Luttes sociales

Les jeunes Réunionnais au rendez-vous de la responsabilité

Mobilisation contre la réforme des retraites

Manuel Marchal / 29 octobre 2010

Plusieurs milliers de Réunionnais ont défilé hier dans deux cortèges à Saint-Denis et à Saint-Pierre. Très largement représentés, les jeunes ont été au rendez-vous de la responsabilité et ont apporté un formidable dynamisme aux manifestations. Ils rappellent que La Réunion dont la principale richesse est sa jeunesse, mais une jeunesse qui est durement touchée par le chômage. Cette jeunesse réunionnaise se lève et se prend en main pour refuser d’être une génération gaspillée.

Depuis lundi, les jeunes sont entrés pleinement dans la bataille contre la réforme des retraites que le gouvernement tente d’imposer. Les votes des sénateurs et des députés, ainsi que les informations venues de France tentant de faire croire à l’opinion que le plus gros de la mobilisation est passé n’ont en rien entamé la détermination de la jeunesse.
Hier, ces jeunes étaient très nombreux dans les défilés. Ce sont eux qui en constituaient la majorité. C’est une proportion qui n’est pas étonnante, car les jeunes forment la plus importante tranche d’âge de notre population. 35% des Réunionnais ont moins de 20 ans, et 63% moins de 40 ans. Ce sont des chiffres beaucoup plus importants qu’en Europe, lieu d’origine du modèle qui est appliqué dans notre île.
Ces jeunes ont pris conscience des conséquences dramatiques du projet du gouvernement. La réforme des retraites va obliger un salarié à garder son emploi jusqu’à 67 ans pour espérer obtenir une retraite décente, réduisant d’autant les possibilités d’embauche pour les jeunes à la sortie de l’école. Et rien ne dit qu’un gouvernement animé de la même idéologie ultra-libérale ne va pas encore repousser l’âge du départ à la retraite à 70 ans au prétexte que dans quelques années, l’espérance de vie aura encore augmenté en France.
Cette réforme se situe donc à l’opposé d’une mesure adaptée à notre situation, le congé solidarité. Mis en place en 2000 et cassé par le gouvernement, le congé solidarité visait à concilier la lutte contre le chômage des jeunes, et la possibilité pour les aînés de partir plus tôt, tout en préservant leur droit à une retraite décente. Le départ en préretraite d’un travailleur de 55 ans était donc co-financé par les pouvoirs publics à condition que l’entreprise embauche un jeune de moins de 26 ans pour remplacer ce départ.
En allongeant le temps de travail, le gouvernement accentue donc la pénurie d’emploi à La Réunion. Or, ce sont les jeunes qui sont les plus touchés par cette pénurie car plus de la moitié est privée de travail. Pour enrayer cette aggravation, les jeunes ont donc décidé de se faire entendre. Et puisque le dialogue est bloqué par le gouvernement, la jeunesse est venue massivement dans la rue aux côtés des travailleurs pour réaliser l’alliance des générations contre le projet du gouvernement.
L’implication des jeunes dans le mouvement est un changement important. Ils ne veulent plus que les décisions qui les concernent soient prises sans eux. Mobilisés pour être les acteurs de leur destin, les jeunes Réunionnais ont décidé d’être au rendez-vous de la responsabilité.

 Manuel Marchal 


Retraites

75% des Ultramarins opposés à la réforme du gouvernement

Voici un extrait d’un communiqué publié hier par IPSOS Océan Indien :

« Les observateurs ont pu noter la faiblesse de la mobilisation en Outremer durant le mois d’octobre contre la réforme des retraites (« Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on était bien loin des taux de participation record de l’Hexagone » dans “France Antilles” du 13 octobre ; « Les syndicats comptaient sur cette journée de mardi pour créer un rapport de force contre le projet de réforme des retraites. Pari raté à La Réunion » dans “le Journal de l’île de La Réunion”, sur son site Clicanoo le 12 octobre).
Pour autant, parmi les 1.520 personnes interrogées par IPSOS DOM à La Réunion, en Martinique et en Guadeloupe, les trois quarts (75%) se déclarent défavorables au projet de réforme des retraites du gouvernement (20% favorables et 5% sans opinion).
Paradoxe ? Sans doute non. Si les populations d’Outremer sont, sans ambiguïté, majoritairement opposées au projet de réforme des retraites (à l’instar de leurs concitoyens de l’hexagone), leurs préoccupations principales sont ailleurs : emploi et pouvoir d’achat avant tout. L’ampleur des manifestations de 2009 l’avait, pour mémoire, parfaitement illustré ».


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