Luttes sociales

Les salariés ne demandent que l’application de la loi

Conflit aux centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge

Sophie Périabe / 4 janvier 2011

Depuis 22h00 dimanche soir, les centrales thermiques du Gol et de Bois-Rouge sont à l’arrêt. 95% des salariés ont, en effet, entamé un mouvement de grève reconductible pour demander l’application pure et simple d’une loi qui prévoit l’attribution d’une prime de vie chère de 53% pour les agents d’EDF et des entreprises non nationalisées exerçant dans le domaine de l’énergie.

Depuis le mois d’avril dernier, des réunions se tenaient régulièrement en Préfecture entre les syndicats, EDF et la Séchilienne Sidec, propriétaire des deux centrales thermiques de l’île. Au cœur des discussions, un article de loi prévoyant l’alignement de la prime de vie chère accordée aux salariés d’EDF et des entreprises non nationalisées exerçant dans le domaine de l’énergie sur celle des fonctionnaires (de 22% aujourd’hui, elle passerait à 53%).
Même si les agents d’EDF étaient montés au créneau le 30 septembre dernier pour le même motif, ils ne sont aujourd’hui pas en grève.
Max Banon, délégué syndical CGTR-EDF, considère qu’une loi votée doit être appliquée.
« La balle est aujourd’hui dans le camp de l’Etat, il doit faire appliquer la loi », insiste-t-il. « Les députés réunionnais qui ont voté cette loi doivent également dire qu’elle est applicable ici », poursuit Max Banon.
Pour le syndicaliste, c’est une nouvelle fois la dignité du peuple réunionnais qui est mise en cause. Beaucoup de retraités d’EDF, d’hommes et de femmes qui ont construit le réseau électrique de l’île, ont été victimes de discrimination, et cela continue aujourd’hui encore, en 2011. Les années passent, mais certaines choses ont vraiment du mal à changer.
La Direction de la Séchilienne Sidec a bien déposé un recours devant le Conseil d’Etat, nous apprend Max Banon, mais « nous, nous disons que le Conseil d’Etat n’a pas à dire si une loi est applicable ou pas. Il y a une loi et elle doit s’appliquer ».
Conscients des conséquences de cette grève sur les ménages réunionnais, les salariés estiment, quant à eux, que c’est le préfet qui tient la population en otage en refusant de faire appliquer la loi. « Il est donc nécessaire que le préfet prenne des dispositions, car la situation pourrait vite s’aggraver ». En effet, après l’électricité, les Réunionnais pourraient être privés d’eau, « sans électricité, les stations de pompage ne peuvent pas fonctionner ».
Parallèlement à tout cela, il est essentiel de réfléchir à quel service public de production, de transport et de distribution de l’électricité nous voulons. Tout comme l’eau, l’électricité n’est pas une marchandise comme les autres.

Sophie Périabe 


La CGTR dénonce des « réquisitions outrancières »

Durant la nuit de dimanche à lundi, « le préfet a ordonné la réquisition outrancière d’agents grévistes » de la Séchilienne Sidec, dénonce Max Banon. « Notre syndicat est actuellement en contact avec notre cabinet juridique concernant le contenu de la réquisition », réquisition qui s’appuie sur un aspect commercial, et non de service public.


Grève chez le producteur SIDEC :
le système électrique reste sous tension

Dans un communiqué diffusé hier, EDF rappelle que les deux usines du groupe Séchilienne SIDEC à Bois-Rouge et au Gol étaient toujours à l’arrêt et qu’aucune perspective de reprise n’était encore annoncée.
Le système électrique de l’île se voit donc privé de deux usines qui assurent 60% de la production.
La moitié des consommateurs devaient être concernés hier soir par des coupures tournantes d’une durée de 2 heures.
L’ensemble des Réunionnais est invité à réduire sa consommation d’électricité afin d’alléger l’appel de puissance et donc de minimiser les coupures pour tous.
Les patients sous assistance médicale, dont les appareils électriques ne disposeraient pas de l’autonomie suffisante pour passer ces délestages, sont invités à prendre contact avec les services d’urgence où les associations qui les suivent.
Dans un communiqué de la Préfecture, le préfet Michel Lalande regrette que malgré les tentatives de médiation conduites par les services de l’Etat, le conflit social interne au groupe Séchilienne SIDEC pénalise depuis avant-hier la vie économique et sociale de toute l’île.
Le préfet relève que le Conseil d’Etat, plus haute juridiction administrative de la République, a été saisi de la question de droit posée par la revendication portée par les grévistes. Pour autant, il considère que cette saisine ne peut pas épuiser la totalité du champ du dialogue social qui doit s’ouvrir et permettre de trouver très rapidement une issue à ce conflit dont les conséquences préjudiciables à la vie des Réunionnais et à l’économie de l’île sont immédiates et certaines.
Michel Lalande désigne M. Jean-François Dutertre, Directeur du Travail, comme médiateur dans ce conflit.


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