Luttes sociales

Les jeunes font la différence dans la lutte

Céline Tabou / 1er août 2011

« Il faut travailler avec les jeunes et pour les jeunes », a été le mot d’ordre de la réunion de Haut niveau à New York, les 25 et 26 juillet 2011. Les intervenants ont évoqué, devant les centaines de jeunes présents, « les qualités propres à la jeunesse, telles que le dynamisme, l’audace, le dévouement aux idéaux de paix, d’amitié et d’ouverture à l’autre ».

« L’expérience nous a montré aussi comment les jeunes participent à la lutte contre le VIH/Sida et comment ils peuvent contribuer à faire une différence dans le combat contre la faim et la pauvreté », a indiqué Joseph Deiss, président de la soixante-cinquième session de l’Assemblée générale.

Un nouveau militantisme

Reconnaissant les révoltes arabes et tout particulièrement les luttes menées par les jeunes, le secrétaire général a rendu hommage à Mohamed Bouazizi, un jeune de 27 ans, dont l’immolation a été l’étincelle qui, à partir de la Tunisie, aura contribué à la chute de deux régimes autocratiques. Le Printemps arabe a pu être lancé grâce aux réseaux sociaux, qui sont « autant de facteurs d’inclusion et d’intégration sociale », et qui mettent en avant une nouvelle forme de militantisme et de solidarité envers les peuples.

La seconde table ronde, autour des “Obstacles au développement des jeunes et possibilités qui s’offrent en matière d’élimination de la pauvreté, de création d’emplois et de réalisation d’un développement durable”, a mis en évidence la nécessité « d’établir des partenariats pour intégrer les jeunes au développement de leurs pays respectifs et leur permettre ainsi de devenir non pas les dirigeants de demain, mais ceux d’aujourd’hui ». Des représentants d’organisations de jeunes ont d’ailleurs appelé les politiques « à moins parler des jeunes et à parler plus directement avec eux ».

A l’occasion de cette table ronde, le représentant de la Jordanie a souhaité : « Il faut aider les jeunes à être des décideurs, et pas uniquement des consommateurs ».
De son côté, le représentant de l’Italie, soutenu par la délégation suisse, a lancé un appel pour que l’âge minimum pour voter soit en général revu à la baisse.

Le représentant de la Belgique a souligné l’importance de prendre en compte les changements climatiques et d’y intégrer les jeunes dans les délégations des États membres. « Êtes-vous prêts à nous inclure à la table des négociations sur un pied d’égalité ? », a demandé à ce sujet le jeune délégué de Suriname.

Toutes ces propositions ont été appuyées par les déclarations du président de l’Assemblée générale sur le rôle des jeunes : « La jeunesse fait partie du présent, on ne doit pas uniquement en parler au futur ». Ce dernier a également parlé du « pouvoir dont disposent les jeunes pour façonner les sociétés dans lesquelles ils vivent ».

Chômage et guerre : deux corollaires contre la jeunesse

« Il faut travailler avec les jeunes en les considérant comme un atout et non pas comme un problème ». Monique Coleman, première porte-parole des jeunes pour les Nations Unies, a appelé les entreprises du secteur privé à faire preuve de responsabilité sociale. En effet, il y a une hausse du chômage (voir article page 7) dans le monde, et particulièrement chez les jeunes. « Depuis le début de la crise économique et financière, le taux moyen de chômage chez les jeunes a augmenté de 7%, et même quand ils ont un emploi, les jeunes sont exposés à des conditions de travail que l’on résume souvent par le terme diplomatique de “précaires” », a expliqué Jean Asselborn, Vice-Premier ministre du Luxembourg.

En plus des problèmes de chômage, les jeunes doivent faire face aux répercussions des conflits. « Les conflits ont fait qu’on n’entend plus la voix des jeunes, d’où l’importance d’adopter des politiques pour aider les jeunes à sortir du cycle de la violence et des crises récurrentes », a estimé un représentant de la société civile originaire du Liban.

De son côté, Ahmed Alhindawi, de l’association jordanienne “Leaders of Tomorrow”, a par exemple souligné combien l’accès à un emploi décent dans les pays arabes, « où le taux de chômage dépasse partout les 20% », était indispensable pour éviter que les jeunes chômeurs ne se radicalisent et rejoignent les rangs des terroristes. « Notre message à l’ONU est que les États doivent lutter contre la marginalisation des jeunes », a-t-il clamé.

Irina Bokova, directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a rappelé que 28 millions d’enfants sont privés d’éducation à cause des conflits, mais que seulement 2% de l’aide humanitaire destinée aux zones de conflit est consacrée à l’éducation. Dans la suite des déclarations de la directrice générale, le ministre de la Défense de l’Australie a estimé que les jeunes victimes de conflit avaient une perspective précieuse à offrir aux efforts d’édification de la paix et de reconstruction. « Leur participation permettrait d’établir une paix plus juste et plus durable », a renchéri la représentante de l’Arménie.

Invité d’honneur de La Réunion, Alek Wek a témoigné de la situation qu’elle a vécue au Sud-Soudan, et s’est dite « bouleversée » par les attentats d’Oslo et d’Utøya. Cette dernière a déclaré : « J’ai grandi en étant le témoin de bains de sang, et, comme en Norvège, ce sont de jeunes gens comme moi qui mourraient ». Alek Wek a espéré que la réunion de Haut niveau contribuera à donner plus de chances aux jeunes du monde entier de se réaliser « socialement et humainement ».

Céline Tabou


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