Luttes sociales

Les Mahorais dans la rue pour la sur-rémunération à au moins 53%

Fonction publique

Céline Tabou / 7 juin 2013

Les syndicats des trois fonctions publiques de Mayotte ont conduit une grève contre le gouvernement depuis le début du mois de mai. Ils dénoncent une proposition insuffisante : un taux d’indexation de 40%, « largement inférieur au coût réel de la vie et aux conditions de vie à Mayotte », a expliqué l’intersyndicale, le 14 mai 2013.

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À Mayotte, la politique des revenus est encore plus inégalitaire qu’à La Réunion. Le RSA n’est pas encore appliqué à 100%, les gendarmes ont une sur-rémunération de 90%, et les fonctionnaires mahorais n’ont pas le même traitement que les expatriés.

Après plusieurs mouvements de contestation sur cette question, le gouvernement avait décidé de fixer l’indexation à 40% sur 8 ans, rejeté par l’Intersyndicale : « soit 5% par an jusqu’en 2020. Nous n’avons bien sûr pas accepté ! », a indiqué Hamidou Madi M’Colo, de la délégation syndicale de Force ouvrière, aux médias.

5% par an jusqu’en 2020

La proposition du gouvernement a été massivement rejetée par les syndicats, qui souhaitent une indexation à 115%, ce que refuse de son côté le gouvernement. Le compromis possible serait « un taux réunionnais, soit 53% ». Après des semaines de discussions et de négociations, les deux parties en présence campent sur leurs positions.

Le 17 mai, le ministre des Outremers, Victorin Lurel, a calmé les tensions en indiquant que le statut de département indiqué une entrée dans le droit commun de Mayotte. Le ministre a toutefois précisé qu’il fallait demander « une participation à l’effort national », ajoutant que « le taux d’indexation retenu est de 40% pour tous les Outre-mer », sauf pour La Réunion, qui est de 53%. Suite aux déclarations du ministre, l’intersyndicale a réaffirmé « sa volonté d’aboutir à un compromis sur les dossiers inhérents à l’indexation des salaires ».

Dans un communiqué de presse, les syndicats ont indiqué que « bien que trop éloignée par rapport à la hauteur des enjeux, l’intersyndicale prend acte de la date du 10 juin (à Paris) prochain et souhaite donner toutes ses chances aux négociations. Ainsi, conformément aux habilitations accordées par le gouvernement, au préfet de Mayotte, nous demandons la mise en œuvre immédiate des discussions préparatoires aux prochaines rencontres et notamment sur le taux d’indexation, l’échéancier, la situation des non titulaires et sur le dispositif indemnitaire ».

Dès le 17 mai, l’intersyndicale avait prévenu que « le gouvernement confirme dès à présent, sa disponibilité à tout mettre en œuvre pour l’aboutissement d’un compromis satisfaisant pour les agents publics à Mayotte sur l’ensemble des revendications contenues dans la plateforme intersyndicale du 3 avril 2013. À défaut, les agents publics de Mayotte seront mobilisés, cette fois-ci, en grève illimitée à compter du 28 mai 2013 ».

L’enlisement des négociations

Après des semaines de négociations, « le compte n’y est pas ! » a dénoncé l’intersyndicale, qui a décidé de lancer une opération « île morte » pour le 28 mai, appelant également à une « mobilisation générale ». Le sur-place dans les discussions exaspère les syndicats qui demandent depuis 2007 que soit appliqué à Mayotte « le même système d’indexation des salaires des fonctionnaires que dans les autres territoires d’outre-mer », a indiqué Mayotte Hebdo.

L’intersyndicale a dénoncé les prises de position du gouvernement qui « ne cesse de souffler le chaud et le froid ». Le prochain rendez-vous est fixé au 10 juin, une date que beaucoup de syndicalistes ne voient pas comme l’aboutissement. « L’État nous signifiera-t-il ses décisions ou y aura-t-il de véritables négociations sur l’ensemble de nos revendications ? ». Les fonctionnaires en grève qui ne sont pas encore indexés demandent « que le gouvernement revoie sa copie et qu’il se décide enfin à une véritable négociation, en toute clarté » en proposant un taux de sur-rémunération tenant « de la réalité du coût et des conditions de vie à Mayotte ». Les grévistes demandent également « une prise en compte des non titulaires », non concernés par ce dispositif.

Le 21 mai, l’intersyndicale s’est entretenue avec le préfet Jacques Witkowski afin de connaître les tenants et aboutissants de la prochaine réunion. À la sortie, les syndicats n’ont pas obtenu de réponses à leurs interrogations et ont maintenu la mobilisation du 28 mai. La mobilisation aura réuni entre 600 et 1.000 manifestants pour les syndicats (450 pour la Police).

Des syndicats déterminés

En dépit d’une « île morte », les manifestants se sont entretenus avec le préfet, qui a indiqué que « le Gouvernement est prêt à mettre en place avec les organisations syndicales de la fonction publique une méthode de travail pour aborder les questions portant sur l’évolution des fonctions publiques mahoraises dans le cadre de la départementalisation. Mandat me sera donné pour réunir localement les organisations syndicales. Ce travail devra concerner au premier chef le suivi des accords de 2009 ».

Depuis le 28 mai, la tension est persistante, mais la mobilisation reste dispersée. Le document fourni par la préfecture lors de la rencontre ne garantit pas que « le gouvernement mettra en œuvre les moyens nécessaires pour aboutir à un compromis satisfaisant », a dénoncé le Syndicat national unitaire des instituteurs professeurs des écoles et Pegc. Dans un communiqué de presse, le SNUIPP a appelé au respect de « l’équité régionale, qui prenne en compte les réalités locales tel le taux actuel de 90% versé aux gendarmes ». Face à cette situation, l’intersyndicale craint une radicalisation de la protestation à l’approche du 10 juin.

Céline Tabou


Kanalreunion.com