Luttes sociales

Les 1 % les plus riches possèderont plus que le reste de la population mondiale en 2016

La lutte pour l’égalité est une cause mondiale

Témoignages.re / 20 janvier 2015

En amont de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, Oxfam a calculé que l’an prochain, le patrimoine cumulé des 1 % les plus riches du monde dépassera celui des autres 99 % de la population, à moins de freiner la tendance actuelle à l’augmentation des inégalités. Voici la présentation du rapport de l’ONG :

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Un Réunionnais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. (Photo Toniox)

L’organisation internationale de développement, dont la directrice générale, Winnie Byanyima, coprésidera l’édition 2015 de Davos, souligne aujourd’hui que l’explosion des inégalités entrave la lutte contre la pauvreté dans le monde, alors qu’une personne sur neuf ne mange pas à sa faim et que plus d’un milliard de personnes vivent avec moins de 1,25 dollar par jour.
En sa qualité de coprésidente, Winnie Byanyima lancera un appel pressant à l’action pour enrayer la montée des inégalités, à commencer par des mesures énergiques contre l’évasion fiscale des multinationales, ainsi que pour accélérer les avancées vers la conclusion d’un accord mondial sur le changement climatique.

L’étude « Insatiable richesse : toujours plus pour ceux qui ont déjà tout », publiée aujourd’hui par Oxfam, montre que la part du patrimoine mondial détenu par les 1 % les plus riches est passée de 44 % en 2009 à 48 % en 2014, et dépassera les 50 % en 2016. En 2014, les membres de cette élite internationale possédaient en moyenne 2,7 millions de dollars par adulte.
La majeure partie (46 %) des 52 % restant du patrimoine mondial se trouve entre les mains du reste du cinquième le plus riche de la population mondiale. Les autres 80 % de la population mondiale ne se partagent que 5,5 % et possédaient en moyenne 3 851 dollars par adulte, soit 700 fois moins que le patrimoine moyen des 1 %.
« Voulons-nous vraiment vivre dans un monde où 1 % possèdent plus que le reste d’entre nous, s’interroge Winnie Byanyima. L’ampleur des inégalités mondiales est tout simplement vertigineuse et, malgré les questions brûlantes qui font l’actualité, le fossé entre les grandes fortunes et le reste de la population se creuse rapidement.

« Au cours des douze derniers mois, les dirigeant-e-s du monde ont, à l’instar du président Obama et de Christine Lagarde, de plus en plus évoqué le besoin de réduire les inégalités extrêmes. Mais pour beaucoup, nous attendons encore qu’ils joignent le geste à la parole. Il est temps que nos dirigeant-e-s s’attaquent aux intérêts particuliers des poids lourds qui font obstacle à un monde plus juste et plus prospère. »
Et Winnie Byanyima d’ajouter : « Le statu quo a un coût. Si les affaires continuent comme si de rien n’était pour les élites, notre incapacité à réduire les inégalités pourrait retarder la lutte contre la pauvreté de plusieurs dizaines d’années. Les populations pauvres souffrent doublement de la montée des inégalités : non seulement leur part proportionnelle du gâteau économique se réduit, mais comme les inégalités extrêmes nuisent à la croissance, le gâteau lui-même devient plus petit. »
Lynn Forester de Rothschild, PDG de la société E.L. Rothschild et présidente de la Coalition for Inclusive Capitalism, qui prend la parole aujourd’hui à un événement organisé conjointement par Oxfam et l’université d’Oxford, a appelé les chefs d’entreprise qui se réuniront à Davos à contribuer également à la lutte contre les inégalités extrêmes.
Elle a expliqué que « le rapport d’Oxfam n’est que le dernier d’une longue liste d’éléments établissant que les inégalités ont atteint des extrêmes scandaleux et continuent d’augmenter. Il est temps que les grandes pointures du capitalisme moderne, ainsi que nos responsables politiques, s’emploient à changer le système pour qu’il devienne plus équitable, plus durable et s’ouvre plus largement à toutes et tous.

« Les inégalités extrêmes ne constituent pas seulement un préjudice moral. Elles sapent la croissance économique et pèsent sur les profits du secteur privé. Les participant-e-s à la réunion de Davos qui aspirent à un monde stable et prospère devraient faire de la lutte contre les inégalités leur priorité absolue. »
L’an dernier, Oxfam a créé l’événement à Davos en révélant que les 85 personnes les plus riches possédaient autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale. Elles sont aujourd’hui 80 à posséder autant que 3,5 milliards de personnes, ce qui représente une baisse spectaculaire, si l’on considère que ce chiffre s’élevait à 388 en 2010. En termes nominaux, le patrimoine des 80 personnes les plus riches du monde a doublé entre 2009 et 2014.

Oxfam appelle les États à adopter un plan en sept points pour lutter contre les inégalités :

– Mettre un frein à l’évasion fiscale des entreprises et des grandes fortunes
– Investir en faveur de la gratuité et l’universalité de services publics comme la santé et l’éducation
– Répartir équitablement la charge fiscale, l’allégeant du côté du travail et de la consommation tout en taxant davantage le capital et les richesses
– Instaurer un salaire minimum et œuvrer à un salaire décent pour l’ensemble des travailleuses et travailleurs
– Instaurer une législation en faveur de l’égalité salariale et promouvoir des politiques économiques assurant le traitement équitable des femmes
– Mettre en place une protection sociale suffisante pour les plus pauvres, notamment la garantie d’un revenu minimum
– Adopter l’objectif commun de lutter contre les inégalités à l’échelle internationale

L’étude publiée aujourd’hui, qui fait suite au lancement de la campagne « À égalité ! » d’Oxfam en octobre dernier, met en lumière la façon dont l’extrême richesse se transmet de génération en génération et le fait que les élites mobilisent leurs ressources considérables pour s’assurer que les règles internationales favorisent leurs intérêts. Plus du tiers des 1 645 milliardaires recensés par Forbes ont hérité d’une partie ou de l’ensemble de leur fortune.
20 % des milliardaires ont des intérêts dans le secteur de la finance et de l’assurance, et le patrimoine nominal de ce groupe a augmenté de 11 % en douze mois, de mars 2013 à mars 2014. En 2013, ces secteurs avaient dépensé 550 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles. Rien que pendant les élections américaines de 2012, le secteur financier a financé les campagnes à hauteur de 571 millions de dollars.
L’ensemble du patrimoine net des milliardaires ayant des intérêts dans le secteur pharmaceutique et de la santé a augmenté de 47 %. Eux aussi avaient dépensé 500 millions de dollars pour faire pression sur les responsables politiques à Washington et à Bruxelles, en 2013.

Oxfam craint que la force de lobbying de ces secteurs ne soit un obstacle majeur à la réforme du système fiscal international et n’impose des règles de propriété intellectuelle qui empêchent les plus pauvres d’accéder à des médicaments vitaux.

Les données du Fonds monétaire international, notamment, établissent de plus en plus clairement que les inégalités extrêmes sont préjudiciables aux personnes au bas de l’échelle, mais aussi à la croissance économique.

En association avec l’université d’Oxford, Oxfam organise aujourd’hui un symposium sur l’accroissement des inégalités dans les pays du Sud, au cours duquel interviendront Donald Kaberuka, président de la Banque africaine de développement, et Lady Lynn Forester de Rothschild.


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