Luttes sociales

Les Portugais contre l’« agression du FMI »

Crise en Europe

Céline Tabou / 5 octobre 2011

Le plan d’austérité imposé par l’UE et le FMI en contrepartie d’une « assistance financière » de 78 milliards d’euros a conduit près de 130.000 Portugais à manifester dans les rues de Lisbonne.

Après la Grèce, les pressions du Fonds monétaire international et de l’Union européenne sont considérées comme des « agressions » par les Portugais. En effet, des dizaines de milliers de personnes ont défilé samedi 1er octobre dans les rues de Lisbonne et Porto pour protester contre le nouveau plan d’austérité annoncé par le gouvernement de droite.

Une récession certaine

Sous la pression du FMI, le gouvernement a décidé de privatiser en masse, geler les salaires, diminuer les prestations sociales, augmenter certains impôts, estimant ainsi que les objectifs budgétaires fixés seraient tenus. Les mesures annoncées lors de la dernière évaluation avec la troïka (UE-BCE-FMI), bailleur de fonds du Portugal, devraient permettre d’atteindre le déficit prévu cette année, a indiqué le Premier ministre, Pedro Passos Coelho.

Fin juin, le déficit budgétaire au niveau national était de 8,3% du PIB, loin de l’objectif fixé par l’UE de le ramener à 5,9% à la fin de l’année, a annoncé l’institut national des statistiques le 30 septembre. Dans sa suite, le gouvernement a annoncé une récession plus importante que prévu en 2012, celle-ci serait de -2,3% du PIB contre -1,8% précédemment. « Nous respecterons la limite du déficit budgétaire pour cette année grâce aux mesures temporaires » déjà mises en œuvre pour réduire le déficit, a déclaré Vitor Gaspar lors d’une conférence de presse le 30 septembre.

Les Portugais dans la rue

A l’instar de la Grèce et de l’Irlande, le Portugal est dépendant des aides de la troïka, et attend avec attention le vote sur la hausse du Fonds de stabilité financière européenne (FSFE). En attendant, le gouvernement met en place des mesures drastiques, qui ont conduit des milliers de Portugais à protester contre le lui.

La première grande manifestation de la rentrée contre l’austérité a réuni près de 130.000 fonctionnaires et salariés du privé à Lisbonne et plus de 50.000 à Porto. Ces derniers ont répondu à l’appel de la CGTP, la principale confédération syndicale qui avait convoqué cette journée d’action.

« Assez de Troïka » et « Non à l’ingérence du FMI », ont scandé les manifestants qui ont arboré des autocollants portant l’inscription : « Nous disons non à ce programme d’agression ». « Il est temps de changer de cap », a lancé Manuel Carvalho da Silva, le secrétaire général de la CGTP, lors d’un discours prononcé à la fin du défilé à Lisbonne et retranscrit par l’“Agence France Presse”.

Céline Tabou


Madère, l’élément perturbateur

La ministre des Finances a annoncé que la situation financière du Portugal s’était aggravée après la découverte d’une dette accumulée de la région autonome de Madère qui s’élevait fin juin à 6,328 milliards d’euros. En effet, les autorités de Madère ont plombé les comptes nationaux en cachant plus de 1,67 milliard d’euros de dette depuis 2008.

Ces dettes représentent 0,3 point de pourcentage du PIB sur la dette publique. Face à cette révélation, le déficit a été revu à la hausse de +0,08 point en 2008, +0,03 point en 2009 et 0,53 point en 2010, ont indiqué l’Institut national des statistiques et la Banque du Portugal. Selon les dernières estimations nationales, la dette s’élevait fin 2010 à 93% du PIB et le déficit à 9,1% du PIB.

Dans le cadre du plan d’aide de 78 milliards d’euros accordée au Portugal en mai dernier, le gouvernement avait pris des décisions destinées à trouver des recettes extraordinaires afin de combler le dérapage budgétaire qui s’élevait alors à environ 2 milliards d’euros, dans le but d’atteindre un déficit à 5,9% du PIB en 2011.


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