Luttes sociales

Le SNUIPP dénonce le « malaise profond » de l’école primaire

Rentrée scolaire

Témoignages.re / 16 septembre 2010

Le SNUIPP (Syndicat national unitaire des instituteurs, professeurs des écoles et PEGC) a fait un point sur la rentrée scolaire hier. Une rentrée « extrêmement difficile », résultat de la politique de restriction budgétaire, dans une académie déjà en proie à l’échec scolaire.

Le SNUIPP a énuméré les conséquences sur les écoles primaires. Premiers à faire les frais de cette politique, les enseignants stagiaires. Avec la suppression de l’IUFM, ce sont 131 professeurs des écoles stagiaires qui sont directement affectés en classe, « pour une formation au rabais », avec des maîtres-accompagnateurs. Le nombre de postes aux concours est, lui, divisé par deux : 127 postes l’année dernière, 62 cette année. Alors que 182 professeurs des écoles partent à la retraite et ne sont pas remplacés. Didier Gopal, secrétaire général du SNUIPP, analyse la situation : « Pour une jeunesse qui se trouve à 10.000 km de la métropole et qui aspire à intégrer la fonction publique d’État, notamment l’Éducation nationale, il y a quand même un malaise. Dans notre département, chaque année, le marché du travail reçoit 8.000 jeunes pour un marché qui peut en absorber à peine 2.500. À terme, ce genre de décision peut provoquer un malaise social pouvant aller jusqu’à l’explosion, surtout en cette période de crise ».

Personnels précaires

Sur le terrain, le SNUIPP assure que les enseignants de l’école primaire ressentent un « malaise profond ». Les congés de formation continue sont insuffisants (250.000 euros pour le premier degré contre 800.000 euros pour le second degré), des enseignants du RASED (Réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficultés) sont affectés loin de leur secteur, les enseignants sont noyés dans les réformes successives et les dispositifs qui vont avec (aide personnalisée, PPRE, accompagnement éducatif, etc.), ou encore pour les directeurs d’école, la réalisation d’enquêtes quotidiennes, dont le “Plan particulier de mise en sûreté face aux risques majeurs”, une paperasse née de la catastrophe AZF. Les personnels précaires, administratifs et Auxiliaires de vie scolaire (AVS) pour les élèves handicapés n’ont pas la garantie de voir leurs emplois pérennisés. La scolarisation des enfants handicapés est pourtant un droit opposable, le SNUIPP interpelle ainsi le recteur sur les postes d’AVS.

Pas de fermeture de classes, mais...

Concernant la carte scolaire, le SNUIPP affirme que les mauvais résultats de l’académie aux évaluations de CE1 et CM2 (La Réunion est classée dans les 3 dernières académies) ne servent qu’aux ouvertures et fermetures de classes, sans plus de moyens pédagogiques. La Réunion n’a obtenu que 20 ouvertures de classes (17 en élémentaire, 3 en maternelle), au lieu des 33 ouvertures nécessaires (20 en élémentaire, 13 en maternelle), selon le SNUIPP. Le syndicat reconnaît cependant qu’il n’y a pas eu de fermetures de classes. Enfin, le SNUIPP se félicite de la non-remise en question de la carte d’éducation prioritaire et indique que « le recteur est, contrairement à ses prédécesseurs, un homme de dialogue sensible aux spécificités socio-économiques de l’île, même si nous ne partageons pas toujours ses points de vue ».

L’aide spécialisée en voie de disparition ?

Le SNUIPP estime que les restrictions budgétaires pèsent sur les élèves de La Réunion plus qu’ailleurs, du fait des 52% de la population qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Un élève sur deux est en zone d’éducation prioritaire, contre un sur cinq en métropole. Les besoins en aides spécialisées (RASED) sont donc une réalité locale. Pourtant, le SNUIPP craint la disparition des RASED. Aujourd’hui, des enseignants non formés occupent les postes, assure le syndicat, et les RASED ne sont plus intégrés au guide des parents transmis à la rentrée. Difficile pour le SNUIPP d’obtenir des chiffres sur le nombre de postes d’enseignants spécialisés, les réunions d’état des lieux des RASED ayant subi un « arrêt brutal ». Le SNUIPP interpelle les parlementaires sur l’avenir de l’aide spécialisée, dans un département qui compte 110.000 illettrés.

EP


Financer les retraites autrement

Le SNUIPP participe à la manifestation du 23 septembre contre la réforme des retraites. Le syndicat propose, pour financer les retraites, de donner la priorité à l’emploi, d’augmenter les cotisations retraites dont la part patronale, de diminuer les dividendes des actionnaires, de faire cotiser les revenus financiers des entreprises et des banques aux mêmes taux que la cotisation patronale assise sur les retraites. « En 1980, les dividendes représentaient 4,2% de la masse salariale. C’est passé à 12,9% en 2008. Les salariés travaillaient 72 heures par an pour les actionnaires en 1980. En 2008, c’est 189 heures », affirme le SNUIPP.


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