Luttes sociales

Les pauvres encore plus pauvres

Hausse des inégalités en France

Céline Tabou / 3 juillet 2014

D’après une étude de l’INSEE, sur « Les revenus et le patrimoine des ménages », les pauvres sont encore plus pauvres qu’avant et les riches plus riches. Un fait alarmant, il est de plus en plus difficile de sortir de la pauvreté depuis la crise, qui touche désormais les chômeurs et les salariés.

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A La Réunion, la proportion de pauvres et les inégalités sont plus grandes qu’en France. (photo Toniox)

Dans son analyse, l’INSEE a indiqué que « contrairement à 2010 où pratiquement toutes les catégories de population avaient été concernées par une baisse de niveau de vie, l’évolution en 2011 est plus contrastée ». En effet, le niveau de vie des plus pauvres s’est détériorée a contrario de celui des plus riches. 40% des personnes les plus modestes ont vu leur niveau de vie diminuer entre - 0,2% et - 0,8%, alors qu’à l’inverse, les 40% des plus riches ont vu le leur augmenter entre + 0,1% et + 0,8% et même 20% des plus aisés, ont vu leur niveau croitre de + 2,2%.

Une pauvreté croissante

Jérôme Accardo, chef du département des prix à la consommation de l’INSEE, a expliqué lors d’une conférence de presse, que la proportion des personnes pauvres a « continué de s’accroître », avec un taux de pauvreté s’établissant à 14,3%, soit + 0,3 point en un an, de la population totale.
Pour l’INSEE, une personne est qualifiée de « pauvre » lorsque son niveau de vie est inférieur à 60% du niveau de vue médian de l’ensemble de la population, soit 978 euros par mois en 2011. Pour l’année 2011, la hausse de la pauvreté en France touche en premier lieu les chômeurs et ensuite les salariés. En effet, le taux de pauvreté des chômeurs est passé de 35,8% à 38,9% entre 2010 et 2011. Celui des salariés est passé de 6,3% à 6,9%.
« Une telle hausse du taux de personnes pauvres parmi les salariés n’avait pas été enregistrée depuis 2007 », a noté l’INSEE, qui a indiqué qu’une « quasi-stabilité des bas salaires en euros constants et même une baisse de 0,3% du Smic horaire brut en moyenne annuelle ». Depuis la crise de 2008, l’INSEE a relevé une « forte persistance de la pauvreté », car en 2010, 34% des personnes pauvres sont sorties de la pauvreté, 66% y sont restées et 6% des personnes non pauvres y sont entrées. Sur deux années, 2009 et 2010, 18% de la population française a connu la pauvreté.

Difficile d’en sortir

« Depuis la crise, il est plus difficile qu’avant de sortir de la pauvreté », a souligné Simon Beck, chargé d’études à la division revenus et patrimoine des ménages. « Le risque de rester pauvre est relativement important » car en « même en tenant compte des caractéristiques de l’individu et du ménage auquel il appartient, la probabilité de demeurer pauvre d’une année sur l’autre reste plus élevée que celle de le devenir », pour l’INSEE.
D’ailleurs, selon l’INSEE, entre 2004 et 2005, 42% des personnes pauvres sont sortis de la pauvreté, mais le taux est tombé à 35% entre 2009 et 2010. « Au total, la hausse du taux de pauvreté observée ces dernières années apparaît donc plutôt due à un accroissement de la persistance dans la pauvreté », a précisé l’institut. Toutes les catégories socioprofessionnelles confondues sont concernées par cette hausse de pauvreté. Les cadres et professions intermédiaires sortent plus vite de la pauvreté au bout d’un an, alors que les ouvriers ou les inactifs y parviennent très difficilement.
Des évènements personnels peuvent aussi être les causes de l’entrée et de la sortie de la précarité, selon l’INSEE. L’institut donne l’exemple qu’une séparation peut augmenter la probabilité de devenir pauvre, alors qu’une naissance au sein d’un ménage diminue le risque de pauvreté.

Céline Tabou


Kanalreunion.com