Luttes sociales

« Les choix politiques ne sont pas l’effet de fatalités budgétaires »

• SNUEP-FSU

Témoignages.re / 21 février 2011

Le SNUEP-FSU dénonce, depuis 2007, l’opération de démantèlement de l’Éducation nationale et plus particulièrement de l’Enseignement professionnel public.

En 2007 les classes de BEP et dans la continuité les classes de Bac Pro en 2 ans ont été supprimées et remplacées par des classes de Bac Pro en 3 ans. 2011 sonne le glas des dernières classes, ancienne formule, existantes. Le passage d’une formation d’un Bac Pro de 4 ans à 3 ans ne présentait aucune justification pédagogique mais répondait directement à une logique comptable, dans la droite ligne de la politique gouvernementale de « dégraissage » du nombre de fonctionnaires, à savoir une année de formation en moins égal 25% d’enseignants en moins.
Il faut savoir que le corps des inspecteurs généraux de l’Éducation nationale (garants de l’intérêt pédagogique d’une réforme) avait donné un avis défavorable à la mise en place de Bac Pro 3 ans.
Le CSEN (Conseil supérieur de l’Éducation nationale) où siègent des représentants d’organisations syndicales, les fédérations de parents d’élèves, les représentants du patronat et les représentants du Ministère de l’Éducation nationale s’est également prononcé à une très forte majorité contre la mise en place des Bac Pro 3 ans. Pour une fois, même le patronat, s’est exprimé contre cette réforme, ce qui n’est pas anodin.
Le Ministère de l’Éducation est passé outre et a remplacé les BEP et Bac Pro 2 ans par des Bacs Pro 3 ans, mais n’a pas créé autant de classes qu’il en a supprimé.
Résultat l’offre de formation a été réduite, des spécialités ont disparu et le nombre de places offertes en lycée professionnel a diminué ce qui s’est traduit d’ores et déjà (d’où déjà) par une surcharge du nombre d’élèves dans les classes.
Ainsi les enseignements de base exigés pour préparer un Bac Pro sont restés les mêmes mais avec 25% d‘heures en moins, cette situation a conduit de fait à une dégradation en terme de qualité (moins de temps à consacrer à l’approfondissement de certaines notions fondamentales).

Cette année, nous assistons pour la énième fois à une diminution des heures d’enseignement (Heures poste) attribuées aux établissements scolaires et à un maintien des HSA (Heure supplémentaire année ) à un taux de 12%, malgré la promesse du Rectorat, en 2010, de faire baisser ce pourcentage d’HSA.
Le maintien de ce nombre important d’HSA au détriment des heures poste, induit une suppression importante de postes dans l’enseignement professionnel.
Mais quand(t), on parle d’enseignement professionnel, il ne s’agit pas uniquement des LP (Lycée professionnel) mais également des SEP (Section d’enseignement professionnel) implantées dans les lycées technologiques ou polyvalents (et) où l’enseignement est dispensé par des PLP (Professeur de lycée professionnel ).
Dans l’Académie de La Réunion, il y a 13 LP et 16 SEP qui à eux seuls accueillent pratiquement 45% des élèves issus de troisième. Il faut également savoir que le dernier LP construit à La Réunion est le LP Vue Belle en 1989 et depuis il n’y a eu que des SEP créées dans les lycées.

Lorsque le Rectorat parle de 70 postes supprimés dans les LP, il faut donc y ajouter les SEP pour comptabiliser tout l’enseignement professionnel. Les chiffres du Rectorat sont donc minimisés (sciemment ou non ?). En réalité, il faut donc compter 100 postes d’enseignants perdus en un an dans l’enseignement professionnel public. De plus lorsque le Rectorat calcule le nombre d’heures poste attribué à chaque établissement qui permettra de calculer le nombre de postes d’enseignants nécessaires dans le lycée, celui-ci se base sur le nombre d’heures minimal d’enseignement obligatoire pour chaque élève. Or on constate que des heures pourtant obligatoires ne sont pas prises en compte pour ce calcul.
Ainsi, pour pouvoir se présenter à l’examen du Bac Pro ou du CAP, les élèves doivent impérativement détenir le diplôme de Secouriste sauveteur du travail (SST). S’ils n’ont pas ce diplôme, même s’ils réussissent toutes les épreuves du CAP ou du Bac il ne leur sera pas délivré le diplôme du CAP ou du Bac. Pour le LP Vue Belle qui a la « chance » de cumuler, à lui tout seul, toutes les complexités du programme de l’enseignement professionnel en général, ces heures de SST représentent plus de 500 heures chaque année. Cet enseignement ne peut être dispensé que par un enseignant habilité or ce dernier n’étant pas prévu dans les heures d’enseignements de base cela ne peut être fait qu’en heures supplémentaires par enseignant habilité, ce qui représente à Vue Belle 7h par semaine ; ceci cumulé pour tous les établissements représente plusieurs milliers d’heures.
De même, 100 postes supprimés représentent plus de 2.000 heures semaine de cours en moins pour les élèves.

Quant à l’offre de formation, tous les établissements ont été conscients que ce passage de 4 ans à 3 ans de la formation à un Bac Pro allait réduire le nombre de places offertes dans l’enseignement. Pour pallier à cela, les établissements ont proposé, avec l’avis favorable de leur Conseil d’administration, la création de sections. Or, on a pu constater que ces demandes n’apparaissaient pas dans les documents du Rectorat, il n’y aura donc pas de créations de sections et donc de places offertes aux élèves de troisième. Et quant on sait que tous les ans plus de 500 élèves se retrouvent sans orientation en LP faute de place, on peut s’interroger. Situation aggravante : les BEP CSS (Carrières sanitaires et sociales) seront remplacés à la rentrée par un Bac Pro mais dans la proportion d’une classe de Bac Pro pour 1,8 classe de BEP supprimée, alors que tous les ans on avait 4 demandes pour une place offerte.

C’est pour l’avenir de nos enfants (car nombreux parmi nous sommes aussi parents) que les enseignants se battent et font grève.
La diminution de l’offre de formation, la diminution du nombre d’enseignants devant les élèves et la diminution des heures dispensées aux élèves vont engendrer une diminution de la qualité de l’enseignement dû à nos enfants. Au travers des Conseils d’administration, nous constatons déjà que les effectifs des classes pour la rentrée sont arrêtés à 36 par classe. Devant le manque de places ces effectifs risquent fort de passer à 40 élèves par classe, ce qui rendra encore plus difficile le suivi personnalisé de chaque élève et ne résoudra pas la problématique des élèves restés sans affectation.

Le gouvernement prétexte du déficit budgétaire de l’État pour diminuer de manière drastique les moyens octroyés à l’Éducation nationale en particulier dans l’enseignement professionnel, or ce même gouvernement a été capable de venir au secours de banques privées avec la plus grande célérité au moment de la crise financière en débloquant des milliards d’euros. Force est donc de constater que les choix politiques ne sont pas l’effet de fatalités budgétaires mais qu’ils ont pour objet de s’attaquer au service public d’Éducation afin de laisser tout ce pan de « marché » aux appétits financiers. Si nous ne réagissons pas, c’est l’École publique comme ascenseur social et vecteur de culture qui sera à jamais condamnée.

Didier Bourse,
Roland Ribes,
Pour le secrétariat académique du SNUEP-FSU Réunion


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