Luttes sociales

Les pauvres victimes des préjugés

Journée mondiale du refus de la misère

Témoignages.re / 16 octobre 2014

97% des personnes interrogées ont des préjugés sur les pauvres et la pauvreté indique le résultat d’un sondage publié à la veille de la Journée mondiale du refus de la misère.

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Un Réunionnais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. (Photo Toniox)

À l’occasion de la journée mondiale du refus de la misère et de la sortie de l’édition 2015 du livre En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté, ATD Quart Monde a voulu mesurer la diffusion de ces idées dans l’opinion publique française. Grâce à l’institut BeBetter&Co et à Opinionway, 1055 personnes ont été soumises à une série d’idées que l’on entend fréquemment. Il leur a été demandé si ces allégations leur semblaient justes ou non.

Préjugés les plus répandus

· Les préjugés les plus présents chez nos concitoyens sont d’ordre économique.
· 7 Français sur 10 pensent qu’il est facile d’obtenir des aides alors même que le pourcentage de personnes qui ne demandent pas les aides auxquelles elles ont droit (de 29 à 70% de non recours selon les droits) conduit pourtant à penser le contraire.
· 65 % pensent que la lutte contre la pauvreté coûte cher aux classes moyennes. Pourtant, les classes moyennes inférieures reçoivent, en retour des taxes, impôts et cotisations qu’ils paient (43% de leurs revenus), l’équivalent en aides, assurance maladie et retraite (42%).
· 71 % pensent que les pauvres ne paient pas d’impôts, oubliant ainsi la principale taxe : la TVA.
· 63 % pensent que les minimas sociaux découragent les gens de travailler. Plusieurs études ont montré qu’une majorité de personnes veut travailler, même sans augmentation substantielle de leurs revenus.

· Les Français sont conscients de la dureté de la situation de ceux qui subissent la pauvreté : 61 % considèrent qu’il existe une discrimination des personnes pauvres dans l’accès au logement. 60 % pensent que dans notre système scolaire, un enfant défavorisé n’a pas les mêmes chances de réussir que les autres. 58 % savent que la manche ne permet pas de vivre correctement. Ils savent aussi à 43 % que les pauvres ne fraudent pas plus que les autres (¼ ne se prononcent pas).

Casser les préjugés, c’est possible

Pour mesurer la persistance de ces préjugés, ATD Quart Monde a présenté aux sondés de courts textes déconstruisant chaque idée reçue. Puis il leur a été demandé si cette lecture avait conforté ou modifié leur opinion.
· En moyenne, 1/3 des sondés déclarent avoir été convaincus par le court argumentaire, moins de 300 signes en moyenne. Avec un argumentaire plus développé, le taux de conversion aurait sans doute été encore meilleur. Ces résultats mettent en relief le potentiel des médias dans la déconstruction des préjugés.
· Cependant, quelques idées restent ancrées. Parmi ceux qui pensent que les pauvres font des enfants parce que les allocations leur donnent plus de pouvoir d’achat, 1 personne sur deux ne change pas d’avis. 46 % considèrent toujours qu’en France, c’est facile d’obtenir des aides 49 % continuent à penser que les minimas sociaux découragent les gens de travailler et 42% restent persuadés que la lutte contre la pauvreté coûte cher aux classes moyennes.

Lutter contre la pauvreté, c’est le rôle de qui ?

En fin de questionnaire, on a cherché à voir quelles pistes les Français privilégiaient pour la lutte contre la pauvreté et comment ils voyaient leur degré d’implication. Premier point important, ils sont conscients de l’importance des associations, de leurs bénévoles et de leurs donateurs. Ceux-ci sont cités comme ceux qui agissent le plus pour lutter contre la pauvreté. Mais 64 % des Français considèrent que l’État devrait agir davantage, puis le département (19%) ou la Région (14%).

La lutte contre les préjugés est, cette année, au coeur de la journée mondiale du refus de la misère, car ils sont à la source de présomptions d’incapacité des pauvres (à travailler, à tenir un logement, etc.), causes de discriminations quotidiennes qui compromettent l’accès aux droits. ATD Quart Monde et ses partenaires demandent toujours la reconnaissance de la discrimination pour précarité sociale : www.jeneveuxplus.org


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