Luttes sociales

Les parlementaires face à la pauvreté

Initiative de la Fondation Abbé Pierre : 60e anniversaire de l’Appel de 54 au Sénat

Céline Tabou / 5 juillet 2014

Dans le cadre du 60e anniversaire de « l’appel de 54 » de l’abbé Pierre, une centaine de personnes mal logées ou sans domicile s’est exprimée jeudi au Palais du Luxembourg. Résidents des Pensions de famille et habitués des Boutiques Solidarité ont témoigné de la précarité de leurs conditions de vie.

Logement, 115 (numéro d’urgence pour les sans-abri) et accès aux droits ont été au cœur des interventions. Rarement écoutées, ni comprises, ces personnes ont pu chacune à leur tour prendre la parole et exprimé leurs difficultés face à leurs élus.

Se loger, un problème crucial

Pour l’un des intervenants, les délais d’attente sont « beaucoup trop longs » concernant le Fonds de solidarité pour le logement. Il s’agit d’une aide financière destinée aux personnes qui rencontrent des difficultés pour assurer leurs dépenses de logement. Celle-ci permet le financement du dépôt de garantie, le premier loyer, l’assurance du logement, mais aussi le remboursement des dettes de loyers et charges comprises dont le règlement conditionne l’accès à un nouveau logement, ainsi que les impayées de factures d’eau, d’énergie et de téléphone.
Un autre a évoqué l’insalubrité de certains logements loués par des « marchands de sommeil », où l’on trouve « cafards, rats et fils électriques sans protection ». Une intervenante a évoqué « le cercle vicieux empêchant les personnes sans emploi d’obtenir un logement et les sans-domicile de décrocher un emploi », a noté le quotidien La Croix. Ces doléances font écho au récent rapport de la Fondation Abbé Pierre qui dénombre près de 3,5 millions de personnes en situation de mal logement et plus de 5 millions de personnes fragilisées par rapport au logement.
Comme l’a annoncé l’INSEE dans sa dernière note sur les revenus des ménages, les personnes salariées sont de plus en plus confrontées à la pauvreté et parviennent difficilement à en sortir. Plusieurs personnes ont évoquées leur situation personne, comme une mère dont les enfants sont contraints d’étudier « dans les toilettes ou les couloirs », un quadragénaire vivant d’hôtel en hôtel avec sa compagne, ou encore un ancien salarié, ayant un revenu de 1.500 € par mois, qui vit dans un « taudis ».

Mettre en avant la solidarité

Parmi les propositions faites par les résidents des Pensions de famille, il a été évoqué la réquisition par l’Etat des logements laissés vacants. Un des cinq Réunionnais venu participer à ces échanges a évoqué l’augmentation des amendes pour les maires refusant de construire des logements sociaux.
L’ensemble des sénateurs présents ont écouté avec attention les témoignages des personnes, évoquant à leur tour un problème grave : « la crise du logement ». Pour Claude Dilain, sénateur (PS) de Seine-Saint-Denis, « il y a une pénurie de logements. Les municipalités préfèrent payer des amendes plutôt que d’en construire. C’était même l’un des arguments électoraux de candidats frontistes, qui promettaient de ne pas loger les pauvres près des électeurs ».
Pour sa part, Pierre Laurent, sénateur de Paris et secrétaire national du PCF, a résumé en une question : « Est-ce que l’on doit aborder le logement comme un droit ou comme un marché sur lequel certains se font de l’argent ? ». Une question à laquelle il a répondu, indiquant que la deuxième option était largement prédominante aujourd’hui.
Les élus ont mit l’accent sur « un problème de solidarité ». « Nous devons, dans nos collectivités, faire primer le choix de la solidarité sur d’autres choix politiques », a estimé la sénatrice communiste Annie David. De son côté, Yannick Vaugrenard, sénateur (PS) de Loire-Atlantique et auteur d’un rapport sur la pauvreté, a expliqué qu’« il faut cesser de stigmatiser les plus démunis. Vous n’êtes pas des assistés, mais des ayants droit de la démocratie ». Raison pour laquelle, selon lui, « nous devons être les porte-parole des sans-voix. C’est notre devoir en tant que parlementaires ».

Céline Tabou



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  • Le sénateur, Pierre Laurent, a raison quand il dénonce cette situation où certains s’enrichissent grace à la crise du logement.

    A mon avis , il faut être vigilant quand à la destination des terrains constructibles , afin que le plus grand nombre puisse bénéficier des loyers à prix accessibles.

    Enfin je pense que c’est dans une démarche concertée, des divers partenaires ,etat, collectivités, associations, on pourrais éffacer les malendus et recadrer les actions dans le sens d’une plus grande justice sociale.

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