Luttes sociales

Mayotte au bord de l’embrasement

Deux semaines de grève générale

Témoignages.re / 13 avril 2016

Lancée depuis deux semaines par l’intersyndicale et soutenue par les élus, la grève continue à Mayotte. De graves incidents ont éclaté en marge de la grève, rappelant la situation sociale explosive de l’île aux Parfums.

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Photo Mayotte Première

Cela fait maintenant deux semaines que Mayotte est secouée par une grève générale. Le mot d’ordre des syndicats est l’égalité réelle. Pour les Mahorais, cela veut dire l’alignement des allocations familiales et des autres prestations sociales au même niveau qu’en France, l’amélioration du système éducatif avec notamment la construction des nouvelles écoles, l’application du code de travail national à Mayotte et l’abandon du projet de loi El Khomri, le droit à la solidarité nationale pour les retraites de base et complémentaires, ainsi que l’alignement de la sur-rémunération sur celle servie à La Réunion.

Outre les arrêts de travail, la grève est marquée par l’organisation de barrages filtrants pour faire aboutir les revendications.

« Nous risquons d’être dépassés »

La semaine dernière, le mouvement a reçu le soutien des élus du Conseil départemental, ainsi que de parlementaires de Mayotte. Tous ont défilé ensemble lors d’une manifestation jeudi dernier qui s’est terminée devant la préfecture. Aucune délégation n’a alors été reçue.

Lundi, l’intersyndicale CGT-FSU-FO-CFDT-Solidaires-FAEN-SAEM a maintenu la mobilisation. Elle demande que Paris envoie sur place un médiateur avec qui discuter. Hier, le mouvement s’est poursuivi. « Pour l’instant, nous avons le soutien de la population, nous maîtrisons la situation, mais nous risquons d’être dépassés et ça sera la responsabilité du préfet, que nous suspectons de remonter des informations incomplètes à Paris », a déclaré Rivo Rakontondravola, secrétaire départemental SNUipp/FSU à l’AFP.

Mais des incidents ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi. Des émeutes ont éclaté à M’tsapéré. Des voitures ont été incendiées, d’autres caillassées. Des habitants ont décidé d’exposer leurs voitures dégradées sur un rond point, et envisage de déposer une plainte contre le Préfet pour « non assistance à personne en danger. »

La situation sociale de Mayotte est en effet explosive, avec un taux de chômage important et un manque de perspective pour les jeunes. Hier, l’île connaissait d’autres foyers de tension. Des barrages improvisés se mettent en place, et des actes de violences sont perpétrés à l’encontre de ceux qui font demi-tour ou refusent de payer un droit de passage. Des véhicules de police ont été également pris pour cible.

Discussions annoncées pour vendredi

Mayotte est au bord de l’embrasement et la presse parisienne commence à s’y intéresser. Hier, George Pau-Langevin est intervenue sur France O pour annoncer l’envoi de renfort de police, et une rencontre ce matin avec le ministre de l’Intérieur pour discuter du déploiement de cette force. Puis viendra le temps des discussions.

Concernant l’application des lois sociales, la ministre a déclaré que « le code du travail ne va pas sortir de terre cette nuit » et elle a ensuite décliné ce qui pourrait être une feuille de route pour les prochains jours : « dans un premier temps il faut qu’il y ait rétablissement de l’ordre. Ensuite on va ajuster en fonction de la situation. Vendredi matin les directeurs de cabinet des ministères concernés vont rencontrer les syndicalistes pour faire le point. Et la semaine prochaine, il y aura un retour à Mayotte de la mission du ministère du Travail qui examine ces questions de rattrapage, de cotisations sociales et de retraites. » « Il faut que les élus, les syndicalistes, et les ministères, nous travaillions méthodiquement pour pouvoir répondre aux attentes des Mahorais »


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