Luttes sociales

Les représentants de la population exclus des discussions

Nouvelle manœuvre du pouvoir pour diviser le mouvement contre la vie chère

Manuel Marchal / 9 mars 2012

Hier, dans les locaux de l’ancienne Direction du Travail dans le quartier de la Rivière à Saint-Denis, il a été question des prix des carburants. À la sortie, peu de choses de ce qui était officiellement une réunion de préparation. Mais dans la forme plusieurs enseignements : l’exclusion des associations de consommateurs, et notamment l’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté. Autrement dit, ceux qui paient n’ont pas le droit de savoir.

Sous la pression de manifestations contre la vie chère, représentants de l’État et de l’UMP ont été amenés à manœuvrer pour tenter de casser le mouvement tout en préservant les intérêts des monopoles. En effet, Sarkozy vient faire campagne dans moins d’un mois dans notre île, alors l’argent coule à flot. La Région a déjà distribué 6,5 millions d’euros aux pétroliers pour qu’ils fassent baisser le prix des carburants pendant les prochaines semaines. La somme prise dans les caisses de la Région permettra de tenir jusqu’à la présidentielle, mais pour le reste rien n’est acquis, car les pétroliers ne semblent pas vouloir baisser leurs marges.
Pour sa part, la présidente du Conseil général est entrée hier en campagne pour les législatives lors d’un meeting à la salle Candin à Saint-Denis. Quelques jours auparavant, elle a engagé plusieurs millions d’euros de sa collectivité dans des subventions destinées aussi à faire baisser les prix. Ainsi, le Conseil général financera 50% de la baisse du prix de la bouteille de gaz, le reste étant payé par la Région. Le Département a aussi pris à sa charge pour 5,4 millions d’euros le versement d’une subvention à la grande distribution afin qu’elle baisse les prix de quelques dizaines de produits. À cela s’ajoute pour 4 millions d’euros une autre subvention pour étendre le nombre de bénéficiaires du tarif social d’EDF.
Ces subventions complétaient le dispositif mis en place par l’État : l’envoi de plus de 500 policiers venus de France pour mater la révolte, et l’incarcération d’une trentaine d’émeutiers.

La population boycottée

Hier, un peu plus d’un mois après le début du mouvement contre la vie chère avait lieu une première réunion sur la formation des prix. Elle portait sur les hydrocarbures, des produits stratégiques pour La Réunion. Autour de la table se trouvaient l’État, l’Observatoire des prix et des revenus, les compagnies pétrolières, les gérants de station-service et les transporteurs.
Sur la forme, force est de constater l’absence des collectivités qui ont décidé de donner l’argent des Réunionnais aux pétroliers sans savoir pourquoi leurs prix sont si élevés. Mais surtout, il n’y avait aucun représentant de la population qui paie 100% de la chaine.
Car désormais, les pétroliers disposent de deux moyens pour faire payer les Réunionnais. Tout d’abord en vendant leurs produits dans des stations-service, et ensuite depuis le 1er mars en recevant une subvention financée par les contribuables et versée par deux collectivités. L’Alliance des Réunionnais contre la pauvreté (ARCP) n’était pas été conviée (voir page suivante). Elle a dénoncé publiquement cette injustice.

Les apprentis sorciers

Décidément, le pouvoir a bien du mal à tirer les enseignements des événements. Il est clair qu’il tente de manœuvrer pour que la venue du candidat de l’UMP dans notre île se fasse dans les meilleures conditions tout en maintenant l’opacité sur la formation des prix, puisque les consommateurs ne sont pas invités à prendre connaissance des méthodes utilisées par les pétroliers pour faire gonfler les prix.
En 2008, le représentant de l’État avait soutenu le versement d’une subvention aux transporteurs. Prélevée sur des recettes supplémentaires d’octroi de mer, cette enveloppe de 2,5 millions d’euros avait donc été soustraite aux collectivités. C’était un fait sans équivalent dans toute la République puisque quand le mouvement contre la vie chère a touché les Antilles, c’est l’État qui a pris à sa charge le versement de plusieurs dizaines de millions d’euros aux pétroliers en échange d’une baisse des prix.
Mais une fois l’enveloppe épuisée, le problème n’est pas réglé car la structure à l’origine des prix chers est toujours là.
En refusant d’ouvrir les débats aux représentants de la population et en voulant garder intacte une structure qui produit de l’injustice, le pouvoir joue aux apprentis sorciers. Il crée les conditions de la frustration qui est une étincelle de l’explosion sociale. Toute cette manœuvre tiendra-t-elle jusqu’à l’arrivée de Sarkozy ?

M.M.


À qui appartient le "Tamarin" ?

C’est la question posée hier par un journaliste de Réunion Première lors du reportage sur la réunion sur la formation des prix du carburant. Le "Tamarin" est le bateau qui transporte le carburant qui est livré à La Réunion. À en croire le journaliste, cette question n’a pas encore de réponse.
Si personne ne veut dire à qui appartient le bateau qui ravitaille notre pays en gasoil et en super, comment estimer si ce qui est dans ses soutes est payé à un juste prix ? Voilà comment certains se moquent des Réunionnais depuis des années, et cela en toute impunité…


Une réunion de préparation à un débat…

En préambule du grand débat prévu par le préfet sur le prix des carburants, une première réunion de réflexion s’est tenue dans les locaux de la Dieccte (Direction des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) ce jeudi 8 mars 2012. Représentants de l’État, de l’observatoire des prix, des pétroliers, des professionnels de la route et des gérants de stations-services y ont participé. Résultat de cette réunion : quatre ateliers avec des thématiques différentes sur la question des hydrocarbures sont prévus dans les prochaines semaines. Le rendu des travaux est attendu à la fin mai.
Cette réunion de réflexion a duré plus de deux heures. Il s’agissait pour les acteurs économiques et sociaux de définir les méthodes de travail dans le cadre du grand débat sur le coût des hydrocarbures. Ce sont donc quatre ateliers qui ont été décidés et qui devront se tenir avant la fin du mois d’avril 2012. Ils auront pour thème respectif le prix d’achat du carburant, l’exploration de pistes pour savoir s’il est possible d’acheter les hydrocarbures autrement, le coût de distribution, et une réflexion sur une meilleure organisation des professionnels de la route.

À la fin de cette réunion, Jean-Bernard Caroupaye, président de la FNTR (fédération nationale des transporteurs routiers) s’est dit « moyennement satisfait ». « C’était une réunion de préparation, il manque des réponses à certaines questions. On demande de la transparence sur les prix à La Réunion. La directrice de l’observatoire des prix nous a dit qu’on aura des réponses, j’espère que c’est vrai », explique-t-il.

Pour sa part, Joël Mongin, président du syndicat Lo-Fer, estime qu’il y a eu « une bonne discussion avec les pétroliers », mais « il y a encore du chemin à faire ». « On sent qu’il y a une volonté de travailler. Les ateliers sont nécessaires, mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’il faut établir une véritable décomposition du prix des carburants », indique-t-il.

Pour rappel, un peu plus tôt, Jean-Hugues Ratenon, président de l’ARCP (Alliance des Réunionnais contre la pauvreté) avait regretté ne pas avoir été invité à cette réunion (voir page suivante).

(Source Imaz Press Réunion)


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