Commission d’enquête sénatoriale et de l’enquête de l’Assemblée nationale ».
« Face à la révolte des Outre-mers, le Gouvernement a dû ouvrir des Etats Généraux, qui ont, parmi d’autres mesures, arrêté celle du RSTA, qui permet aux revenus du travail inférieurs à 1450 Euros nets par mois de bénéficier d’un complément pouvant s’élever jusqu’à 100 euros.
La possibilité d’une application rétroactive au 1er Mars 2009 permet ainsi d’obtenir jusqu’à 300 euros au titre du RSTA, à charge pour les bénéficiaires potentiels de renvoyer avant le 31 Août 2009 un dossier dûment complété
 ».

Les travailleurs n’ont pas à payer les retards et dysfonctionnements.

Or, révèle Maurice Gironcel, « seuls 5284 dossiers avaient été liquidés au 30 juillet 2009 », auxquels il faut ajouter quelques « 8217 dossiers supplémentaires » au 11 Août 2009, soit un total de 13501 dossiers liquidés au 11 Août. Le nombre de bénéficiaires potentiels s’élevant à près de 115.000, ce sont « plus de 9.000 dossiers qui devront être traités par jour jusqu’au 31 Août ».
« Qui peut raisonnablement penser », demande Maurice Gironcel, « que les personnels affectés à cette tâche pourront s’en acquitter dans les temps » ? Il y a là un « scandale social énorme, un fiasco inadmissible, qui risque de priver plusieurs dizaines de milliers de bas salaires d’une somme qui peut aller jusqu’à 300 Euros » ?
« Nous nous posons », dit-il, « la question de la responsabilité d’un tel scandale : quels sont ceux qui, chargés de veiller à la mise en œuvre de cette mesure sociale, ont laissé filer les choses » ? « Nous demandons », ajoute-t-il, « qu’il y ait une enquête menée par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Cela pour comprendre comment il est possible que des dizaines de milliers d’ayants droit soient privés d’une mesure obtenue par la lutte des travailleurs, et validée au plus haut niveau de la République. Car on ne saurait se contenter du discours qui va inévitablement attribuer aux travailleurs la responsabilité de ce fiasco, en leur reprochant de ne pas avoir rempli leurs formulaires. Car la réalité est toute autre : par exemple, des dossiers dûment complétés sont retourné aux ayants droit un mois après, demandant le versement de pièces qui ne sont normalement pas exigibles. Or, qui peut penser que l’Administration ne dispose pas des moyens suffisants » ?
« Ce scandale intervient alors que dans quelques semaines sera organisé à Paris, la synthèse des Etats Généraux de l’Outre-mer. Comment une telle désinvolture peut-elle être acceptable, alors que nous avons débattu des baisses de coût dans l’Atelier n°1, et que le RSTA est justement une mesure destinée à pallier à la vie chère » ?

GG 


Education : des situations inadmissibles

Fabrice Hoarau a pour sa part rappelé les très graves problèmes du secteur de l’éducation nationale : « Il y a près de deux semaines », a-t-il rappelé, « l’UNEF, syndicat majoritaire, a dénoncé le fait de voir arriver à la Réunion un certain nombre d’enseignants par rapport aux besoins réels de notre Académie. On ne peut pas dire que les institutions aient montré une grande volonté de transparence dans cette affaire. Il a fallu un certain temps pour que, dans la presse de la semaine dernière, le rectorat finisse par concéder qu’une "erreur administrative", avait entraîné l’arrivée de 70 fonctionnaires "de trop" venant d’autres académies ».
Pour Fabrice Hoarau, « Une telle situation crée bien évidemment à La Réunion, une émotion et une protestation très intenses, et très légitimes, qu’expriment l’UNEF et les étudiants. Les jeunes Réunionnais reçus au concours de l’IUFM et qui en sortent diplômés se voient au final proposer des postes de remplaçants au profit des nouveaux "arrivés par erreur". C’est tout à fait inadmissible. Aujourd’hui, le recteur essaie de positiver l’affaire en disant qu’il s’agit d’une agréable nouvelle : puisque l’Etat a décidé de doter la Réunion de 70 postes de plus ».
Or, selon Fabrice Hoarau, « Il ne s’agit pas de postes en plus, mais de personnel en plus. S’il s’agissait de création réelle de postes, il aurait fallu ouvrir un plus grand nombre de places au concours. Rappelons au passage que le recrutement pour le 1er degré est un recrutement départemental et non pas national. En fait, non seulement le nombre de poste ouvert au concours de l’IUFM est demeuré constant ces dernières années – aux alentours de 120- mais il sera en réalité de 85 seulement cette année. On voit bien qu’en réalité, l’argument de la création de postes ne tient pas ».

Profonde injustice.

De plus, ajoute Fabrice Hoarau, « l’affaire est plus grave encore, car il reste une incertitude quant à l’évolution de la situation l’année prochaine : n’ira-t-on pas vers une régularisation qui entraînera une diminution du nombre de postes…proportionnelle à l’augmentation virtuelle de cette année ? On ne peut pas accepter une telle forme de gouvernance, alors que dans le même temps, le président de la République lui-même parle de favoriser l’emploi local dans les DOM ».
D’une manière plus générale, le gouvernement a décidé de diminuer le nombre de poste de fonctionnaires sur le territoire. Cette diminution entraîne forcément la création de sureffectif dans certaines académies. Le gouvernement pallie semble-t-il donc à cela en envoyant les effectifs surnuméraires à La Réunion… « au détriment de nos jeunes ».
Au regard de la situation, « le scandale est d’autant plus grand qu’il s’agit là du 1er degré, où le recrutement est local -et non national comme l’a répété le recteur encore ce matin. Comment une telle situation ne heurterait-elle pas les jeunes Réunionnais diplômés, actuellement au chômage ou à la veille de s’y retrouver ? Que dire des 348 assistants d’éducation, qui ont pour perspective de se retrouver au chômage dans quelques jours, et qui entendent dire d’autre part qu’on nomme trop de professeurs des écoles ».
En conséquence, « le sentiment de la population réunionnaise est celui d’une profonde injustice, qu’il est urgent de prendre en compte et à laquelle il faut remédier ».


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