Luttes sociales

Les jeunes, premières victimes de la crise

La majorité des moins de 25 ans est déjà privée de travail

Céline Tabou / 18 mai 2010

Un chômeur sur cinq est un jeune de moins de 25 ans, et plus d’un jeune sur deux est privé de travail. Ce public est le plus touché par la crise économique, et les conséquences de celle-ci risquent de s’accentuer sur les jeunes diplômés ou non.

La France est l’un des pays d’Europe où le taux de chômage des jeunes est le plus élevé avec 21,5% pour les moins de 25 ans, et concernant cette tranche d’âge, le taux de chômage atteint les 24% au premier trimestre de 2010. Avec 0,1% de croissance au premier trimestre, l’aggravation de la situation en France, due en grande partie à la crise économique européenne, va se répercuter sur le pouvoir d’achat et l’embauche des jeunes.

À La Réunion, la situation est encore plus dramatique. Si les jeunes représentent une proportion identique dans le nombre total de travailleurs privés d’emploi, le taux de chômage des moins de 25 ans atteignait 51,1% fin juin 2009, c’est-à-dire avant que la situation sociale ne connaisse un nouveau pic d’aggravation.

Un phénomène amplifié

La crise économique s’étend rapidement aux pays de l’Union Européenne, si bien que les États ont décidé de mettre en place des plans d’austérité pour faire face. Par exemple, en Espagne, la crise économique a considérablement ralenti l’activité des entreprises. « L’effondrement du secteur de la construction, qui employait beaucoup de jeunes et d’immigrants, a eu un impact particulièrement important », explique Jose Antonio Herce, économiste rattaché à une importante firme de consultants de Madrid sur le site internet canadien “La Presse Affaire”. Une étude de l’OCDE a d’ailleurs révélé que « plus de 40% des jeunes actifs demeurent sans emploi. Pour les moins qualifiés, trouver un travail digne de ce nom représente un défi presque insurmontable » en Espagne.

Du côté français, pas d’alarmisme, ni inquiétude, « cette hausse du chômage est la conséquence directe de la baisse de l’activité au quatrième trimestre. Dans un contexte de crise économique et financière globale, les anticipations dégradées des entreprises ont pesé sur les évolutions du marché du travail », a indiqué Christine Lagarde, Ministre de l’Économie et de l’Emploi.

Cependant, cette crise va toucher en premier lieu les jeunes avec ou sans diplôme. Du secteur de l’intérim en souffrance au gel des embauches en passant par le gel des salaires, les jeunes sont directement touchés par la conjoncture. D’autant plus que les hausses du chômage des 15/24 ans et des 25/49 ans (+ 0,6 point sur un trimestre), ajoutés au chômage partiel, la fermeture d’entreprises et les difficultés financières de certaines, vont accentuer le chômage de masse et la précarité dans l’emploi.

En France, 12,5% des jeunes vivent sous le seuil de pauvreté, 13% des étudiants n’ont pas de complémentaire-santé et 25% d’entre eux renoncent aux soins faute de moyens. La précarité des jeunes est un problème connu depuis la fin des années 70, lors du tournant libéral de la société.

Cet exemple n’est pas unique, La Réunion risque de subir les conséquences de la crise économique, et de l’effondrement de la zone euro.

Didier Robert face aux réalités

A l’heure où la crise internationale touche l’Union Européenne, la France et La Réunion, les investissements diminuent considérablement. La réalisation des grands chantiers, dont le tram-train, relanceraient l’économie réunionnaise, mais également l’emploi pour les jeunes, formés à cet effet, ou qui pourraient suivre une formation en vue d’occuper un des nombreux emplois créés par ce chantier. Dans un tel contexte, Gilles Leperlier, Président de l’Alliance des Jeunes pour la Formation et l’Emploi à La Réunion (AJFER), a expliqué à "Témoignages" que la situation des jeunes à La Réunion était inacceptable, et que les choses devaient évoluer rapidement. Ce dernier lance l’appel de la "Priorité à l’embauche des Réunionnais". Il a indiqué que la fin des grands travaux « va entraîner une hausse du chômage à La Réunion », alors que l’île compte déjà 52% de sa population sous le seuil de pauvreté. Si Didier Robert décide de supprimer le projet du tram-train, il sera responsable de la « destruction de milliers d’emplois », ajoute Gilles Leperlier.

Céline Tabou


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