Luttes sociales

Les jeunes paient le prix de la stratégie de la démolition

5.400 travailleurs réunionnais de plus, mais 400 emplois en moins

Manuel Marchal / 19 juillet 2010

L’année 2009 a marqué véritablement un tournant. C’est en effet l’an dernier que la stratégie de la démolition a commencé à produire pleinement ces effets. Après le coup d’essai de l’arrêt du chantier de la rocade par Didier Robert, d’autres élus et le gouvernement se sont engouffrés dans la brèche en supprimant des chantiers et en diminuant de fait des crédits. La Direction du Travail, dans son "Bilan 2009", révèle que ce sont les jeunes qui ont payé le prix le plus lourd.

Dans le monde, la crise économique a lourdement frappé les jeunes. À La Réunion, ils sont également ceux qui ont été le plus touchés par les suppressions d’emplois. Mais les causes ne sont pas les mêmes. L’aggravation de la situation en 2009 est d’abord due aux effets de la stratégie de la démolition.
En mai 2007, Didier Robert décide de supprimer la rocade du Tampon. C’était un chantier de 100 millions d’euros prêt à démarrer, bouclé financièrement.
Les conditions de cette suppression ont alors donné des ailes à d’autres élus qui partagent un point commun avec Didier Robert : effacer sans proposer d’alternative immédiate.
Ce sont alors le Zénith intercommunal du Nord de La Réunion et le Pôle Océan qui ont vu leurs travaux brutalement stoppés en 2008. Là où devaient être investis des centaines de millions d’euros, il n’y a plus aujourd’hui que des parkings ou un terrain vague.
Parallèlement à ces décisions d’élus locaux, le gouvernement va également apporter sa contribution à la crise en annonçant sa volonté de remettre en cause la défiscalisation. Cette incertitude sur l’avenir du dispositif et les propositions qui ont filtré ont eu pour résultat une fuite des investisseurs potentiels, et donc au final une baisse des subventions de l’État via la défiscalisation.
Toutes ces décisions se sont combinées pour donner un coup d’arrêt au secteur le plus dynamique de notre économie, le BTP. Cette chute d’un des piliers de l’activité va entraîner l’effondrement de l’économie du pays, marqué par une récession encore plus grave qu’en France en 2009, alors que jusqu’alors, La Réunion affichait des taux de croissance bien au-dessus de la France.
L’effondrement n’est pas uniforme, et ce sont les jeunes qui font partie des plus touchés. Alors qu’ils sont déjà concernés par un taux de chômage deux fois supérieur à la moyenne mondiale (50% à La Réunion), les jeunes sont ceux qui subissent de plein fouet l’aggravation de la pénurie d’emploi provoquée par des décisions politiques.
Les déclarations prononcées par Raymond Torrès, de l’Organisation internationale du travail, concernent aussi La Réunion : « l’impact du chômage de longue durée sur la jeunesse peut être dévastateur et durable ». « Les jeunes, qui manquent d’éducation générale ou professionnelle et d’expérience, sont tout particulièrement vulnérables à la crise. Nombre d’entre eux qui ont du travail sont “surqualifiés” pour le poste qu’ils occupent. Un sentiment de découragement et de précarité se répand à toute vitesse », ajoute l’économiste de l’Organisation internationale du travail.
Alors que la jeunesse est la principale richesse d’un pays qui cherche à se développer, elle est poussée vers le chômage par une stratégie de la démolition qui continue à faire des ravages. Car les décisions d’arrêter le tram-train et de retarder le début du chantier de la nouvelle route du Littoral vont encore aggraver la crise.

Manuel Marchal


Taux d’activité : 10 points de moins qu’en France

Voici un extrait de l’étude de la Direction du Travail :

Au deuxième trimestre 2009, 323.900 Réunionnais sont en emploi ou au chômage et composent la population active, soit une augmentation de 1,7% par rapport au deuxième trimestre 2008. La population active des femmes augmente un peu plus vite que celle des hommes (2,3% contre 1,2%) et reste au dessous de 150.000.
Le taux d’activité des Réunionnais de 15 à 64 ans atteint 60,5% en 2009. Il est en hausse de 0,7 point par rapport à 2008, mais il reste nettement inférieur de 10 points à celui de la métropole. Cette différence s’explique notamment par le faible taux d’activité des femmes réunionnaises. Ce taux, bien qu’ayant augmenté de 0,9 point en un an, reste bas : 53,6%, contre 66,5% en métropole.
De manière générale, le taux d’activité des jeunes de moins de 25 ans est faible, 35% pour les hommes et 27% pour les femmes. De plus, il a baissé de 1,2 point pour les hommes et de 2,1 points pour les femmes. Enfin, le taux d’activité des séniors hommes (50 à 64 ans) a lui aussi diminué de 0,7 point.
Fin 2008, 246.900 Réunionnais sont en emploi, soit une baisse de 0,2% par rapport à fin 2007. L’emploi non salarié dépasse les 20.000 et progresse de 4,1%, alors que l’emploi salarié passe en dessous de 227.000 et diminue de 0,5%.


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