Luttes sociales

Les jeunes professeurs privés de postes demandent des comptes à Didier Robert

Collectif des listes complémentaires

Témoignages.re / 23 mars 2010

Toujours en attente de postes, les professeurs des écoles sur liste complémentaire ont demandé des explications au Rectorat hier. Résultat, seul deux jeunes professeurs sur les quinze de la liste seront affectés dans une classe sur décision du Ministère de l’Education. Le collectif demande aujourd’hui des comptes à Didier Robert, qui avait promis de plaider en faveur de ces jeunes reçus au concours.

Nous sommes déjà en mars 2010. L’heure presse pour les 15 jeunes sur la liste complémentaire du concours de professeur des écoles. Au Rectorat, on leur avait fait la promesse qu’ils seraient reçus à la rentrée de janvier pour faire le point sur leur situation. L’administration s’était engagée à repousser jusqu’à la fin de l’année scolaire le recrutement de ceux qu’on appelle les « listes complémentaires ». C’est finalement hier que le collectif a été reçu par le secrétaire général Eugène Krantz, après sollicitation d’un membre du collectif. Sur les 15 jeunes en attente d’un poste d’enseignant du premier degré, 5 ont répondu présents au rendez-vous du Rectorat, rejoints par Didier Debals du Saiper et Didier Gopal du Snuipp, deux syndicats enseignants.
Le collectif a été reçu vers 11h30 par le Rectorat. Il a ainsi appris que les deux premiers de la liste complémentaire seraient affectés à un poste dès la fin des vacances, sur décision du Ministère.
L’un des jeunes, présents à la réunion, a d’ailleurs affirmé qu’il avait reçu la lettre du Rectorat lui annonçant son affectation. Un soulagement pour ce dernier, mais une déception pour les autres car le Rectorat leur a bien fait comprendre qu’il y avait peu d’espoir pour l’intégration des 13 autres candidats de la liste complémentaire. « Il reste un mois pour les écrits. La loi dit que la liste complémentaire est fermée dès que les écrits commencent », affirme Grégory Illan, l’un des jeunes de la liste complémentaire, à l’initiative de ce rendez-vous. Et même si le Rectorat a promis de repousser l’échéance à la fin de l’année scolaire, les listes complémentaires ne veulent plus y croire. D’autant plus que, selon leurs informations, sur les 70 professeurs des écoles mutés à La Réunion et en surplus depuis le début de l’année scolaire, une quarantaine n’avaient pas encore de poste après les vacances de décembre-janvier. « Certains refuseraient même de faire des remplacements à Salazie ou dans la Nord, alors qu’ils ont été mutés dans le Sud et n’ont pas de poste. Le pire, c’est qu’ils ont le droit de refuser ces remplacements », confie, écœuré, l’un des jeunes de la liste complémentaire.

Aucun dispositif d’aide

Les reçus de la liste complémentaire ne sont pas opposés à ces transferts d’enseignants en provenance de la métropole. Mais ils réclament plus « d’égalité ». Le Rectorat a admis que ces transferts relevaient d’une « erreur » et qu’il demanderait à l’administration centrale de ne pas la reproduire à la prochaine rentrée, rapporte Gregory Illan.
Concernant le « dispositif d’aide » pour ceux qui devront repasser le concours, promesse du conseiller du ministre de l’Education lors de sa dernière visite, il semblerait que le Rectorat n’ait pas été averti. « On nous a dit que c’était un peu tard et que c’était un engagement du conseiller et non du Rectorat », indique encore Gregory Illan. Les cinq jeunes prétendants au métier de professeur des écoles sont au final ressortis déçus de cet entretien.
Alors, que faire maintenant ? Sandrine Arginthe confie que le collectif a été reçu à deux reprises par un conseiller de Didier Robert, avant les vacances de décembre puis pendant la campagne des élections. « Le conseiller nous a dit qu’il allait monter le dossier et le défendre à Paris en faisant jouer l’argument budgétaire. Car sur 6.500 professeurs du Primaire à La Réunion, les 15 de la liste complémentaire ne représentent même pas 1% », raconte la jeune femme qui a tenté de prendre des nouvelles du dossier auprès de ce conseiller la semaine dernière. « Je n’ai eu aucune réponse », dit-elle.
Le collectif tentera peut-être d’alerter en personne le nouveau président de Région, Didier Robert, cette semaine. Après les effets d’annonce en faveur de l’emploi des Réunionnais diplômés pendant les élections, ces jeunes enseignants attendent désormais des actes forts. Nicolas Sarkozy lui-même avait annoncé parmi les mesures du Conseil Interministériel de l’Outre-mer l’embauche, à compétences égales, de fonctionnaires de catégorie A originaires de l’Outre-mer. Or, contrairement aux Académie de l’Hexagone, où les besoins en enseignants sont moindres, La Réunion connaît depuis quelques années une baisse considérable des postes ouverts au concours régional de professeur des écoles (environ 80 postes en 2009).
« Le combat mené aura au moins profité à deux d’entre nous », lance Grégory Illan, qui s’est fait à l’idée de « travailler dur pour avoir le concours une deuxième fois ». A noter qu’au lendemain des élections régionales, aucun homme ou femme politique n’a daigné répondre à l’invitation du collectif des listes complémentaires. Des jeunes qui se sentent aujourd’hui abandonnés dans leur combat.


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