Luttes sociales

Les négociations piétinent

Retraites complémentaires

Céline Tabou / 8 mars 2013

Les négociations sur les régimes de retraite complémentaire du secteur privé ont débuté en février afin de trouver une solution à leur situation financière délicate. Devant prendre fin le 7 mars, les négociations n’avancent pas sur l’avenir des retraites complémentaires Agirc-Arrco.

L’Agirc (retraites complémentaires des cadres du secteur privé) et l’Arrco (tous les salariés du privé) sont gérés par les partenaires sociaux et ont un déficit de près de 4,5 milliards d’euros. C’est pour cette raison que les syndicats et le patronat doivent parvenir à un accord afin que les premières mesures puissent intervenir le 1er avril, date de revalorisation des pensions.

« Aucune modification »

Les régimes complémentaires ont souffert de la crise économique et financière, si bien que ses recettes se tarissent, alors que les dépenses sont en hausse régulière et soutenue avec l’arrivée des baby-boomers à l’âge de la retraite. Déficitaires depuis trois ans, l’Agirc et l’Arrco ont besoin d’un financement de plus de 10 milliards d’euros à l’horizon de 2017. L’objectif de ces négociations est « d’assurer la pérennité de régimes qui versent souvent un tiers, voire la moitié des pensions globales des salariés du privé », a noté le quotidien économique “Les Échos”.

Le MEDEF a proposé un nouveau projet d’accord, sur lequel certains syndicats se sont exprimés hier en début d’après-midi. « Le texte ne comporte pas de vrai changement. La négociation n’a pas réellement commencé » , a critiqué Eric Aubin, négociateur de la CGT, lors d’une interruption de séance le 7 mars. D’après le quotidien “Les Échos”, le projet de texte d’accord remis par le patronat ne comportait « aucune modification » , ce qu’ont d’ailleurs regretté les cinq syndicats représentatifs (CGT, CFDT, FO, CFTC, CGC).

« Même si nous ne parviendrons probablement pas à ramener les déficits à zéro, il faut les réduire. Faute d’accord, avec les règles actuelles, le déficit se creuserait automatiquement de plus d’un milliard dès cette année », a expliqué dans “Les Échos” Danièle Karniewicz, négociateur de la CGC.

Pour Éric Aubin, « Si nous ne trouvons pas de solution d’ici là (31 mars - NDLR), nous devrons le faire à l’occasion de la réforme du régime général, ce qui était déjà prévu pour 2013 ».

Trouver des recettes

Selon le journal “Sud Ouest”, les négociations se sont cristallisées lorsque le ministre du Budget, Jérôme Cahuzac, a laissé entendre que les partenaires sociaux se mettraient d’accord pour désindexer les retraites, ce qui signifie augmenter les pensions à un rythme moindre que l’inflation, comme le demandait le MEDEF. « Il y a eu un deal entre eux », a estimé Éric Aubin, qui constate que depuis, le patronat s’est tendu et les négociations sont restées vaines.

Bien que le 14 février dernier, les syndicats s’étaient mis d’accord pour augmenter les cotisations, le patronat avait de son côté accepté de relever le « taux d’appel » des cotisations, ce qui aurait permis de collecter plus de recettes. Cependant, la CGT et la CFDT ne veulent pas de cette mesure qui ne crée par de nouveaux droits, mais collecte d’avantage de ressources.

Jean-Louis Malys, le négociateur de la CFDT, a expliqué que « la répartition sous- entend que les sommes prélevées sur ceux qui travaillent sont entièrement reversées aux retraités ».

Le nouveau texte concerne la façon dont les pensions seront revalorisées le 1er avril prochain. Le patronat propose que les pensions soient désindexées pendant cinq ans. Au lieu de suivre la progression des prix, la part complémentaire des retraites progresserait de 1 point de moins que l’inflation jusqu’en 2017.

Prêts à accepter le principe d’une désindexation, les syndicats ne veulent pas une durée aussi longue. De plus, la CFDT demande que la mesure soit moins dure pour les petites pensions. Au dernier jour de la négociation, le MEDEF a concédé une progression limitée à 0,5% le 1er avril 2013 pour les pensions Agirc, qui sont touchées par les seuls cadres retraités. Les pensions Arrco, versées à tous les retraités du privé, progresseraient, elles, de 0,8%. Dans les deux cas, la hausse serait nettement moins élevée que l’inflation, prévue à 1,8% cette année. Pour 2014 et 2015, l’ensemble des pensions progresserait d’un point de moins que l’inflation.

Céline Tabou


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