Luttes sociales

Les Réunionnais exclus d’une vague de recrutements au Parc national

En pleine pénurie d’emplois, l’émotion dans tout le pays

Témoignages.re / 28 février 2011

Depuis mercredi, c’est l’émotion partout à La Réunion. En pleine pénurie d’emplois dans notre île, sur 17 nouveaux agents recrutés par le Parc national, un seul est Réunionnais. Cette annonce intervient au moment où de grandes manifestations mobilisent contre la suppression massive de postes dans l’Éducation nationale à La Réunion.

Mardi dernier, une cérémonie a lieu au tribunal pour la prestation de serment de 17 nouveaux agents du Parc national. Ces derniers seront notamment chargés d’opérations de police dans la zone centrale du Parc, qui est aujourd’hui une partie du Patrimoine mondial sous la référence “Pitons, Cirques et Remparts de La Réunion”.
Sur ces 17 fonctionnaires récemment nommés, un seul est Réunionnais, indique un communiqué du Conseil général diffusé vendredi. Cela signifie donc que 16 personnes extérieures à notre île viennent occuper des postes.
En pleine pénurie d’emplois, ce recrutement suscite une vive émotion dans l’opinion, et cela d’autant plus qu’au même moment, le Rectorat annonce la suppression de 162 postes d’enseignants.
Tout le monde a encore en mémoire la campagne menée par le président du Parc national pour valoriser la candidature au poste de directeur de la directrice par intérim. Il a même été jusqu’à lancer une pétition pour la soutenir. Dans la même logique, tout le monde s’attendait à ce qu’il lance aussi une pétition pour s’opposer au recrutement de l’extérieur de ces nouveaux agents. Cela fait aujourd’hui sept jours que l’opinion est au courant, mais toujours pas de pétition. Qu’attend donc le président du Parc national pour actionner un autre levier, celui de sa proximité avec Didier Robert, un membre de la Direction de l’UMP en France ?

162 postes d’enseignants retirés à La Réunion

Sentant la prise de conscience de l’opinion, le "JIR" tente de réagir samedi. Il brandit l’argument du "national". Puisque c’est un Parc "national", alors le recrutement s’est fait par un concours "national".
Ce genre d’affirmation est un acte de démission comme on a déjà vu dans les moments difficiles de notre Histoire. C’est également un révélateur de toute la difficulté à comprendre la révolte du peuple réunionnais. La crise est pourtant profonde.
Vendredi dernier, Pôle Emploi annonce que près de 145.000 Réunionnais sont inscrits dans une de ses agences sur notre île. Vendredi dernier également, deux importants défilés se sont déroulés au Tampon et à Saint-Denis. La revendication commune aux manifestants, c’est le refus de la suppression de 162 postes d’enseignants à la prochaine rentrée. À cette baisse d’effectif dans l’encadrement doit s’ajouter une diminution importante du nombre de contrats aidés dans l’Académie de La Réunion.

La proposition du moratoire

Tout cela vient nourrir le sentiment de désespérance d’un peuple qui subit depuis des décennies le chômage de masse. Dans ce contexte, la fonction publique est vue comme un moyen important d’échapper à ce chômage. Mais la porte est en train de se fermer. Le gouvernement mène en effet une politique qui vise à supprimer massivement des postes de fonctionnaires. Les conséquences de cette politique se font ressentir durement à La Réunion.
Avec l’inscription de La Réunion au Patrimoine mondial, un espoir est né : la reconnaissance internationale de nos pitons, cirques et remparts est la preuve que notre environnement est un gisement d’emplois dans lesquels figurent ceux qui seront créés par le Parc national.
Mais la décision prise par l’administration vient trahir cet espoir. Les Réunionnais sont exclus d’une vague de recrutements dans le Parc national. Pourtant, des solutions existent pour concilier les embauches dans le secteur public et parapublic et la lutte contre le chômage qui touche notamment les jeunes Réunionnais. En 2006, dans le cadre du "Nouveau contrat social", le Parti communiste réunionnais avait proposé un moratoire sur les recrutements dans la fonction publique en utilisant le droit à l’expérimentation ouvert dans la Constitution. Cette possibilité offerte par la loi n’a pas encore été utilisée. D’actualité en 2006, ce moratoire devient maintenant urgent cinq ans plus tard avec l’aggravation de la situation. L’émotion suscitée par le dernier recrutement fait par le Parc national est là pour en témoigner.

M.M.


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