Luttes sociales

Les solaristes montent au créneau

Suppression des aides pour le photovoltaïque

Témoignages.re / 2 octobre 2010

Les professionnels de l’énergie photovoltaïque ne digèrent pas la suppression de la défiscalisation pour les investissements réalisés dans les installations photovoltaïques Outre-mer depuis le 29 septembre dernier. Cette suppression entre dans le cadre du coup de rabot sur les niches fiscales décidé par le gouvernement afin de réduire le déficit public de l’État. La fin de cette mesure devrait permettre d’économiser 230 millions d’euros. Lors d’une conférence de presse organisée ce vendredi 1er octobre 2010, les solaristes ont fait part de leur « inquiétude » quant à l’avenir d’une filière en plein essor à La Réunion. Ils ont décidé de réagir et d’aller à la rencontre des parlementaires de l’île. « Nous ne demandons pas le statu quo mais au moins des mesures aménagées pour continuer à soutenir la filière », explique Yan Rivière, gérant de la société Gaïa.

La filière photovoltaïque à La Réunion, c’est près de 70 entreprises (du petit artisan à la grande société), 500 à 600 emplois crées, un parc installé de 500 mégawatts (contre 81 mégawatts en 2008) et 60 mégawatts-crête de système photovoltaïque raccordé au réseau réunionnais, fournissant plus de 2% de la production électrique locale. « La Réunion est le territoire français où les installations photovoltaïques sont les meilleures », se félicite Yan Rivière.

Mais les récentes mesures gouvernementales font « craindre le pire » aux professionnels du secteur. D’abord le 1er septembre dernier, le prix d’achat par EDF de l’électricité produite par les panneaux photovoltaïques a baissé de 12%. Puis le 29 septembre dernier, le gouvernement a annoncé la fin de la défiscalisation pour les investissements réalisés dans les installations photovoltaïques. Il a également abaissé le crédit d’impôt de 50% à 25% pour les particuliers qui utiliseront désormais ce type d’équipement. Les solaristes enragent et parlent d’annonces « brutales et inadmissibles ». « Nos perspectives s’assombrissent totalement », souligne Patrice Galbois, directeur de la société Corex.

Les professionnels constatent déjà les premiers effets de cette annonce. Des clients ont annulé leur projet et d’autres ont bloqué les installations le temps de la réflexion. « Les coûts augmentent de 25% du jour au lendemain. C’est normal que certaines personnes décident de faire marche arrière », commente Yan Rivière. Il dénonce aussi le « manque à gagner important pour les Réunionnais ». Jusqu’à aujourd’hui, 8 à 10 années étaient nécessaires pour un particulier pour qu’une installation photovoltaïque devienne rentable. Ce délai devrait s’allonger avec ces nouvelles mesures.

Yan Rivière rappelle également qu’à l’heure actuelle « un métropolitain gagne 1.000 euros de plus qu’un Réunionnais sur une installation photovoltaïque ». Et pour cause, en métropole, il est autorisé d’installer des panneaux « intégrés au plan architectural ». C’est-à-dire que le panneau joue à la fois le rôle de capteur solaire et de toit étanche. Le tarif de rachat de l’électricité produite par ce type d’installation est de 58 centimes par kilowatt-heure. Une réglementation empêche la mise en place de ce type de panneaux sur l’île en raison des conditions climatiques. Les Réunionnais posent donc des panneaux au dessus de la toiture. Le tarif de rachat de l’électricité produite par ceux-ci est de 35 centimes par kilowatt-heure. « Donc même si La Réunion est plus ensoleillée que la métropole, le Réunionnais gagne moins qu’un habitant de Nice par exemple », argue le gérant de Gaïa.

Face à cette situation, les professionnels ont décidé d’interpeller les parlementaires réunionnais afin qu’ils défendent leur cause. « Nous avons déjà rencontré un député. Nous allons continuer à discuter avec d’autres dans les jours qui viennent », indique Patrice Galbois. Ils insistent notamment sur le paradoxe qui existe entre ces mesures et le projet “Réunion, île verte”. « On nous dit d’investir en masse dans les énergies renouvelables pour parvenir à l’autonomie énergétique et aujourd’hui on retire toutes les aides. C’est inconcevable », s’insurgent-ils. Les solaristes prévoient également de demander aux collectivités de les aider afin de « sauver la filière ».


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