Luttes sociales

Les dockers demandent la suspension des menaces de licenciement

En attendant la fin de la grève, les containers à caractère d’urgence continueront d’être livrés

Manuel Marchal / 21 mai 2013

Au lendemain de la nomination d’un médiateur, la CGTR Ports et Docks a rappelé que les containers de médicaments et autres produits d’urgence seront déchargés malgré la grève. Les travailleurs demandent la suspension de la menace de licenciements, et que tout le monde soit autour de la table avec tous les éléments d’aide à la décision, ce qu’ont jusqu’à présent refusé les patrons.

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Ivan Hoareau, secrétaire général de la CGTR, Danio Ricquebourg, CGTR SERMAT, Michel Séraphine, secrétaire général de la CGTR Ports et Docks, Didier Thomas, secrétaire de la CGTR SERMAT, et Max Banon, membre du bureau confédéral.

Devant les grilles du port-Est, la CGTR Ports et Docks a tenu une conférence de presse en compagnie de deux membres du bureau confédéral : Max Banon et le secrétaire général du syndicat, Ivan Hoareau.
La veille, le préfet a nommé un médiateur dans le conflit à la SERMAT : Alix Séry, ancien directeur du Travail. Danio Ricquebourg (CGTR Ports et Docks) explique qu’un premier contact a eu lieu avec le médiateur. Le syndicaliste rappelle que le problème est né en 2005, quand la défiscalisation a été utilisée pour acheter les chariots cavaliers pour traiter les containers.
Face à l’intransigeance patronale, les dockers rappellent qu’ils sont toujours prêts à livrer les containers qui sont urgents. Au sujet des containers de médicaments cités la veille par le préfet, Danio Ricquebourg précise : « Qu’est-ce qui empêche les propriétaires des médicaments de les faire venir de Maurice, de nous donner la liste des containers. Nous les déchargerons, nous sommes volontaires ». « Nous n’avons pas attendu le préfet pour avoir proposé la livraison des denrées périssables ».

Accusation de détournement de fonds

Les travailleurs demandent que la transparence soit faite sur les coûts de la maintenance. Michel Séraphine, secrétaire général de la CGTR Ports et Docks, explique les liens entre les différentes sociétés : la SERMAT est un Groupement d’intérêt économique de trois actionnaires : les sociétés SAMR, SGM et SOMACOM. Toutes les trois sont des filiales de trois sociétés mères : SAMP pour SAMR, GGM pour SGM et SMF pour SOMACOM. Les trois sociétés mères sont co-actionnaires de MANUMAT, qui refacture les coûts à la SERMAT. Les comptes de la MANUMAT et des sociétés mères ne sont pas accessibles. Pour le syndicat, cette opacité doit être levée pour que tout le monde sache ce qui se passe.
Car d’après les premiers éléments dont disposent les dockers, les patrons de la SERMAT « vident la SERMAT de ses activités ». Ils dénoncent « un montage juridique qui consiste à vider ces entreprises (SAMR, SGM et SOMACOM) au profit des holdings, d’où des hausses massives de frais ». « On a créé une situation qui justifie artificiellement des licenciements », poursuit Danio Ricquebourg. « C’est un détournement des aides à travers la défiscalisation pour mettre les sociétés dans des situations dégradées », ajoute le syndicaliste, et en conséquence demander le licenciement de 50% du personnel de la SERMAT.
Ivan Hoareau précise que de tels montages complexes ne sont pas une nouveauté à La Réunion. Il cite le précédent du groupe Caillé. Quant aux menaces de licenciements, le secrétaire général affirme que l’on ne peut pas faire la conclusion avant toute négociation, « que l’on se mette autour d’une table ». Pour aller vers plus de clarté dans les dessous de cette affaire, un expert comptable de la Fédération CGT Ports et Docks arrive aujourd’hui, car « il faut aller plus loin dans les comptes des trois sociétés ». « Nous n’hésiterons pas à saisir la justice si nous constatons une gestion non orthodoxe des fonds ».

Qui veut une répétition de 1994 ?

Michel Séraphine dément toute baisse de trafic. En effet, les chariots cavaliers, entretenus par les travailleurs de la SERMAT, servent à décharger les containers. Le trafic de containers est en hausse constante, surtout depuis que le riz est livré sous cette forme. De plus, 50% du sucre est exporté sous forme de container alors qu’auparavant, tout était en vrac.
Ce qui a baissé, c’est le trafic du vrac, à cause de l’arrêt des grands chantiers et la bascule du riz vers les containers. Mais cela n’a entrainé aucune suppression d’emploi dans la société chargée de traiter le fret pauvre.
Le secrétaire général de la CGTR Ports et Docks constate également que la société SGM a adressé à ses employés une lettre où elle demande l’intervention de la force publique pour « protéger » les personnes qui voudraient faire fonctionner les chariots cavaliers. Michel Séraphine rappelle que c’est le même procédé qui avait été employé en 1994, quand les dockers manifestaient contre la mensualisation. C’est en réponse à un appel du patronat que 200 gardes mobiles avaient été déployées, et avaient tiré sur les dockers, mutilant à vie Théo Hilarion.
En conclusion, les dockers rappellent qu’ils sont prêts à lever la grève si les menaces de licenciements sont écartées, et si tout le monde se met autour de la table pour discuter des véritables coûts de la maintenance. En attendant, tous les containers ayant une marchandise à caractère d’urgence pour la population seront livrés.

Manuel Marchal

Alix Séry médiateur


Samedi après-midi, le Préfet Jean-Luc Marx a tenu une conférence de presse pour annoncer la nomination d’un médiateur dans le conflit à la SERMAT : Alix Séry.

« Il faut que les acteurs reprennent le dialogue », affirme le préfet, « ce dialogue doit concerner les effectifs, et l’organisation de la maintenance portuaire ».

Alix Séry a rencontré dimanche les représentants des dockers, et hier les patrons de la SERMAT.


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