Luttes sociales

Les planteurs ne veulent pas devoir de l’argent aux usiniers

Grève des livraisons dans le Nord et l’Est

Témoignages.re / 21 juillet 2010

Commencé hier, l’arrêt des livraisons de cannes pour l’usine de Bois-Rouge continue ce matin. Les 1.800 planteurs veulent obtenir la satisfaction des revendications avant le retour à la normale. Une nouvelle négociation est prévue aujourd’hui entre planteur et usinier. Dans l’attente d’une issue positive, la situation reste bloquée de Savanna à Sainte-Rose.

Les planteurs bloquent les livraisons à l’usine de Bois-Rouge depuis hier 8 heures, à l’appel de l’intersyndicale CGPER, FDSEA, Jeunes Agriculteurs.
Les faits remontent à la campagne sucrière de 2009. Quelques planteurs du Sud de l’île ont été accusés de « fraude à la richesse de la canne ». « Depuis, les usiniers ont décidé d’appliquer plus strictement le protocole d’analyse de la richesse de la canne », constate Jean-Patrice Pounoussamy, vice-président de la CGPER.
Mais selon le responsable syndical, « cet échantillonnage n’est pas fait à l’endroit où il y a le plus de sucre », ce qui réduirait son niveau de richesse. Ainsi, certains planteurs ont constaté une baisse allant jusqu’à 4 points, passant de 11 points de richesse à 7 points.
« Nous perdons de l’argent », déplore le vice-président de la CGPER qui rappelle qu’à chaque début de campagne, les usiniers avancent des fonds aux agriculteurs selon un certain seuil de richesse. Cette année, le taux retenu est de 11,88 points, soit 29,09 euros par tonne de canne. « Avec ces nouvelles mesures, nous devons de l’argent aux usiniers. Ce n’est pas normal », lâche un planteur de canne.
Interrogé sur la possibilité que la richesse de la canne soit « naturellement basse » en ce début de saison, le responsable syndical répond : « C’est fort possible. Il y a eu beaucoup de pluie ces derniers temps, ce qui a empêché la canne d’arriver à maturation. Mais cette application rigoureuse du protocole de mesure de la richesse de la canne n’arrange en rien cette problématique »
Face à cette situation, l’intersyndicale CGPER, FDSEA et Jeunes Agriculteurs a décidé de réagir. À 8 heures, des dizaines de camions se sont postés devant l’usine de Bois-Rouge afin d’empêcher la réception de la canne. « Nous voulons plus de souplesse dans le système de prélèvement », explique Jean-Patrice Pounoussamy. « Il faut qu’il soit effectué au point dur du chargement, là où il y a le plus de sucre », poursuit-il.
Pour l’instant, les cachalots sont stationnés devant l’usine en attendant un déblocage de la situation. Déblocage qui pourrait intervenir à la suite de la réunion du CTICS prévue à 14 heures. « En attendant, nous ne bougerons pas d’ici », préviennent les planteurs.
À la sortie du Conseil d’administration du CTICS, les planteurs ont obtenu satisfaction pour deux points sur trois, notamment pour l’entrée en production d’un logiciel garantissant au planteur un revenu plus représentatif de son travail. Dès le mois d’août, les deux plus importantes plates-formes de La Réunion seront équipées de ce logiciel qui permet d’homogénéiser les prélèvements à partir desquels est calculée la richesse en sucre du chargement, et donc le prix payé au planteur.
Par contre, les industriels n’ont pas voulu céder sur un point. Les planteurs veulent que les observateurs représentant les industriels soient positionnés uniquement au niveau du prélèvement. Cette question n’est pas réglée, elle sera discutée aujourd’hui, précise Patrick Pounoussamy. En attendant, le mouvement continue, et de Savanna à Sainte-Rose, les 1.800 planteurs adhèrent à la lutte en cours.


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